Antoine Ghauche avait disparu en mer en octobre 1999.
Charbel voudrait savoir où et comment son frère a disparu. « Je veux savoir pour avoir l'esprit tranquille. Peut-être que mon frère est mort, mais je veux savoir de quelle façon c'est arrivé », dit-il. Après la disparition d'Antoine, la famille a œuvré durant près de deux ans pour qu'une enquête soit lancée, mais celle-ci n'a mené nulle part...
Dans son dossier, Charbel Ghauche dispose de divers documents montrant que certains aspects de l'investigation n'ont pas été traités sérieusement. Il se bat pour rouvrir l'enquête, peut-être pourrait-il savoir quel sort avait été réservé à son frère.
Antoine Ghauche était âgé de 28 ans quand il s'était embarqué, du port de Chekka, le 10 septembre 1999, à bord du Mary relevant d'une entreprise de transport maritime appartenant à Ibrahim Kfouri, le frère de l'actuel président du conseil municipal de Chekka, Farjallah Kfouri.
Le 6 octobre 1999, la famille a appris qu'Antoine a disparu. Le bateau venait d'accoster à Wilba en Espagne, après des haltes en Grèce et en Russie.
Charbel Ghauche montre la déposition de deux témoins. « Selon eux, mon frère a disparu à Wilba avant que le bateau ne jette l'ancre. Toutes ses affaires se trouvaient encore à bord du cargo. Mais les deux témoins ne fournissent pas les mêmes détails. L'un souligne que mon frère n'était pas sorti sur le pont avant sa disparition et qu'il l'avait vu dans sa chambre, alors qu'un autre affirme qu'une heure avant sa disparition, Antoine était en train de laver le pont du bateau, avec d'autres marins. De plus, l'un des témoins assure que la police a été prévenue de la disparition et qu'elle était venue constater les faits, sans plus, alors que l'autre déclare que durant sept jours, les canots de la police espagnole ont cherché en vain le corps de mon frère aux alentours du port de Wilba, à l'entrée du détroit de Gibraltar », explique Charbel.
Informations confuses
« À l'époque, j'avais 20 ans. Au village, on disait que mon frère avait disparu en mer, qu'on l'avait perdu, ou qu'il allait psychologiquement mal... Nous avions entendu plusieurs versions, jusqu'au 6 octobre 1999, date à laquelle on nous avait informés qu'Antoine a disparu en Espagne et que la police locale avait été prévenue », souligne-t-il.
Durant deux ans la famille se démènera en vain. Interpol Liban intervient, lance un mandat de recherche international, mais les informations arrivent confuses en Espagne. Selon les papiers dont dispose Charbel, la police espagnole a recherché une femme, une ressortissante libanaise, prénommée Antoinette Ghauche...
De plus, la famille demande en 2000 que la liste des noms des marins à bord du bateau lui soit fournie, mais la Sûreté générale refuse de la lui remettre. Ce n'est qu'il y a quelques semaines que Charbel a reçu cette liste grâce au ministère de l'Intérieur.
« C'est mon droit d'avoir cette liste. Ici figurent les noms de 23 marins de diverses nationalités. La police libanaise a enquêté avec deux seulement et quelques passages de leurs témoignages n'étaient pas concordants. Je me demande quels résultats elle aurait eus si elle avait interrogé les autres... », affirme-t-il.
Charbel Ghauche veut rouvrir l'enquête sur la disparition son frère. Il court les salles de rédaction et a créé une page Facebook au nom de son frère, où il poste des photos, des coupures de presse, des reportages et des informations. Il sait qu'il ne le reverra probablement plus jamais, mais il veut juste savoir ce qui s'était passé entre le 10 septembre et le 6 octobre 1999.

