Le ministre de l'Intérieur Ziyad Baroud a ainsi estimé hier que « le seul fait » pour le procureur du TSL Daniel Bellemare de demander « des données » en possession du secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, est, « en soi, positif ». « Cela signifie que le tribunal prend en considération tous les éléments concernant l'assassinat de l'ancien Premier ministre Rafic Hariri », a-t-il souligné. Ces propos du ministre de l'Intérieur sont extraits d'un entretien accordé à l'hebdomadaire Magazine. « Sur le plan procédural, le procureur général près la cour de Cassation, Saïd Mirza, est en mesure de transférer les données » en question au procureur du TSL, Daniel Bellemare », a d'autre part expliqué M. Baroud. Il a aussi précisé qu'il n'était pas nécessaire « sur le double plan théorique et procédural » que « le gouvernement s'empare de cette affaire ». Le ministre a d'autre part insisté sur les garanties qu'il convient d'apporter au TSL afin d'en assurer le bon fonctionnement. Il a enfin estimé qu'il n'y a « aucune contradiction entre la stabilité et la justice. La justice impartiale et suffisamment argumentée conduit à la stabilité, et non pas à l'instabilité ».
Le président du bloc parlementaire du Courant du futur, le président Fouad Siniora, a déclaré de son côté que le TSL devrait pouvoir poursuivre sa mission « loin de toute intervention, pression ou tentative d'interférence ». Il a souligné dans ce cadre qu'il ne faudrait exclure aucune hypothèse ou possibilité au niveau de l'enquête afin de dévoiler la vérité sur les circonstances et les responsabilités dans l'assassinat de Rafic Hariri.
Le député Ahmad Fatfat, membre du bloc du Courant du futur, a déclaré pour sa part que la démarche du procureur Daniel Bellemare, qui a demandé qu'on lui remette les films et documents présentés par le leader du Hezbollah, Hassan Nasrallah, au sujet du rôle présumé d'Israël dans l'assassinat de Rafic Hariri, « confirme que la seule autorité compétente dans l'affaire de l'assassinat de Rafic Hariri et des autres assassinats qui ont suivi est le Tribunal spécial pour le Liban ». M. Fatfat a mis l'accent à cet égard sur sa confiance dans « la transparence et le professionnalisme du TSL ». Et M. Fatfat d'ajouter que « le Hezbollah ne peut pas proclamer aujourd'hui qu'il n'a plus confiance dans le tribunal après qu'il se soit engagé sur ce plan lors de la conférence de dialogue au printemps 2006 et qu'il ait renouvelé cet engagement dans la déclaration ministérielle du gouvernement du président Saad Hariri ». Et M. Fatfat de poursuivre : « Le 14 Mars sera le premier à rejeter l'acte d'accusation du TSL s'il est basé sur des supputations politiques et non sur des données et des preuves sérieuses. »
Séparation des pouvoirs
De son côté, le député membre du Courant du futur, Ammar Houri, a affirmé hier que toute « marche arrière » dans la coopération avec le TSL consisterait en « une entorse à la déclaration ministérielle » du gouvernement actuel. Tous les propos concernant l'annulation du tribunal et le refus de coopérer avec cette instance sont des propos acceptables « sur le plan politique ». Mais, a poursuivi M. Houri, « il est désormais trop tard pour ne pas reconnaître » une instance qui a fait des progrès considérables. Rappelant que la mise en place du TSL est fondée sur la résolution 1757 de l'ONU, adoptée sous le chapitre 7, il a estimé que les ministres ont le droit de soulever n'importe quelle question en Conseil des ministres. Le dossier des faux témoins, soulevé par le ministre du Hezbollah, Hussein Hajj Hassan, a été transféré au ministre de la Justice, et il existe une séparation des pouvoirs entre l'exécutif et le judiciaire, a rappelé M. Houri.
Le député Antoine Zahra, membre du bloc parlementaire des Forces libanaises, a dénoncé la déclaration faite mercredi par l'un des membres du conseil politique du Hezbollah, Mahmoud Komati, qui a souligné que le but recherché par le Hezbollah est d'abolir le TSL. « Le Hezbollah traite indirectement avec le Tribunal international car il sait pertinemment que la justice libanaise s'est dessaisie de l'enquête sur l'assassinat de Rafic Hariri », a déclaré Antoine Zahra.
« Moultazimoun » déplore la campagne du Hezbollah
Le rassemblement « Moultazimoun » a déploré de son côté « la campagne orchestrée et menée par le Hezbollah et les pôles du 8 Mars contre le Tribunal spécial pour le Liban ». Dans un communiqué publié hier, Moultazimoun souligne que toute « paralysie du TSL ou torpillage de son travail constitue une menace pour la paix civile et la coexistence ».
Le député Hassan Fadlallah, membre du bloc parlementaire du Hezbollah, a déclaré pour sa part qu'un suivi devrait être assuré à la décision du gouvernement de confier au ministre de la Justice la mission de tirer au clair l'affaire de ceux que le Hezbollah appelle des « faux témoins ». « Nous avons commencé à poursuivre ces faux témoins au sein du gouvernement afin que les Libanais et le monde sachent qui ils sont et pourquoi ils ont biaisé l'enquête et entraîné le Liban dans une grave crise », a déclaré le député hezbollahi.
Le ministre de l'Environnement, Mohammad Rahhal (proche du Courant du futur), a quant à lui estimé que le dossier des faux témoins n'est plus de la compétence du Conseil des ministres puisqu'il a été transféré au ministère de la Justice.
Le mufti de Tyr et de Jabal Amel, Hassan Abdallah, s'est également exprimé sur ce dossier en affirmant que « les faux témoins » doivent rendre des comptes et qu'il s'agit là d'une « revendication humanitaire et patriote ». « La justice est une revendication nationale » mais, a rappelé le mufti, « le TSL a nui à de nombreuses personnalités libanaises et autres, car il ne s'est pas fondé sur des preuves qui viennent conforter les accusations » qui ont ainsi été faites.

