Le cauchemar commence vers 20h30 ce 30 juillet. Par petits groupes de deux à sept, les rebelles forcent l'entrée de chacune des cases de boue séchée. Les maris et les hommes sont en fuite ou pris comme porteurs par les assaillants qui ont bloqué les accès aux villages. Dans les maisons, les agresseurs braquent des lampes de poche sur leurs victimes, les frappent puis les déshabillent. Ils demandent si elles ont de l'or, fouillent avec les doigts leurs parties génitales pour vérifier qu'elles n'en cachent pas,et s'essuient ensuite sur le visage des femmes. Ensuite, à tour de rôle, chaque membre du groupe les viole sous les yeux des enfants - certains âgés de quelques mois - qui crient et pleurent. Une fois leurs crimes commis, les assaillants repartent, emportant avec eux tout ce qu'ils peuvent prendre des habitations.
L'octogénaire Anna a été violée par quatre hommes. « Mon sang a coulé partout (...) Ils ont aussi pris une machette pour entailler ma main entre le pouce et l'index », ajoute-t-elle. Le 3 août, les rebelles ont quitté la localité sans être inquiétés. Les autres victimes, deux étaient enceintes, ont pu fuir dans la forêt.
L'ONU a failli à sa mission
Selon le chef du village, Livingstone Bubusa, les assaillants étaient plus de 350, en majorité des membres des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), accompagnés de miliciens congolais Maï-Maï, tous très présents dans la région où ils contrôlent des carrières minières artisanales. M. Bubusa, retenu dans un village voisin par les chefs rebelles qu'il venait saluer, a assisté malgré lui au dernier rassemblement des combattants avant qu'ils n'investissent Luvungi.
Le nombre des victimes s'élèverait à 384 au total, selon les autorités de Walikale. En effet, jusqu'au 3 août, les chefs rebelles sont restés à Luvungi, mais leurs hommes ont sévi dans huit autres villages proches, comme à Bitumbi où une vingtaine de femmes ont été violées. Plus de 242 victimes avaient été prises en charge médicalement jusqu'à début septembre, selon l'ONG International Medical Corps qui appuie des centres de santé locaux. Une patrouille de l'ONU, de passage à Luvungi le 2 août, n'avait relevé que les pillages mais pas de témoignages de viols.
Mardi, à New York, le sous-secrétaire général de l'ONU chargé des opérations de maintien de la paix, Atul Khare, a affirmé que plus de 500 viols avaient été perpétrés en août dans le Kivu et reconnu que les Casques bleus déployés dans la région avaient failli à leur mission.
Emmanuel PEUCHOT (AFP)

