Cependant, toujours selon les mêmes témoins, les chancelleries s'inquiètent des retombées locales, de l'explosion de violence et de la dislocation qui pourraient se produire après la publication de l'acte d'accusation. En écho, des visiteurs étrangers indiquent que leurs gouvernements respectifs ont relancé les autorités libanaises au sujet du TSL et des conséquences de l'acte d'accusation sur la scène locale.
Un point important : à en croire les sources en question, ces États tiennent dès à présent la Syrie pour responsable de toute dégradation sécuritaire au Liban. Car ils sont convaincus qu'elle est largement en mesure de forcer ses alliés du cru à ne perpétrer aucune nouvelle agression, à ne pas porter atteinte à l'ordre public. Cela sous-entend que, pour ces capitales, il est évident que ce sont seulement les alliés de la Syrie qui auraient éventuellement des velléités de troubles et d'affrontements. Du moment qu'ils sont seuls à se considérer délibérément ciblés par le TSL, dont ils réclament la suppression.
Il faut relever qu'encore une fois la Syrie se désigne elle-même comme cible. À New York, son ministre des Affaires étrangères, Walid Moallem, a fait feu de tout bois en déclarant que « le TSL est politisé. Damas s'oppose à tout effort des Nations unies en vue de la publication d'accusations susceptibles de plonger le Liban dans un nouveau cycle de violence confessionnelle ». En d'autres termes, Damas ne veut pas d'un acte d'accusation qui impliquerait des fractions libanaises. Il y a quelques mois, le même ministre déclarait qu'au cas où un ressortissant syrien serait impliqué dans l'acte d'accusation du procureur Bellemare, il serait traduit devant les tribunaux pour haute trahison, crime passible de la peine capitale, rien de moins.
Cependant, des loyalistes estiment que la Syrie sait jusqu'où aller trop loin. Pour eux, elle ne veut pas de troubles au Liban, car la pagaille n'épargnerait pas la zone ultrasensible du Sud. Ce qui pourrait donner l'occasion à Netanyahu, coincé dans l'affaire des négociations, d'une fuite militaire en avant, par une opération d'envergure contre le Liban. Et, tant qu'à y faire contre la Syrie, voire contre l'Iran.
Retour au pays avec le président Michel Sleiman. Il compte se réunir avec le président Nabih Berry et le président Saad Hariri, pour promouvoir l'apaisement et la détente. Le chef de l'État doit ensuite lancer une nouvelle série de concertations élargies, toujours dans le même esprit. En rappelant à tous leur engagement à respecter les préceptes antitension artérielle du sommet tripartite. Il faut espérer que les efforts des dirigeants portent leurs fruits. Pour le moment, une partie du 8 Mars, le Hezbollah en tête, continue d'exiger avec véhémence la mise sur la touche du TSL. Et de s'opposer à ce que le Liban débourse sa quote-part de 49 % dans le financement du tribunal, pour le prochain exercice comptable. Tandis que les loyalistes défendent avec acharnement la justice et ripostent que les menaces dirigées contre la paix civile ne les intimident pas.

