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Jeunes méditerranéens - Méditerranée

Tanya Traboulsi : la photographie observe l’underground musical libanais

Photographe libano-autrichienne, Tanya Traboulsi traque, depuis 2007, tous les concerts de musique underground de Beyrouth et sa proche banlieue. Elle rend compte d’un mouvement sonore grandissant au Liban.

«J’ai toujours écouté beaucoup de musique et j’achetais beaucoup de vinyles quand j’étais enfant», raconte-t-elle, accoudée au bar du Demo, l’un des lieux «décalés» de la capitale libanaise, dont l’un des deux propriétaires, Trash Inc, est un DJ très apprécié par des auditeurs non commerciaux. «Certains rappeurs libanais étaient mes amis et, un jour, juste pour le plaisir, j’ai pris le groupe en photo. Je n’étais pas en contact particulier avec la scène underground beyrouthine mais je connaissais tous les artistes». C’est au tour du trio expérimental/punk Scrambled Eggs d’être «shooté» par Tanya Traboulsi. «Les trois ont beaucoup aimé les photos et moi, de mon côté, je savais que c’était le début de quelque chose…». Depuis 2007, c’est donc en photographe assermentée qu’elle se rend aux concerts, spontanément. «Parfois, eux-mêmes me contactent pour des photos de presse». Pour asseoir sa spécificité, la photographe, au début de cet «essai», a téléchargé certains de ses clichés sur sa page Facebook. Le succès a été immédiat ou, du moins, sa visibilité a été immense. Explication : «Des 200 photos digitales que je prends pendant un concert, je n’en garde que 30 maximum». Plus de mille instantanés après trois ans de travail «par flux, pour ne pas forcer le train» et regroupés dans le cycle Music is life, ont permis la maturation lente d’un livre intitulé UNTITLED TRACKS: ON ALTERNATIVE MUSIC IN BEIRUT. «Il y a quelque temps, j’ai découvert Ruptures, l’émission radio du critique musical et producteur libanais Ziad Nawfal, poursuit-elle. Je lui ai très vite écrit, en lui proposant de travailler ensemble sur un projet textes/photos. Les mois sont passés jusqu’à ce qu’un ami en commun nous mette l’un en face de l’autre. À partir de ce moment, les choses sont allées très vite : Ziad et Ghalya Saadawi ont écrit leurs textes, les photos ont été sélectionnées et notre projet a été soutenu financièrement par Beyrouth, capitale mondiale du livre».

 

Talent et intensité
La signature a eu lieu en mars dernier, dans la capitale libanaise, devant un grand public qui a agréablement surpris Tanya Traboulsi. «Le succès de ces 23 groupes et artistes me rend fière et me motive», confie-t-elle. Ils travaillent énormément pour arriver et, quand je les compare aux enfants gâtés européens que sont les musiciens là-bas, je les admire…». Selon la photographe, ces rappeurs, «expérimenteurs» libanais se caractérisent par leur variété, leur talent et l’intensité et l’authenticité de leurs sentiments. «C’est dommage qu’une telle motivation ne rencontre pas un public plus large», déplore-t-elle. Facebook, extrêmement actif au Liban, a cependant permis à cette génération underground d’avoir confiance en elle-même et donc de continuer à produire sa musique, envers et contre tout. Grâce à une structure régionale comme Eka3, récemment fondée, la machine de contre-attaque commerciale se met lentement en marche. Quant à Tanya Traboulsi, même si Music is Life ne lui assure pas d’entrées financières conséquentes, elle affirme vouloir continuer : «J’aime ce que je fais».


«J’ai toujours écouté beaucoup de musique et j’achetais beaucoup de vinyles quand j’étais enfant», raconte-t-elle, accoudée au bar du Demo, l’un des lieux «décalés» de la capitale libanaise, dont l’un des deux propriétaires, Trash Inc, est un DJ très apprécié par des...