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Liban

Mobiliser la diaspora à travers une fondation pour le Liban


Par Robert FADEL

Chaque Libanais sait, dans sa vie professionnelle ou sa vie familiale, l'importance des liens qu'il a conservés avec ses compatriotes expatriés. Chacun sait intuitivement que la diaspora est une richesse pour le Liban. Elle est déjà présentée comme telle dans le discours public. Comme souvent pourtant, ce constat n'est pas suivi d'actes.
Tant qu'elles restent à un niveau personnel, les relations entre les émigrés et les Libanais demeurés au pays n'ont qu'un impact individuel. Même si, en fait, la somme de ces interactions individuelles a un impact global diffus. Sur le plan macroéconomique en particulier, les transferts de capitaux sont un élément fondamental pour comprendre le modèle économique libanais, relativement atypique. Ces transferts gonflent le revenu disponible des résidents et leur pouvoir d'achat. Ce phénomène alimente la consommation, ce qui fait « tourner l'économie », mais il induit aussi des distorsions de prix et une réallocation des ressources vers le commerce et l'immobilier au détriment de certaines filières, comme l'industrie, qui rendent l'économie compétitive et la croissance durable. En prendre conscience permettrait de mieux penser la politique économique nationale.
Il y a un moyen minimum d'organiser la relation entre le Liban et sa diaspora pour que le pays tout entier en bénéficie. La façon dont Israël travaille à mobiliser les Juifs du monde entier en sa faveur reste la référence incontestable en la matière : de puissants liens associatifs, religieux, économiques garantissent une mobilisation politique et médiatique permanente au service de la cause sioniste. Il n'est pas possible - ni même souhaitable - d'arriver à un tel degré de sophistication. Mais ne rien faire serait du gâchis pur et simple.
Car la diaspora libanaise est non seulement pléthorique - bien qu'aucune statistique fiable ne soit disponible -, mais aussi très diverse. Elle est répartie sur les cinq continents, avec de véritables communautés implantées ici et là. Elle compte aussi, en plus des millions d'anonymes, un nombre non négligeable de personnalités dont la réputation est internationale, dans des domaines aussi variés que les affaires, la politique, la recherche scientifique, les arts, etc.
Très ancienne puisqu'elle remonte à la fin du XIXe siècle, la diaspora libanaise est en même temps très jeune, car elle a reçu un nouveau flux d'émigrés récents. C'est bien entendu le symptôme des problèmes du Liban. Après avoir provoqué la fuite de ses fils pendant la guerre, le pays du Cèdre est aujourd'hui incapable de les garder à défaut d'emplois en nombre suffisant. Mais cette émigration a aussi un côté positif. La génération des enfants de la guerre, c'est-à-dire ceux qui sont nés dans les années 1970 et sont aujourd'hui dans la force de l'âge, entièrement éduqués en Europe ou aux États-Unis tout en conservant un lien viscéral avec leur pays, est un vivier extraordinaire pour le Liban. Ce moment de l'histoire est unique. Car les nouvelles vagues d'émigrants sont de nature différente, ne serait-ce que par les pays de destination. Il faut donc le saisir en imaginant le moyen de capitaliser sur le lien affectif qui unit encore ces Libanais de la diaspora à Beyrouth ou leur village d'origine.
Les mécanismes possibles sont nombreux. Je suggère par exemple de créer une fondation pour le Liban qui, à l'instar des multiples comités consultatifs dont se dotent les gouvernements du monde entier, aurait vocation à conseiller le président de la République et, à travers lui, tout le gouvernement sur les principales problématiques économiques et sociales du Liban.
Le conseil de la fondation serait composé d'une dizaine de personnalités de la diaspora, sélectionnées pour leurs compétences et leur influence géographique complémentaires. Le comité de direction serait assisté d'un secrétariat général qui le tiendrait en permanence au courant des affaires libanaises. Le statut juridique de la fondation serait celui d'une association à but non lucratif tout en laissant la porte ouverte à la création ultérieure d'un fonds d'investissement indépendant.
Le chef de l'État a déjà exprimé son intérêt et son désir de développer les liens avec la diaspora. Dans ce contexte, la mission de la fondation serait de conseiller le président de la République et le gouvernement en matière de politique économique et sociale, et sur les politiques en mesure de redorer l'image du Liban sur la scène internationale.
Son rôle pourrait aussi être de coordonner et compléter toutes les initiatives qui existent déjà pour mettre la diaspora au service du Liban, ainsi que de collaborer avec les associations ou institutions privées ou publiques dont c'est la vocation (Union culturelle libanaise mondiale, ministère des Émigrés, etc.), et qui ont été souvent victimes des divisions du pays.
En ces temps troublés, le meilleur moyen de rassurer nos chers compatriotes émigrés qui s'inquiètent tant de l'avenir du pays, c'est de les mobiliser pour contribuer à le rendre meilleur!


Par Robert FADEL
Député

Chaque Libanais sait, dans sa vie professionnelle ou sa vie familiale, l'importance des liens qu'il a conservés avec ses compatriotes expatriés. Chacun sait intuitivement que la diaspora est une richesse pour le Liban. Elle est déjà présentée comme telle dans le discours public. Comme souvent pourtant, ce constat n'est pas suivi d'actes. Tant qu'elles restent à un niveau personnel, les relations entre les émigrés et les Libanais demeurés au pays n'ont qu'un impact individuel. Même si, en fait, la somme de ces interactions individuelles a un impact global diffus. Sur le plan macroéconomique en particulier, les transferts de capitaux sont un élément fondamental pour comprendre le modèle économique libanais, relativement atypique....
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