Les affiches vantant les mérites des candidats aux législatives envahissent les rues de Manama, à la veille du scrutin. Marwan Naamani/AFP
Les élections se tiennent à quelques jours du procès, le 28 octobre, de 23 activistes chiites arrêtés au cours des deux derniers mois et accusés de complot pour renverser la monarchie. Ces arrestations ont exacerbé les tensions confessionnelles dans ce petit royaume. « Cette affaire a un impact négatif sur le processus électoral », a déclaré à l'AFP le secrétaire général du principal groupe de l'opposition chiite, cheikh Ali Salmane, appelant les autorités à « favoriser l'action politique, et non sécuritaire, pour parer à la violence et à l'extrémisme ». Cheikh Salmane dirige l'Association de l'entente nationale islamique (AENI) ou al-Wefaq, le groupe le mieux représenté dans la Chambre sortante avec 17 députés sur 40. Lors d'un meeting électoral mercredi soir, il a fermement contesté le monopole du pouvoir par la famille royale. « Il est inadmissible que le pouvoir soit le monopole d'une seule famille, à laquelle nous devons (pourtant) respect et considération. Nous attendons le jour où un enfant du peuple, qu'il soit sunnite ou chiite (...), pourra accéder au poste de Premier ministre », a-t-il lancé.
Au total, 127 candidats, dont 8 femmes, sont en lice pour 35 des 40 sièges de la Chambre des députés. Cinq sièges ont été attribués par désistement ou pour absence de concurrents. Les candidats des groupes politiques - dits associations, les partis politiques étant interdits à Bahreïn - et une trentaine d'indépendants tentent de séduire les quelque 318 000 électeurs, appelés à se rendre aux urnes. « Nous sommes soucieux de la transparence des élections », a affirmé à l'AFP le chef de la commission électorale, Abdallah al-Bouainain, soulignant l'utilisation « d'urnes transparentes conformes aux normes internationales » et la présence de 379 observateurs d'ONG locales. L'opposition dénonce les risques de fraude dans dix bureaux ouverts aux électeurs absents de leur circonscription le jour du scrutin.
Mais selon M. al-Bouainain, la volonté du gouvernement est d'aller de l'avant avec les réformes de 2001 ayant rétabli le Parlement, dissous en 1975. L'organisation de défense des droits de l'homme Human Rights Watch (HRW) a dénoncé mercredi « un retour à l'autoritarisme » à Bahreïn, affirmant que « le gouvernement a pris le contrôle d'associations et fermé des médias (...) pour faire taire les critiques ». En vertu des réformes de 2001, Bahreïn s'est doté d'un Parlement bicaméral où le pouvoir législatif est partagé entre une Chambre de 40 membres élue au suffrage universel direct et un Conseil consultatif de 40 membres désignés par le roi.
L'opposition, qui a boycotté le scrutin de 2002 pour contester le Conseil consultatif qui peut bloquer toute initiative de la Chambre élue, continue de réclamer un amendement de la Constitution. « Nous voulons avoir une Assemblée élue (...) capable de légiférer et contrôler (l'exécutif), sans interférences du Conseil consultatif désigné », a expliqué à l'AFP le chef de l'AENI. Cette requête est rejetée par le gouvernement. « Il est inadmissible que quiconque puisse renier ce que le peuple bahreïni a approuvé à l'unanimité », a répété le Premier ministre, cheikh Khalifa ben Salmane al-Khalifa.

