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Nos lecteurs ont la parole

Et maintenant, où va-t-on et que fait-on ?

Salim F. DAHDAH
Depuis 1975, cette sempiternelle interrogation se pose à chaque nouvelle échéance et exprime l'inquiétude et l'embarras de tout un peuple. Elle décrit la triste réalité libanaise et le destin de cette petite nation au grand cœur et au grand courage. Il y a bientôt trente-cinq ans que ce calvaire a commencé, et rien n'indique qu'il va s'arrêter là. Les Libanais sont des durs à cuire : leur cause a épousé l'histoire selon le «rite maronite», et seul l'anéantissement de toutes ses composantes mettra fin à leur existence. Ils ne craignent, et ne craindront jamais, ni les hommes ni leurs armes, ni les forces étrangères ni les mercenaires, ni les menaces ni les attentats, ni les grands bouleversements, ni la mort, ni la guerre ni ses destructions, ni les déserteurs, et encore moins les lâches et les vendus.
Mais que se passe-t-il ces dernières semaines sur la scène libanaise? Le volcan à peine éteint après les événements prémédités mais quand même dramatiques de Bourj Abi Haïdar, voici que la lave brûlante se remet à couler sur la scène politique. N'est-ce point, comme d'habitude, un scénario devenu tristement répétitif? Va-t-on vers la confrontation, l'effondrement? Ou bien sommes-nous dans la dernière phase d'une nouvelle étape avant la tombée du couperet qui va entraîner l'avènement d'une nouvelle phase?
En Orient, et plus particulièrement au Liban, véritable laboratoire régional de cette partie du monde, les événements se succèdent et s'entremêlent comme des particules chimiques engagées dans un processus donné pour en dégager de nouveaux produits plus adaptés aux réalités du moment et de la géostratégie envisagée. Dans l'état actuel des choses, la particule en question est le TSL. Que nous réserve donc ce nouvel élément, comment va-t-il agir sur la politique nationale et régionale et quelles seront les conséquences de ses décisions? Est-ce la formule du Liban de 1943 et les accords de Taëf qui en seront indirectement la cible, cherche-t-on quelque part à profiter de cette occasion pour les rejeter de façon irréversible et restructurer tout le panorama politique intérieur pour mieux l'intégrer à un contexte régional en voie de recomposition? Ou bien cherche-t-on à profiter de cette même occasion pour essayer, au travers de cet intermède, de résoudre l'une des dernières pommes de discorde qui minent le front interne, à savoir le contingentement du parti de Dieu et son retour au sein de la grande famille politique libanaise à des conditions permettant enfin le rétablissement effectif de l'autorité de l'État de droit sur tout le territoire national?
Chercher à y répondre avec certitude est tout à fait présomptueux et léger; par contre, apporter des éléments d'analyse à ces deux alternatives est possible. Pour ce faire, il faut tenir compte d'un ensemble d'indicateurs permettant une évaluation plus ou moins objective des véritables réalités de la scène politique libanaise. Nous en citerons les plus importants:
- La composition des différentes forces politiques intérieures et régionales, ainsi que l'évaluation du poids réel de chacune d'elles sur l'échiquier national et régional.
- Les actions entreprises par les différents partis politiques pour se positionner sur le front interne en fonction de leurs propres forces et de celles de leurs alliés extérieurs.
- Les conséquences de l'action des différentes stratégies régionales sur l'évolution et la réhabilitation de l'État de droit et de ses institutions.
- Les différents décideurs internationaux et les représentants des Nations unies, et les limites de leurs influences sur le front interne.
Après ce bref essai d'encadrement de l'image, la question qui se pose aujourd'hui au Liban est de savoir si les thèmes fondateurs de la démocratie et de la justice, si chères à l'humanité en général et à l'Occident en particulier, sont en danger de mort et d'extinction dans le seul pays arabe resté, à travers les âges, un modèle presque unique, et si les intérêts géostratégiques n'ont pas amené les grands décideurs et leurs alliés, pour assouvir leur soif d'extension et de pouvoir, à tourner le dos aux valeurs universelles et humanistes qui ont toujours protégé le monde depuis la nuit des temps.
En termes plus simples et plus directs, ne cherche-t-on pas encore une fois, depuis le début de la guerre de 1975, à imposer à cette jeune et vulnérable république vidée de son système immunitaire, des choix existentiels douloureux et explosifs? Tels par exemple:
Un troc entre la justice et le néant.
Un troc entre la vérité et le silence.
Un troc entre l'honneur des martyrs de la République et le déshonneur des fossoyeurs de la République.
Un troc entre la sécurité et la loi de la jungle.
Un troc entre un régime de cohabitation multicommunautaire, digne et équilibré, et un régime monocommunautaire, autocratique et déséquilibré.
Un troc entre un régime libre, indépendant et souverain, et un régime otage, dépendant et inféodé à des régimes étrangers.
Un troc entre des objectifs citoyens, sereins et rassembleurs, et des objectifs religieux démagogiques et destructeurs !
Un troc entre la renaissance de l'État de droit et la dilution de ses institutions.
Un troc entre les armes de l'État et les armes de la Résistance.
Un troc entre un État digne et respectueux de tous ses citoyens et des rabatteurs de clientèle épars et hétéroclites en mal de pouvoir.
Et enfin,
Un troc entre la vie et la mort.
À tous les citoyens libanais libres, le moment est venu de rejeter ces trocs et de considérer leurs contenus de base comme des constantes nationales intouchables. Personne ne doit plus hésiter à revoir en toute conscience son positionnement national et à éventuellement exprimer son désaccord avec sa hiérarchie politique et partisane s'il n'en est plus convaincu, pour que l'histoire ne le rende pas, demain, responsable des bouleversements graves et défavorables qui pourraient le surprendre et remettre fondamentalement en question son destin.

Salim F. DAHDAH
Depuis 1975, cette sempiternelle interrogation se pose à chaque nouvelle échéance et exprime l'inquiétude et l'embarras de tout un peuple. Elle décrit la triste réalité libanaise et le destin de cette petite nation au grand cœur et au grand courage. Il y a bientôt trente-cinq ans que ce calvaire a commencé, et rien n'indique qu'il va s'arrêter là. Les Libanais sont des durs à cuire : leur cause a épousé l'histoire selon le «rite maronite», et seul l'anéantissement de toutes ses composantes mettra fin à leur existence. Ils ne craignent, et ne craindront jamais, ni les hommes ni leurs armes, ni les forces étrangères ni les mercenaires, ni les menaces ni les attentats, ni les grands...
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