C'est par cette déclaration évidente et radicale que Thomas Jefferson va proclamer l'indépendance des États-Unis d'Amérique, élaborant ainsi les contours de la première démocratie dans le monde. Si cette affirmation, aux termes presque sacrés, a jeté les bases de l'édification de la nation américaine et de ses institutions, il n'en reste pas moins que, dans la mémoire, le souvenir de ce passé a subi les séquelles du temps. L'administration actuelle des États-Unis devrait, de ce fait, remonter aux sources et respecter chez les peuples cette liberté qu'elle a obtenue le 4 juillet 1776 en s'affranchissant de la tutelle de la Grande-Bretagne. Très souvent, dans toutes les décisions déterminantes, la masse populaire se dissocie de ses dirigeants car les élus appliquent une politique d'intérêt dans laquelle interviennent des considérations où le facteur humain n'a pas sa place. Si la politique étrangère américaine a commis des abus et assisté à l'usurpation par Israël des droits du peuple palestinien sans réagir concrètement, elle a certainement été désavouée par la majorité des citoyens.
L'Amérique, ce n'est pas seulement l'administration du président Obama, la secrétaire d'État Hillary Clinton, le Sénat et la Chambre des représentants. Ce sont aussi les habitants de ces cinquante États qui la composent, mosaïque d'origines et d'ethnies, parmi lesquelles les 28 101 052 Hispaniques, dont l'espagnol est la seconde langue utilisée sur ce continent. L'Amérique, c'est ce Californien jouant du banjo et chantant le blues à l'entrée d'un restaurant de San Francisco, ce Mexicain de San Antonio qui vend des colliers folkloriques en pierres naturelles sur son stand ambulant. C'est aussi ce marchand new-yorkais de hot dogs que l'on rencontre souvent au coin d'une rue du Bronx et de Soho ou à la sortie d'un théâtre de Broadway. Ce sont ces Cambodgiens vendant tee-shirts et casquettes à l'emblème de Washington DC, le long de Pennsylvania Avenue où se dressent les grands hôtels et les bâtiments officiels. Et encore ces jeunes employés américains, Latinos, Japonais ou bien Chinois, en costume et cravate qui prennent le train, leur ordinateur portable sur l'épaule et à la main le mug à café. Ce sont ces médecins d'origine libanaise, chirurgiens, cardiologues, obstétriciens, etc., quelquefois doyens dans les hôpitaux de Brooklyn, du New Jersey et de Manhattan. C'étaient ces immigrants italiens, norvégiens et même arabes débarqués à Ellis-Island dès le 1er janvier 1892, ayant acquis et transmis la citoyenneté américaine à leur descendance. Ce furent, il y a plusieurs siècles déjà, ces pionniers français, espagnols, anglais qui envahirent des terres vierges (découvertes par Christophe Colomb en 1492), grâce aux explorateurs Amerigo Vespucci, Juan Ponce de Léon, Hernando de Soto, les ont cultivées et plantées puis, de génération en génération, construites en colonies, instaurées en États-Unis, actuellement en une nation, la plus puissante nation du monde.
L'Amérique, c'est le contraste du Blanc et du Noir ; c'est Wisconsin Avenue, que l'on contourne pour découvrir une école, un supermarché, des boutiques entièrement habités par les citoyens de couleur. Combien d'années de lutte a-t-il fallu pour établir l'égalité, pour que les rêves les plus fous se réalisent ? Une après-midi de l'année 1964, en se promenant dans les jardins de la Maison-Blanche, une petite fille noire de 10 ans déclare à ses parents : « Un jour j'habiterai cette maison ! » La voilà donc en l'an 2000, Condoleezza Rice, secrétaire d'État du président George W. Bush. Plus tard, Barack Obama, né d'un père kényan et d'une mère blanche, sera le candidat de couleur du troisième millénaire à la présidence.
Le rêve américain, c'est celui d'une jeune fille d'origine arabe et musulmane qui devient Miss United States of America. C'est aussi celui de ces émigrés venus de toutes les parties du globe trouver refuge à l'ombre de la Statue de la Liberté, retrouvant la sécurité d'un travail bien rétribué : chauffeur de taxi, bagagiste, vendeur, serveur, restaurateur, acteur et même croupier... peu importe ! Car dans ce pays, il n'y a pas de sot métier.
D'autre part, à l'encontre de nombreux pays, et même du Liban où certains postes sont « chasse gardée », la valeur personnelle est reconnue. Un citoyen qui gravit les échelons d'une entreprise déterminée peut devenir au bout de quelques années manager, area-manager et plus tard... sénateur, peut-être président. Ce pays, que l'on a surnommé « le gendarme du monde », ouvre les portes de ses institutions aux valeurs humaines sans distinction de race et sans xénophobie. Ici et là, partout où je passe, il y a un parfum du Liban. La communauté libanaise se retrouve pour chaque événement social. Dans la nouvelle cathédrale maronite à Washington, « Our Lady of Lebanon », il est émouvant de suivre la célébration d'un mariage en anglais et d'écouter les cantiques chantés en arabe. Ensuite, d'entendre de la musique orientale dans la Rotunda du Ronald Reagan Building, entre le Capitole et la Maison-Blanche ; puis d'assister à l'arrivée des jeunes mariés au son d'une « zaffé » de notre terroir. Là d'où je suis, la vision des choses est différente, car pénétrer dans les terres intérieures de l'Amérique, c'est découvrir son visage humain, sa beauté naturelle et l'œuvre créatrice d'un peuple qui aime et respecte son drapeau. Les Américains, ceux-là que l'on dit sans origine, ont fabriqué leur propre histoire et continuent de diriger leur destin. Ils ont voulu le changement et l'ont obtenu. Dans son discours d'investiture, le président Obama disait : « ... Nous formons un seul peuple, tous unis dans notre fidélité au drapeau et dans la défense des États-Unis d'Amérique. »
Puisse chaque composante de notre peuple libanais faire passer l'amour de son pays et de son drapeau avant tout autre, qu'il soit saoudien, syrien, iranien, égyptien. Car c'est en aimant notre Liban et en lui donnant la priorité que l'on en fera une grande nation.
Washington DC


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