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Nos lecteurs ont la parole

Agissez, messieurs !

Georges TYAN
On dirait qu'une poussée d'urticaire verbale a pris par enchantement nos hommes politiques, qui se lâchent sans retenue l'un contre l'autre. Comme si tout ce verbiage pouvait résoudre la crise dans laquelle ils s'enfoncent, et nous avec, encore plus chaque jour...
Nos sopranos du cru avec leurs spasmes et leurs ratés de voix, qui tiennent plus du couac que de l'envolée mélodieuse d'une cantatrice à Baalbeck ou Beiteddine, sont-ils conscients des dommages qu'ils occasionnent ?
Il n'y a qu'à contempler, dubitatif, les batailles rangées de Noueiry et Ras-el Nabeh pour en douter. Le lendemain matin, L'Orient-Le Jour titrait, à juste raison : « Dans les affres du passé... »
Comme nombre de mes concitoyens, c'est en spectateur atterré que j'assiste impuissant à ces joutes verbales, qui ne riment à rien, sinon à exacerber les tensions d'une rue qui n'aspire qu'au calme et à la sérénité, ne comprenant pas grand-chose aux mobiles de ce débat surréaliste qui, à tout moment comme on le constate, dérape dangereusement.
Loin de toute politologie ou suspicion, je ne poserais qu'une seule question : pourquoi maintenant cette levée de boucliers démentielle pour l'eau, l'électricité, le tribunal, des problèmes vieux de plusieurs années, alors que la saison estivale bat encore son plein ?
Peut-être pour désengorger nos routes et, par ricochet, porter à changer de destination ces deux ou trois millions de touristes, dont la présence chez nous représente un manque à gagner qui pèse lourd en monnaie sonnante et trébuchante pour les pays voisins.
De là à dire que ce comportement fait l'affaire des pays amis et ennemis relève de l'euphémisme. Pourtant les faits sont là, palpables, probants. Il incombe, sans l'ombre d'un doute, aux partis religieusement politiques de tout bord de prouver le contraire et de démentir.
Car il est devenu de mode de créer des rassemblements communautaires, les baptiser partis, y inclure de-ci de-là des personnalités appartenant à une autre religion en les affublant de titres purement honorifiques.
Ce genre de ravalement cosmétique n'est pas porteur. Il est indéniable que notre pays devient la proie de rassemblements sectaires. Chaque communauté se recroqueville sur elle-même, à travers des pseudopartis qui, voulant ratisser large, parlent un langage qui se prétend à portée nationale, mais qui en fait est maladroitement
communautaire.
L'idée maîtresse est qu'être sympathisant ne suffit plus, pour être protégé, même des intempéries, pour avoir accès à une position ou une fonction publique, vos diplômes étant juste un bout de papier. Il est requis d'adhérer à l'un de ces partis, non par affinité, mais à coup sûr suivant l'appartenance religieuse de chacun.
Dommage ! Car, à plus ou moins brève échéance, des courants qui ont véhiculé des idées force, tel le 14 Mars, vont se diluer et disparaître, alors qu'ils furent le creuset des retrouvailles libanaises, toutes obédiences et religions confondues.
Leur potentiel de mobilisation sera tributaire du seul bon vouloir des partis, qui les sortiront au besoin du placard aux souvenirs pour les exhiber telles des reliques d'un glorieux passé, ayant pavé une voie royale à la liberté, l'indépendance et la souveraineté mais qui, à l'instar de nos routes, se délabrent de jour en jour.
S'il est essentiel de canaliser l'indépendantisme à outrance des Libanais, il est aberrant de penser les enfermer dans un carcan partisan, et qui plus est sectaire : le tissu social ne s'y prête pas ; il existe au Liban 17 communautés, chacune divisée sur elle-même en un nombre incalculable de tendances.
Le cas échéant, ce serait on ne peut mieux cultiver la science des guerres intestines gratuites qui nous sautent à la figure pratiquement à chaque décennie.
Cela, il y a vingt-huit ans, Bachir Gemayel l'avait compris. Il a quitté le parti de son père non pour en créer un autre, mais pour lancer un courant et faire aboutir l'idée d'un Liban aux Libanais, libre, fort et indépendant, où l'être humain serait considéré comme tel, sans besoin de quémander un appui ou faire carpette sur le paillasson des politiciens.
Outre ses combattants, Bachir avait rassemblé autour de lui tous les rêveurs, cette majorité silencieuse dans les rangs de laquelle il a puisé force, courage et appui, et qui, comme lui, en avait assez de voir le pays servir de caisse de résonance pour la région.
Souvenez-vous. Comme par magie, vingt-deux jours durant, la gabegie, les pots-de-vin, le racket administratif se sont arrêtés ; les fonctionnaires sont devenus blancs bleus, affables, serviables, prévenants, se mettant en quatre pour vous servir, refusant tout geste de gratitude.
Un Liban nouveau naissait, un État de droit dans toute sa splendeur prenait forme, avant même que Bachir n'entre en fonction. Ce n'était pas seulement une question de charisme : à la base, il y avait la volonté inébranlable de détruire la ferme et de creuser les fondements solides d'une nation.
Puis le rêve s'est brisé, il a tourné au cauchemar. On connaît la suite. Toujours est-il qu'à la base de toute action, il y a la volonté, clef de voûte de tout pouvoir.
Les beaux discours, les vœux pieux ne sont que des paroles que le vent emporte sitôt prononcées. Il faut agir avant qu'il ne soit trop tard. Mais comment le faire si, à la base, il existe désormais une multitude de négations et non plus seulement deux, comme l'écrivait alors Georges Naccache ?
Bachir, qu'il ait eu tort ou raison, a prouvé que la démocratie consensuelle était un leurre cousu de fil blanc. Il a agi, il y a eu du sang et des perdants, mais s'il y eut un vainqueur, c'était bien le Liban.
Vingt-huit ans après, forts des vicissitudes que nous avons traversées, nous avons en main tous les ingrédients pour enfin bâtir un État. Alors agissez, messieurs.

Georges TYAN

On dirait qu'une poussée d'urticaire verbale a pris par enchantement nos hommes politiques, qui se lâchent sans retenue l'un contre l'autre. Comme si tout ce verbiage pouvait résoudre la crise dans laquelle ils s'enfoncent, et nous avec, encore plus chaque jour...Nos sopranos du cru avec leurs spasmes et leurs ratés de voix, qui tiennent plus du couac que de l'envolée mélodieuse d'une cantatrice à Baalbeck ou Beiteddine, sont-ils conscients des dommages qu'ils occasionnent ?Il n'y a qu'à contempler, dubitatif, les batailles rangées de Noueiry et Ras-el Nabeh pour en douter. Le lendemain matin, L'Orient-Le Jour titrait, à juste raison : « Dans les affres du passé... » Comme nombre de mes concitoyens, c'est en spectateur atterré...
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