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Liban - Reportage

Broummana nostalgique de sa splendeur passée

Bilan mitigé pour la saison d'été à Broummana, village phare du Metn. Une saison courte, marquée par la présence timide de la clientèle arabe, par la hausse folle des prix de l'immobilier, mais aussi par une ambiance politique malsaine.

Village boisé par endroits, Broummana est victime de la flambée des prix de l’immobilier. Photo Anne-Marie El-Hage

L'air y a désormais un parfum d'automne. On fait déjà des travaux, en vue de la saison prochaine. On habille aussi les devantures de couleurs hivernales. Le calme règne pourtant, en ces journées d'octobre, dans les ruelles de Broummana, désertées par les vacanciers. L'heure est au bilan pour cette traditionnelle station de villégiature du Metn, qui tente avec les moyens du bord de rester dans le circuit touristique.
Il semble révolu le temps où Broummana, destination branchée et incontournable, faisait parler d'elle, à cause de ses soirées folles, de son souk embouteillé jusqu'à des heures avancées de la nuit, des touristes qui s'y pressaient, de ses hôtels complets à longueur de saison. Cet été, pas d'embouteillages légendaires, pas de touristes à la pelle, qu'ils soient arabes, étrangers ou libanais expatriés. Même les estivants beyrouthins n'ont pas fait preuve d'enthousiasme particulier, comme il était de coutume chaque année. Nombre d'appartements ont gardé leurs volets clos, alors que continuaient de grimper les prix de l'immobilier, atteignant parfois des chiffres exorbitants. Quelques acteurs du secteur touristique local tentent d'analyser une situation qui intrigue autant qu'elle dérange. Une situation qui n'empêchera pas le village de continuer à couler des jours paisibles, avec ses 7000 habitants l'hiver.
Bon pour certains, moyen pour d'autres, carrément nul pour une petite poignée, le bilan de la saison estivale est mitigé. D'une part, les vacances ont été courtes, cette année. Trop courtes au gré des hôteliers, commerçants, restaurateurs, qui comptaient sur la manne touristique, principalement arabe. La saison n'aura même pas duré deux mois. Elle a pris fin le 11 août, avec le début du jeûne de ramadan. Une période que les Arabes passent traditionnellement dans leurs pays, en famille. Mais, d'autre part, Broummana a gardé une clientèle inconditionnelle, jeune et moins jeune, qui n'a pas manqué de fréquenter ses restaurants, ses pubs, ses hôtels, ses commerces. Une clientèle aisée et exigeante, aussi bien arabe que libanaise, attirée par le climat, le confort, les bonnes tables et la qualité, et qui attend du village qu'il répondre à ses besoins.
Preuve en est, certains commerces à l'allure vieillotte ont définitivement fermé leurs portes, alors qu'ont ouvert de nouvelles boutiques plus branchées. Parallèlement, la jeunesse a trouvé son bonheur dans le quartier des pubs, aménagé dans de belles maisons libanaises aux façades fleuries.
«La saison estivale a été bonne à Broummana», affirme un cadre de la chaîne de restaurants Crepaway. Ce spécialiste des crêpes qui est implanté dans la rue commerçante du village depuis plus de 15 ans souligne que la branche de Broummana attire autant la clientèle, l'hiver, pour des soirées calmes et confortables. Il encourage toutefois la municipalité à multiplier les activités, pour empêcher le village de stagner. «Le statu quo est mal perçu. La clientèle devient plus sélective», explique-t-il à ce propos.
Même constatation pour Afaf, responsable de la boutique Benetton, qui s'affaire auprès d'une mère de famille et de son enfant. «Il est vrai que les étrangers et les estivants n'ont pas vraiment été au rendez-vous cet été. Mais la saison a été bonne», affirme-t-elle, précisant que la boutique ne compte pas trop sur la clientèle arabe, mais, plutôt, sur sa clientèle régulière locale, été comme hiver, et sur les expatriés libanais. Vitrine décorée, nette et bien entretenue, offrant un accueil agréable et personnalisé, la boutique sort du lot, indubitablement.

Dans l'attente d'activités promotionnelles
Dans le souk, d'autres commerçants sont moins enthousiastes. «La saison était moyenne. L'année passée était nettement meilleure», fait remarquer Noha, vendeuse de la boutique de prêt à porter Jadis. Au niveau du linge de maison, la déception est tout aussi perceptible. « La saison a été bonne, sans plus. Nos chiffres sont de 30% inférieurs à ceux de l'été 2009 », constate Georges Najjar, patron de la boutique Jonatex. M. Najjar déplore la situation politique, les annulations suite à l'incident du sud, entre les deux armées libanaise et israélienne. «Une cliente qui avait fait une importante commande a quitté le pays de manière précipitée au lendemain de l'accrochage. Elle a évidemment annulé sa commande», déplore-t-il. «Le mois de ramadan a également amputé la saison», ajoute le commerçant, précisant toutefois que «la clientèle arabe était bien au rendez-vous cette année».
Plus loin, au restaurant Manhattan, on se rappelle avec nostalgie les embouteillages d'antan, les cafés-trottoirs pleins à craquer. «Nous avons certes travaillé, car nous avons notre clientèle fidèle. Mais la saison était juste moyenne. Cela n'avait rien à voir avec les saisons précédentes», dit Aïda, contrôleur au sein de l'entreprise, qui se demande pourquoi Broummana n'évolue pas et pourquoi aucune activité promotionnelle n'a été organisée par la municipalité.
Même son de cloche au Grand Hills Hotel and Spa. «Notre chiffre d'affaires de l'été 2010 est moitié moindre que celui de l'année passée, indique Nicolas Angelopoulo, directeur des opérations de l'hôtel. Mais nos clients réguliers étaient là». Constatant que la clientèle a fait preuve cette année «d'une plus grande sensibilité aux tarifs affichés, identiques pourtant à ceux de 2009», il estime que la date du ramadan, en plein mois d'août, pourrait être la raison principale de cette baisse de fréquentation. Il ne réfute pas non plus l'idée que la clientèle arabe ait été attirée par la Turquie, où elle peut désormais se rendre sans visa. Mais il constate aussi que les hôtels de Beyrouth, et plus spécifiquement du centre-ville, ont représenté une concurrence de taille cet été, à cause de l'ouverture des souks. «La clientèle arabe apprécie l'accès facile aux centres d'achat», affirme-t-il, précisant que les trajets et les embouteillages sont un obstacle majeur pour les hôtels éloignés de la ville. «La voie rapide devrait mieux desservir Broummana», observe-t-il, déplorant la stagnation des souks du village.

Envolée des prix du mètre carré
Certains n'hésitent pas à afficher carrément leur pessimisme. La saison a été nulle. «C'était une des pires saisons d'été en 20 ans, clame tout haut Rima, responsable de la boutique de fleurs Blumen. Où sont donc passées les grandes familles fortunées, qui donnaient régulièrement de somptueux dîners?» demande-t-elle avec humeur, mettant leur absence sur le compte de la crise, tout en constatant que les pannes de courant répétées à Broummana et la forte chaleur ont également réussi à décourager les touristes en quête de fraîcheur.
Côté immobilier, la lenteur était tout aussi perceptible. «Non seulement la saison a été lente, mais les ventes et achats sont gelés», observe l'agent immobilier Habib Batrouny. Une lenteur due non seulement à la situation politico-sécuritaire, mais aussi à la flambée des prix de l'immobilier, à la vente et à la location. «Le prix des terrains a atteint 1500 dollars le mètre, et le prix des surfaces construites a atteint 3500 dollars par endroits», affirme-t-il, notant que cette réalité a contribué à entraver le développement de Broummana. «Les jeunes couples et les familles qui veulent déménager ne parviennent plus à s'installer, souligne-t-il. De plus, la clientèle arabe n'investit plus dans la région. Seuls les expatriés ont continué à manifester leur intérêt.»
Cet état des lieux a entraîné le gel, il y a quelques années déjà, des activités de certains investisseurs dans le village, notamment la Development and Construction Company. Une entreprise qui avait ouvert plusieurs salles de cinéma, dans son centre commercial, le Rose Center, ainsi qu'un centre de jeux et une boutique Internet. «Mais il n'y avait pas de mouvement. Les salles étaient vides. C'était une mauvaise expérience. Et pourtant, nous avons vendu tous les appartements du centre commercial», regrette Tony Saad, responsable de zone au sein de l'entreprise, qui constate que les habitants de la région ne sortent pas régulièrement. Il note que deux bons mois par an, durant la saison estivale, ne permettent pas la bonne marche d'un centre commercial.
Le village de Broummana retrouvera-t-il sa splendeur d'antan? Seul l'avenir nous le dira...
L'air y a désormais un parfum d'automne. On fait déjà des travaux, en vue de la saison prochaine. On habille aussi les devantures de couleurs hivernales. Le calme règne pourtant, en ces journées d'octobre, dans les ruelles de Broummana, désertées par les vacanciers. L'heure est au bilan pour cette traditionnelle station de villégiature du Metn, qui tente avec les moyens du bord de rester dans le circuit touristique. Il semble révolu le temps où Broummana, destination branchée et incontournable, faisait parler d'elle, à cause de ses soirées folles, de son souk embouteillé jusqu'à des heures avancées de la nuit, des touristes qui s'y pressaient, de ses hôtels complets à longueur de saison. Cet été, pas...
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