Plus de 300 000 personnes sont actuellement sur les listes d’attente à Stockholm. Olivier Morin/AFP
Un deux-pièces coquet dans le quartier le plus couru de la capitale et un loyer mensuel de 410 euros défiant toute concurrence : en apparence, Johannes, Stockholmois de 36 ans, n'a vraiment pas de problème de logement.
Mais il y a un hic : pour vivre ici, cet ingénieur a dû débourser 130 000 couronnes (15 000 euros) pour « acheter » un contrat de bail à un ami qui quittait les lieux.
« C'est malheureusement le prix pour entrer dans le système à Stockholm, dit-il, dans son salon surplombant une arrière-cour arborée du quartier branché de Södermalm. Je ne connais personne dans mon immeuble qui ait eu son appartement par la voie normale des listes d'attente. »
Le marché locatif de la capitale nordique est quasi intégralement régi par un système de listes d'attente pour appartements, un procédé qui oblige à s'armer de patience.
« Les temps d'attente sont stables, autour de quatre ans pour un logement en banlieue, autour de douze dans le centre-ville », explique le directeur de l'Agence du logement de la municipalité, Per Anders Hedkvist.
Son organisme chapeaute environ 85 % du parc locatif avec l'objectif de donner à tous un accès au logement au même prix, le seul critère d'attribution étant l'ancienneté sur les listes.
Une fois acquis, le contrat dit « de première main » offre des droits quasi léonins, comme celui de pouvoir rester ad vitam aeternam, d'échanger son bail avec quelqu'un d'autre ou de racheter l'appartement à un prix très favorable en cas de mise en vente. Résultat : les logements tardent à revenir dans le circuit.
La plupart des Stockholmois étant inscrits sur les listes depuis l'âge de 18 ans, étudiants ou salariés venus de province, immigrés ou étrangers de passage sont relégués en queue de peloton et donc souvent contraints de se tourner vers la jungle du marché de seconde main.
Réceptionniste d'hôtel, Cecilia Bonde, 27 ans, accumule ainsi depuis des années des sous-locations qui dépassent rarement six mois, avec des préavis très courts et des loyers jusqu'à deux fois plus élevés. « J'ai habité ici, ici. Et ici, là aussi... Là, là », explique-t-elle à l'AFP en désignant une bonne quinzaine d'emplacements sur une carte de la capitale.
Malgré sa finalité égalitariste, le système des listes perpétue en définitive une certaine ségrégation : selon une étude de la Fédération des propriétaires, les revenus des locataires du centre-ville restent supérieurs à ceux des locataires de banlieue.
Stockholm est « un marché fermé » qui bénéficie à ses habitants natifs, souvent riches, aux dépens des provinciaux et des immigrés, dénonce Henrik Tufvesson, responsable de la fédération.
M. Hedkvist reconnaît que « le système engendre des effets pervers, qu'il est difficile d'y entrer, que les grands-parents transmettent le bail à leurs petits-enfants ou qu'il existe un marché noir ».
« Mais en même temps, il y a un gros avantage, c'est que presque tout le monde a les moyens de louer un appartement à Stockholm », dit-il.
Selon les études, les loyers dans le centre devraient augmenter autour de 40 à 50 % si le système était supprimé. « Certains n'auraient alors plus les moyens d'y habiter », avertit M. Hedkvist.
Un argument réfuté par M. Tufvesson, qui plaide pour que les loyers du centre-ville soient relevés au motif que « ce sont déjà les riches qui habitent dans le centre ».
Plus de 300 000 personnes sont actuellement sur les listes d'attente, un chiffre qui a triplé en cinq ans dans une agglomération de près de 2 millions d'habitants.

