Ce serait bien sûr une démarche provisoire, qui ne porte pas sur le fond du problème, mais elle pourrait contribuer à faire baisser la tension. Toutefois, rien n'est aussi simple et il semble que les deux parties ont décidé de se rapprocher cette fois de « l'heure de vérité », sans se contenter de compromis partiels qui ne font que reporter les problèmes.
En ce qui concerne le Hezbollah, en tout cas, ce qu'on appelle désormais « l'affaire de Jamil Sayyed » a montré au grand jour « les mauvaises intentions de l'autre camp ». Selon des sources proches du parti, si le général Sayyed a bel et bien utilisé des termes violents à l'encontre du Premier ministre, l'exploitation politique et surtout confessionnelle qui en a été faite et qui se poursuit ne serait pas innocente et s'inscrirait dans le cadre d'un plan visant à pousser le Hezbollah dans ses derniers retranchements et à l'entraîner dans un dérapage sécuritaire qui ne peut que lui être nuisible. La page des incidents de Bourj Abi Haïdar n'a pas encore été totalement fermée et voilà que le spectre de la discorde entre sunnites et chiites réapparaît, alimenté par des discours d'une rare violence venant le plus souvent, selon le Hezb, des députés du bloc « Liban d'abord ».
Les mêmes sources proches du Hezb rappellent que tout en étant très proche du Hezbollah, le général Sayyed n'a jamais voulu s'identifier à ce parti. D'ailleurs, à sa sortie de prison le 29 avril 2009, le Hezbollah lui avait proposé ses services et il s'était contenté de le remercier, préférant bénéficier d'une garde étatique. C'est dire que l'homme n'a jamais renié sa carrière au sein des institutions de l'État. Mais, comme il le dit lui-même, après la convocation qui lui a été adressée, il s'est rendu compte qu'il ne peut pas se contenter, selon lui, d'être dans son droit, il faut aussi déployer des muscles pour s'imposer. Il a donc accepté ceux du Hezbollah, lequel de son côté considère que le dossier défendu par le général Sayyed est en relation directe avec celui des faux témoins et donc avec sa propre cause.
En offrant une protection politique et sécuritaire spectaculaire au général Sayyed, le Hezbollah a donc voulu adresser un message fort « à l'autre camp », pour bien montrer qu'il ne compte pas céder sur tout ce qui touche au dossier des faux témoins.
Selon des sources neutres, le Hezbollah pensait que son déploiement de force et son discours musclé seraient dissuasifs pour l'autre camp, mais il aurait été surpris par la poursuite de la violence verbale qui a atteint des pics culminants avec les propos du député de Tripoli Mohammad Kabbara. Ces développements le pousseraient à croire, selon les propres sources du Hezb, que le plan dépasse Jamil Sayyed et qu'il s'agit bel et bien de le provoquer et de faire monter la tension pour préparer le terrain à la publication de l'acte d'accusation du TSL qui incriminerait certains de ses membres et permettrait ainsi de le pointer du doigt au moins moralement. Les sources proches du parti rappellent les propos rassurants du ministre de la Justice tenus il y a quelques jours au sujet « de son professionnalisme dans l'étude du dossier des faux témoins » et sa disposition à présenter le résultat de son étude au prochain Conseil des ministres. Un peu comme s'il s'agissait de rassurer le Hezbollah, alors qu'il n'y aurait dans d'autres sphères aucune intention réelle d'ouvrir ce dossier...
Les sources proches du parti considèrent également que la tentative de l'autre camp d'établir une équation du genre : le dossier des faux témoins contre l'abandon des mesures judiciaires contre Sayyed ne tient pas la route et qu'il ne compte pas renoncer à ce dossier qui, il en est convaincu, lui permettrait de porter un coup fatal à l'enquête internationale sur l'assassinat du Premier ministre Rafic Hariri. Les mêmes sources affirment donc qu'il ira jusqu'au bout de cette action, même si elle doit le mener jusqu'à un changement de gouvernement...
C'est compter sans les intérêts syro-saoudiens. Pour l'instant, ni Damas ni Riyad n'ont ouvertement réagi. Mais il se pourrait bien que les pompiers attendent que le feu ait bien pris pour intervenir. C'est à partir d'aujourd'hui, après le retour à Beyrouth, hier, du Premier ministre que le cours des événements devrait se préciser.


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef