Rechercher
Rechercher

Liban - En Dents De Scie

Le fils prodigue

Trente-cinquième semaine de 2010.
Cette ténacité. Cette incroyable, cette folle, cette risible, cette insensée ténacité.
Pour les uns, c'est de l'inconscience ; un peu de déni, un peu de niaiserie. Dans tous les cas de figure, un manque d'expérience certain. Une grande capacité à faire l'autruche. Peut-être même une faculté de confondre crachats avec gouttes de pluie : parfois pourtant, ce peu de discernement est une bénédiction. Surtout en politique. Pour d'autres, c'est tout l'inverse : cet homme sait exactement ce qu'il fait. Il y a là un réalisme, un pragmatisme purs, inexorables ; il est résilient. Il trace sa route et il avance. En s'exprimant. De la sueur et du verbe. Peu importe son lieu de destination : il arrivera bien quelque part, lui qui est parti de rien, lui qui est né un 14 février 2005, l'enfant du Ground Zero devant le Saint-Georges. Peu importe aussi qui l'entend et avec quelle qualité d'écoute : il en restera sûrement quelque chose.
Depuis le début du jeûne du ramadan, Saad Hariri s'exprime chaque soir. À chacun des iftars qu'il donne à Koraytem - Koraytem : des centaines de mètres carrés absolument, organiquement liés au père fondateur ; Koraytem, ou la maison du peuple. Chaque soir, Saad Hariri martèle avec cette opiniâtreté à toute épreuve ses crédos, ses antiennes, ses certitudes, celles apprises ou naturellement héritées de son père. Ses adversaires disent qu'il pérore. Lui développe, s'étend, reprend.
Pêle-mêle, il y a les vertus cardinales d'un dialogue dans le calme. Il y a la coexistence - plus encore : la convivialité. Il y a le respect de la légalité internationale. Il y a la primauté inconditionnelle et non négociable de l'État. Il y a la parité islamo-chrétienne comme condition sine qua none de survie de la formule libanaise. Il y a la modération - on dirait que jusqu'à nouvel ordre, ce mot est inscrit dans les gènes du (très) jeune Premier ministre, comme une mutation X-Men indélébile. Il y a la démilitarisation de la capitale. Il y a le refus absolu que Beyrouth, cette cité chimérique pourtant modelée à la main par son père et à la (dé)mesure de son père, soit transformée en îlot de sécurité ; transformée, par quelque tour d'une très milicienne magie, en un appendice monstrueux d'une banlieue méridionale autopromue capitale de facto. Il y a l'intransigeante urgence d'un Liban ouvert au monde, confluent des mondes, delta fertile dans un océan (arabo-musulman) où s'épanouissent mille et un tsunamis, des centaines de tremblements de terre et autant d'éruptions volcaniques en tous genres. Il y a enfin, tenaces, évidemment tenaces malgré leur grande fragilité, quelques grain(e)s survivant d'une époque définitivement révolue et que l'on appelait, un peu trop rapidement, la révolution du Cèdre.
Il y a tout cela dans les phrases, les mots et les maux de Saad Hariri. Puis il y a ce sur quoi ils ricochent : le despotisme du Hezbollah ; la mauvaise foi himalayenne (tellement que cela frise le génie) de Hassan Nasrallah, de ses lieutenants et de tout le 8 Mars, CPL en tête. Il y a ce sur quoi ces mots s'écrasent : les armes illégales. Il y a ce sur quoi leur côté infiniment dérisoire prend toute son ampleur : la milice. Le fascisme : Nous, nous ne sommes aucunement concernés par le Tribunal spécial pour le Liban. Tout est dit : c'est dans cette négation, plus forte, plus irréversible qu'en 1054 entre deux Églises, que renaît, se définit et s'exacerbe le schisme non pas entre sunnites et chiites, mais, c'est nettement plus grave, entre (les) deux Liban.
Et c'est là que le bât blesse. La ténacité de Saad Hariri, sa fougue, son déterminisme, son être-au-monde absolument arc-bouté sur la vérité et la justice, tout cela frénétiquement mis en mots depuis son arrivée au Sérail, encore plus depuis le début du ramadan, tout cela reste totalement stérile et volatil et inutile tant que les actes ne suivent pas. Le Premier ministre (et avec lui le chef de l'État, les ministres de la Défense et de l'Intérieur, les ténors du 14 Mars, etc.) ont crié haut et fort leur exigence d'un Beyrouth démilitarisé, promis que désormais, la troupe va intervenir et tirer sur toute personne prise en flagrant délit d'utilisation d'armes, quel que soit le calibre. Au passage, les partisans de Michel Aoun en ont pleuré de rire. Les autres, tous les autres, se sont tus.
Hassan Nasrallah a pourtant eu l'élégante idée de faire sourire les téléspectateurs hier. En parlant des hommes d'État. En pensant savoir de quelle étoffe ces rarissimes personnes sont faites. Le patron du Hezbollah est peut-être pour d'aucuns une icône, un héros, un mythe. Il sait cependant mieux que quiconque qu'il ne pourra jamais être un homme d'État. Même (surtout) privé du choix des armes, Saad Hariri, lui, garde largement le bénéfice du doute.
Trente-cinquième semaine de 2010.Cette ténacité. Cette incroyable, cette folle, cette risible, cette insensée ténacité.Pour les uns, c'est de l'inconscience ; un peu de déni, un peu de niaiserie. Dans tous les cas de figure, un manque d'expérience certain. Une grande capacité à faire l'autruche. Peut-être même une faculté de confondre crachats avec gouttes de pluie : parfois pourtant, ce peu de discernement est une bénédiction. Surtout en politique. Pour d'autres, c'est tout l'inverse : cet homme sait exactement ce qu'il fait. Il y a là un réalisme, un pragmatisme purs, inexorables ; il est résilient. Il trace sa route et il avance. En s'exprimant. De la sueur et du verbe. Peu importe son lieu de...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut