Des manifestations ont dégénéré en confrontations violentes entre des jeunes et les forces de l’ordre, hier, dans plusieurs régions françaises. Jean-Sébastien Évrard/AFP
Appelés par les syndicats à durcir le mouvement pendant que le Sénat examine le projet de loi déjà adopté par l'Assemblée nationale, les routiers sont passés à l'offensive en menant des opérations escargots, ce qui a provoqué d'importants bouchons sur certains grands axes. Le spectre d'une pénurie générale de carburant s'est fait plus précis hier, avec l'annonce de ruptures de stock dans environ 1 500 stations-service dans les grandes surfaces (sur les 12 500 du pays), après un week-end au cours duquel des automobilistes inquiets se sont rués sur les pompes.
Devant les dépôts, cheminots et employés, parfois rejoints par les routiers, continuent de jouer au chat et à la souris avec les forces de l'ordre.
Signe que la menace de pénurie est prise au sérieux, le ministère de l'Intérieur a annoncé l'activation hier après-midi du « centre interministériel de crise » pour assurer « la pérennité du ravitaillement en carburant » dans le pays, dont les douze raffineries sont en grève.
Quelques heures auparavant, le président Nicolas Sarkozy, pour qui la réforme des retraites est une des priorités de la fin de son quinquennat, avait réuni à l'Élysée le chef du gouvernement et plusieurs ministres, « essentiellement » pour parler des « questions d'approvisionnement en carburant », selon un des participants.
Lundi, les transports ferroviaires connaissaient toujours des perturbations, avec en moyenne un train grande vitesse sur deux. Par ailleurs, la moitié des vols seront annulés aujourd'hui à l'aéroport d'Orly et 30 % dans les autres aéroports de la métropole dont Roissy dans le cadre de la journée de grève pour les retraites, a annoncé hier la Direction générale de l'aviation civile (DGAC).
Au moment même où le bras de fer se cristallisait dans le secteur stratégique des transports, plusieurs incidents violents éclataient hier aux abords de lycées.
Quelque 196 « casseurs » ont été interpellés en marge des manifestations lycéennes, selon le ministère de l'Intérieur, qui a fait état de quatre policiers blessés au cours d'incidents dans la banlieue parisienne, notamment à Nanterre et en province, comme à Lyon, au cours d'affrontements entre forces de l'ordre et jeunes au visage dissimulé, qui ont renversé et brûlé des voitures.
La contestation s'est poursuivie dans les lycées, entrés la semaine dernière dans le mouvement, avec des perturbations dans 261 établissements (sur plus de 4 000 en France) lundi, selon le gouvernement. Environ 400 lycéens ont notamment défilé dans le calme sur l'avenue des Champs-Élysées à Paris.
Après une semaine de mobilisation sans précédent depuis le début de la protestation contre cette réforme qui prévoit de reculer l'âge minimal de départ à la retraite de 60 à 62 ans, syndicats et gouvernement campent sur leurs positions. Soutenus par l'opposition de gauche, les syndicats espèrent maintenir la mobilisation à un haut niveau à l'occasion de la journée de grèves et de manifestations de mardi, afin d'obliger le Sénat à suspendre le vote du projet de loi. Avec encore plus de 500 amendements à examiner, la date de mercredi pour le vote de la réforme paraît difficile à tenir.
Mardi dernier, les syndicats avaient réussi à faire descendre un nombre record de personnes dans la rue (1,2 à 3 millions selon les sources) et à maintenir une forte mobilisation samedi (825 000 à 3 millions).
De son côté, le Premier ministre François Fillon a répété dimanche que la réforme serait « votée », malgré « la crise sociale ».
L'opposition a déploré l'intransigeance du gouvernement et a de nouveau plaidé en faveur de l'ouverture d'un dialogue avec les syndicats. « C'est une semaine décisive », a déclaré lundi le porte-parole du Parti socialiste Benoît Hamon, qui a appelé les Français à « ne pas se laisser abuser » par le discours de fermeté du pouvoir et à manifester dans le calme.

