Imparfaite, cette comparaison est pourtant heureuse, en ce sens que deux des trois disciples tombés se sont relevés et sont devenus, pour nous, des modèles de conduite et de sainteté, des points de référence pour nos propres reniements, peurs et doutes. Il y a donc, intérieurement, un espoir pour Fayez Karam et pour d'autres, ce semble : celui d'un repentir analogue à celui qui retourna Pierre et Thomas, et leur fit reconnaître Dieu dans l'homme qu'ils avaient suivis.
Oui, la comparaison est heureuse parce qu'à l'heure où le Hezbollah et des voix au Liban réclament des tribunaux de campagne et des potences, ces modèles se dressent, dans leur grandeur humaine, pour dire que la repentance et le pardon sont possibles.
Ceux qui ces jours-ci réclament la peine de mort pour les agents d'Israël aspirent, légitimement sans doute, à ce que justice soit faite, à ce que ces hommes paient pour leurs actes. Pourtant, des dizaines de milliers de Libanais pensent que nul ne saurait s'arroger le droit de vie ou de mort sur un autre humain. Notre modèle à tous, sur ce point précis, devrait être l'ancien Premier ministre Sélim Hoss. Personne, comme lui, n'a dénoncé ce Liban irresponsable où personne ne répond de ses actes. Pourtant, personne comme lui n'a obstinément refusé de contresigner des décrets d'exécution de peines capitales.
Une expérience séculaire le prouve : la peine de mort ne résout rien. Cent trente et un pays ont déjà renoncé à ce châtiment cruel et inhumain prononcé en général au terme de procès expéditifs, à la procédure viciée, où les aveux sont obtenus sous la torture. Et qu'on ne nous dise pas que la torture a disparu au Liban. Pas plus tard qu'il y a une dizaine de jours, des ONG internationales se plaignaient de la persistance de cette pratique sous nos cieux. Que serait-ce si ces peines de mort sont prononcées par des tribunaux de campagne ! On tremble à l'idée que le Liban suive consciemment et officiellement l'exemple de la foule hystérique qui a tourmenté puis lynché un meurtrier à Qetermaya, en mai dernier, pour ne rien dire des pays où les exécutions capitales continuent d'être appliquées à large échelle : la Chine, l'Iran, l'Arabie saoudite.
Qu'on ne nous érige pas de modèle révolutionnaire en exemple : de 1789 aux champs de la mort du Cambodge, en passant par l'URSS, toute révolution est menacée dans son essence même par ses excès de justice, sa prétention démiurgique qui débouche immanquablement sur la Terreur, et dont l'unique fruit est une désolation sociale sans pareille, et une ridicule pauvreté intellectuelle et culturelle.
Que le chef de l'État prenne garde de flatter les sentiments du Hezbollah sur ce point. Loin d'unir les Libanais, la peine capitale approfondira davantage encore ce fossé culturel et politique qui sépare le Liban de la liberté et celui de la répression idéologique. Mieux vaut plutôt se pencher sur les causes d'un phénomène dont l'ampleur surprend, et chercher les raisons qui poussent tant de Libanais à préférer servir les intérêts d'Israël, plutôt que ceux du Liban. Peut-être même pensent-ils ainsi servir le Liban ?
En battant les tambours de la guerre et de la vengeance, le Hezbollah dispose pour sa part de ce qui ne lui appartient pas. Il oublie que le Liban lui a été donné. Le « cancer » auquel le Liban fait face aujourd'hui ne sera pas éradiqué par le militarisme. Il n'est sensible qu'à la chimiothérapie du « Liban-message », de la complémentarité culturelle où chaque communauté, y compris la communauté laïque, donnerait le meilleur d'elle-même : l'islam sa fortitude et sa piété, le druzisme cette sagesse qui rend diaphanes les Anciens, dont les visages reflètent l'extraordinaire douceur d'un Dieu goûté dans sa bonté, le laïcisme cette présence exigeante de la raison éclairant toutes les conduites humaines et le christianisme rien moins que la présence du Christ au monde, ce levain d'humanité qui est comme l'accomplissement de la nature même de Dieu, sans oublier le rayonnement de Marie qui serait comme la compassion de Dieu pour tout ce qui revêt chair humaine.


Israël Katz assure que l’armée israélienne « conservera sa liberté d’action militaire » au Liban malgré la nouvelle trêve