Avec la disparition de Kabalan Issa el-Khoury, c'est une figure libanaise de proue qui nous quitte et une page du Liban qui se tourne. Il a été le témoin d'un Liban que la guerre et les vicissitudes miliciennes n'ont jamais pu abattre. Profondément enraciné dans sa terre natale de Bécharré, maronite d'ouverture et de dialogue autant que patriote intransigeant, Kabalan Issa el-Khoury savait toujours trouver les accents de conciliation et de fraternité qui mettaient fin aux rivalités, apaisaient les querelles et rendaient possible à nouveau le vivre en commun qui caractérise la région dont il fut maintes fois le député. Au voisinage de Zghorta, au contact avec Tripoli, surplombant la plaine de la Békaa, Bécharré était pour lui le foyer d'un rayonnement incessant. Il avait tiré tous les atouts de la position géopolitique et symbolique du village des Cèdres. Il était l'homme de la réconciliation et du partage, respecté par les siens auxquels il tenait un discours de foi et de conviction dans la coexistence communautaire et auprès desquels il plaidait pour la modération. Inlassable médiateur auprès de la population chiite de la Békaa qui l'honorait comme l'un des siens, il ne cessait de sillonner les routes d'une plaine qu'il chérissait autant que les chemins de crête de sa montagne majestueuse. Plus jeune député, élu au Parlement en 1953, il était devenu le doyen d'âge de deux Assemblées législatives. Kabalan Issa el-Khoury voyait dans le parlementarisme la véritable expression du Liban qu'il aimait : celui de familles spirituelles rassemblées pour faire vivre, en démocratie, le message de la coexistence libanaise. Respectueux de la place du patriarcat maronite dans la vie nationale, il était à l'écoute de la voix de Bkerké et réaffirmait avec force le caractère national du patriarcat et la dimension nationale du patriarche maronite. Authentique Libanais, fidèle à son ascendance, il avait la conviction néanmoins que le Liban ne pourrait rester lui-même s'il manquait à sa vocation arabe. Durant la guerre qu'il subit comme une épreuve politique, et encore plus personnelle avec le sacrifice de son fils Chebl tombé pour la défense du Liban, il ne ménagea aucun effort pour tempérer les effets d'un extrémisme qu'il jugeait dévastateur pour le pays. Patiemment, il était en quête des disparus, des habitants de sa région enlevés et pris en otages, ou des combattants jetés dans les geôles des milices ou dans les prisons. Il haïssait une guerre à laquelle il ne s'est jamais résigné. Il y voyait le naufrage de l'homme dans la patrie de l'homme.
Grand-père affectueux et malicieux, il a bercé mes trois enfants d'histoires merveilleuses et émouvantes.
La disparition de Kabalan Issa el-Khoury est celle d'un Libanais d'exception et d'un sage.
Nabil FADDOUL


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