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CD, DVD - Un Peu Plus De...

Je t’aime mélancolie

Il était beau le Liban de papa. Le nôtre aussi. On le regrette. On en parle avec nostalgie. « C'était mieux avant. » Avant quoi ? On n'en sait pas grand-chose, mais c'était mieux avant. Au temps des fleurs, des Caves du Roy, du Saint-Simon. Ça a toujours été mieux avant. Quelle que soit la génération qui s'exprime. On est rarement satisfait du présent. On anticipe l'avenir, on regrette le passé. C'était mieux avant. Avant qu'Achrafieh ne devienne Taïwan, avant que les souks ne soient comme aujourd'hui, avant que la baie de Jounieh ne pullule de constructions anarchiques. Avant que Mar Mikhael ne soit aussi trendy, avant que la place des Martyrs ne soit envahie de gratte-ciel, que la Bulle était un cinéma... C'était mieux avant. Quand Dalida enflammait le Casino du Liban, quand on apprenait les pas du twist pour aller frimer à 17h00 au Flying Cocotte. C'était mieux quand il n'y avait que quatre boîtes qui se battaient en duel. Le Music Box, le Harley's, le Jet Set et l'Alecco's. C'était mieux quand le B018 accueillait plus de gens dans son parking de Sin el-Fil qu'à l'intérieur de ce hangar qui ne payait pas de mine... On a tous/tes la nostalgie d'une période. De ces moments perdus, de ces instants du passé. On en a la nostalgie, parce que l'on vieillit. Tout simplement. Ces lieux, ces endroits nous rappellent à la fois notre jeunesse et un Liban qu'on imagine toujours plus doré. Voilà pourquoi on s'attache à ces derniers bastions de ce qui a pu être une époque. Notre époque. Ces derniers repères sont à la fois rassurants et effrayants. Rien n'a changé ou presque. Du serveur au voiturier, du gardien au responsable des courts de tennis, ils sont toujours là. L'ATCL. Kaslik. Les années 80. Trente ans d'écart et pourtant. Malgré une jetée qui n'a plus de sable, une piscine couverte en construction, l'eau salée des deux piscines et Mustapha qui n'est plus là, rien n'a changé. Toufic sert toujours les tables et la salade du chef est toujours la même. Terrifiant. Les gens sont les mêmes. Bedonnants, à calvitie, poussant des landaus... Les mêmes. Avec quoi, 20 ans de plus. On a l'impression que le temps s'est arrêté. Que ce radeau, ce phare, ce port, cette pelouse, qui ont abrité tellement de premières histoires, de flirts (oui oui des flirts) et d'amours de vacances, seront là à jamais pour nous rappeler à leur bon souvenir. C'est rassurant et terrifiant. On vieillit. On s'accroche donc avec nostalgie et mélancolie à ces derniers vestiges. Aux témoins d'un passé. Le nôtre, celui du Liban, peu importe. Le passé. Une sorte de carte postale délavée par le soleil, trouvée dans un boui-boui de la Corniche. « On va au Cellar ? ». Ouf, ça me rappelle la guerre. Mais j'aime le Cellar. Même s'il a changé de propriétaire, de carte, de table, ça le Cellar. Samboussiks et calamars grillés, makaniks et risotto. Toujours pareil. Escargots et foie de volaille? Le Gargottier. La Crêperie et son pianiste, Pépé Abed et le port de Byblos, le Time Out/La Closerie et sa terrasse, le Sporting et cette douce amère sensation de revenir en arrière. De croiser à l'envi ceux qui nous ont appris à nager, ceux qui sifflaient quand on éclaboussait tout le monde, ceux qui nous ont vu grandir. Et vieillir... On égrène ces lieux de passage. Passage à l'adolescence, à l'âge adulte. Passages obligatoires de la vie. On les boycotte, on les oublie et on y revient. Toujours. Même si Chez Sami ne possède plus d'assiettes dépareillées, si le Casino ne connaît pas les fastes d'antan, si L'Os a déménagé et que ses baguettes à l'ail ne sont plus vraiment les mêmes, si le Down Town a changé de décor et que le Jammal s'est offert un ponton de bois, que les plages de Batroun sont fréquentées par de jeunes bobos en mal de reconnaissance et que le Chase a décidé de se la jouer décor contemporain branchouille... Tant qu'ils sont là, encore là, tout sera un peu comme avant. Métamorphosés, travestis, embourgeoisés, modernisés, peu importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse. L'ivresse d'une madeleine de Proust, d'un parfum qu'on ne veut pas oublier. On les aime ces habitudes de vieilles filles, ces manies de vieux garçons. On en a besoin. Tu sais où j'habite ? Tu tournes à gauche dans la rue Abdel Wahab, là où il y avait Iznogoud.
Il était beau le Liban de papa. Le nôtre aussi. On le regrette. On en parle avec nostalgie. « C'était mieux avant. » Avant quoi ? On n'en sait pas grand-chose, mais c'était mieux avant. Au temps des fleurs, des Caves du Roy, du Saint-Simon. Ça a toujours été mieux avant. Quelle que soit la génération qui s'exprime. On est rarement satisfait du présent. On anticipe l'avenir, on regrette le passé. C'était mieux avant. Avant qu'Achrafieh ne devienne Taïwan, avant que les souks ne soient comme aujourd'hui, avant que la baie de Jounieh ne pullule de constructions anarchiques. Avant que Mar Mikhael ne soit aussi trendy, avant que la place des Martyrs ne soit envahie de gratte-ciel, que la Bulle était un cinéma......
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