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Liban

Les vestiges d’un jour

Décidément... D'aucuns ont beau (se) promettre de ne plus essayer d'analyser ou même de commenter les turpitudes verbales d'un Michel Aoun qui n'en finit plus de repousser les limites de la sénilité politique, mais il est des moments où pareil engagement devient impossible à tenir. Certes, la multiplication des provocations et autres excès très Castafiore sous Xanax peuvent faire sourire ; certes, une démagogie royalement maîtrisée, dentelée jusqu'aux confins du poujadisme, pourrait à la limite passer avec un froncement de sourcils, tout comme cette faculté à ne jamais, au grand jamais, craindre le ridicule ou la honte nés de mille et un dédits/dénis. Sauf qu'une plongée, tête la première, comme celle d'hier dans les marécages nauséeux et viciés du coup d'État façon 7 mai 2008 n'a plus rien d'amusant. Ni de consternant.
Il est absolument question, là, de crime politique.
L'appel du député du Kesrouan à la désobéissance civile, aussi sélective soit-elle, dans un Liban métastasé par l'autogestion, l'autosécurité et l'autojugement, devrait à elle seule priver Michel Aoun de son immunité parlementaire. Passent encore ses attaques personnelles et hystériques contre Saad Hariri, contre Achraf Rifi, contre Saïd Mirza et contre Wissam Hassan, le patron de ces renseignements des FSI, cibles de toutes ses haines depuis l'arrestation de Fayez Karam - des attaques, donc, contre la quasi-totalité du sunnisme politique et de ses symboles ; passe encore sa défense grandiloquente et ostentatoire d'un homme auquel aucun aouniste digne de ce nom, un aouniste de la première heure, un aouniste des années de plomb 2000-2005, ne peut pardonner, qu'aucun aouniste ne peut cautionner : Jamil Sayyed. Ne passe plus du tout, en revanche, cette invitation, cette objurgation plutôt, en faveur du chaos, en faveur du non-droit, en faveur d'une minimonarchie de droit divin (Michel Aoun s'est hezbollahisé jusqu'à la moelle, lui qui prétendait à la signature du document de Mar Mikhaïl assurer l'opération inverse : libaniser le parti d'obédience iranienne, et a contaminé avec lui l'ensemble de son staff, d'Alain Aoun à Gebran Bassil en passant par Ibrahim Kanaan, Nabil Nicolas et tous les autres), une monarchie de pacotille que même un Louis XIV (Nabih Berry adorait donner ce surnom à... Rafic Hariri) aurait hésité à imposer. Ne passe plus en aucun cas donc cet appel à un dynamitage en règle, toutes voiles dehors, de ce qui reste de cet État que le chef du CPL tient absolument à noyer avec l'eau du bain. Pour reconstruire à la place une bananeraie, une cocoteraie couleur locale : une orangeraie.
On pensait que le coming-out putschiste de Michel Aoun avait été fait depuis longtemps. En réalité, cet homme n'en finit pas d'entrouvrir la porte de son placard, celui dans lequel il a stocké mille et une guerres d'élimination.
Est-ce que Bachar el-Assad a demandé à Gebran Bassil, qu'il a rencontré il y a quelques jours à Damas, de faire passer un message au beau-père - lequel s'en est défendu avec la vertu d'une duchesse offensée ? Un message multidirectionnel on ne peut plus clair : il est exigé une participation active de Rabieh à la cabbale orchestrée par le Hezbollah et boostée par Jamil Sayyed depuis la sortie intempestive du dossier des faux témoins du chapeau du grand magicien Hassan Nasrallah. En d'autres termes : il est exigé que chute le gouvernement Hariri pour que Damas s'empare d'un ministère régalien au moins, préférablement celui de la Justice.
Ou bien est-ce que toute cette rage n'est due qu'à l'arrestation de Fayez Karam, ce cadre CPL accusé d'intelligence avec Israël ? Dans ce cas-là, il faudrait louer le sens de l'amitié et l'inhabituelle fidélité pour ses hommes de l'ancien commandant en chef de l'armée. À moins, bien sûr, que la famille Karam n'exerce un sale chantage sur le maître de Rabieh, sommé de défendre le présumé espion bec et ongles s'il ne veut pas que la famille ne brise l'omerta et ne dévoile tout ce qu'éventuellement elle sait.
Dans un cas comme dans l'autre, Michel Aoun est dans le mur. Et il s'y enfonce chaque jour davantage avec un plaisir masochiste inégalé, au lieu de méditer sur deux exemples, l'un encore bien vivant, l'autre par trop vivace : Saad Hariri, emmuré vivant justement dans un silence tonitruant après sa rétractation au très wahhabite ach-Charq el-Awsat (mais le chef du CPL est trop vaniteux pour penser un instant en arriver là...), et Bachir Gemayel, dont le discours présidentiel en 1982 pullulait, de bout en bout, de tous les germes, sans exception de... changement et de réformes. Un Bachir Gemayel dont les 10 452 km2 continuent de résonner sans discontinuer aux tympans d'un Hezbollah tout entier axé sur la libération de la plus petite parcelle de terre libanaise. Un Bachir Gemayel, somme toute, qui avait tout compris et duquel l'actuel 8 Mars a volé la quintessence de ses prétentions.
Ça ne s'invente pas.
Décidément... D'aucuns ont beau (se) promettre de ne plus essayer d'analyser ou même de commenter les turpitudes verbales d'un Michel Aoun qui n'en finit plus de repousser les limites de la sénilité politique, mais il est des moments où pareil engagement devient impossible à tenir. Certes, la multiplication des provocations et autres excès très Castafiore sous Xanax peuvent faire sourire ; certes, une démagogie royalement maîtrisée, dentelée jusqu'aux confins du poujadisme, pourrait à la limite passer avec un froncement de sourcils, tout comme cette faculté à ne jamais, au grand jamais, craindre le ridicule ou la honte nés de mille et un dédits/dénis. Sauf qu'une plongée, tête la première,...
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