Pays où l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) a été fondée il y a 50 ans, l'Irak voudrait retrouver son rôle de « grand » acteur sur l'échiquier énergétique mondial, après une parenthèse de 30 ans marquée par des guerres à répétition, des sanctions internationales et un sous-investissement dans le secteur.
Les perspectives de production de l'Irak, pays dispensé de quotas depuis 1990, pourraient d'ailleurs s'inviter aux discussions de la prochaine réunion du cartel jeudi à Vienne.
Le ministre irakien du Pétrole, Hussein Chahristani, a indiqué en juin viser une production comprise entre 10 à 12 millions de barils par jour (mbj) d'ici à six ans, contre 2,3 mbj aujourd'hui, ce qui en ferait le deuxième producteur de l'OPEP derrière l'Arabie saoudite.
Même si l'augmentation de la production irakienne s'avère plus modeste, elle devrait constituer « un élément essentiel de l'approvisionnement mondial à l'avenir », a commenté mardi le directeur exécutif de l'Agence internationale de l'énergie (AIE) Nobuo Tanaka, en marge de la conférence Oil & Money à Londres. « Nous en aurons besoin quand des gisements ailleurs dans le monde seront menacés d'épuisement », a-t-il dit.
Mais, pour les experts du secteur réunis à l'occasion de cette conférence, une insécurité endémique, des financements défaillants et des difficultés techniques sont autant d'obstacles aux ambitions irakiennes.
« Dans le meilleur des cas, on peut tabler sur au maximum 6,3 mbj d'ici à six ou sept ans. Et si les conditions de sécurité ne sont pas assurées, même cet objectif ne sera pas réalisable », estime Sadad al-Husseini, consultant et ancien vice-président de la compagnie saoudienne Aramco.
« Le gouvernement irakien consacre 80 % de son budget aux dépenses courantes : comment peut-il assurer les investissements pharaoniques qu'il faudrait pour doper à ce point sa production ? » demande de son côté Issam al-Chalabi, qui fut ministre irakien du Pétrole de 1987 à 1990.
Bagdad a attribué dix contrats d'exploitation à des compagnies étrangères, qui devraient investir dans le pays, mais avec circonspection, « car l'environnement manque encore terriblement de sécurité », a expliqué M. Chalabi à l'AFP.
Il pense lui aussi que l'objectif de 12 mbj est « totalement irréalisable », citant parmi les principaux handicaps la corruption et le manque criant d'infrastructures, comme les oléoducs pour l'exportation.
En outre, les gisements pourraient être malaisés à exploiter : certains « nécessitent des injections de gaz ou d'eau pour permettre de pomper un volume suffisant de pétrole » alors que le pays manque déjà cruellement de ressources en eau, a ajouté Peter Wells, du cabinet Neftex Petroleum.
Frein supplémentaire, l'Irak devrait se soumettre à nouveau aux quotas de l'OPEP dès que sa production dépassera les 4 mbj.
Début octobre, le gouvernement irakien a annoncé un relèvement spectaculaire de 25 % du niveau estimé de ses réserves de brut, ce qui pourrait lui permettre d'obtenir plus tard des quotas plus généreux.
Cette réévaluation, qui placerait l'Irak parmi les quatre premiers mondiaux - après l'Arabie Saoudite et le Venezuela et aux côtés de son voisin et grand rival iranien -, est fortement mise en cause par M. Chalabi, selon qui « aucune nouvelle découverte ni étude géologique ne peut fournir de fondement » à une telle annonce.
Selon lui, « l'Irak sera bien un facteur majeur de changement, mais sans l'ampleur ni la rapidité annoncées » par son gouvernement.

