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Liban - En Dents De Scie

Devenir Gideon Levy

Comment pourrions-nous ne pas être une démocratie ? Nous laissons écrire Gideon Levy.
Shaul Moffaz

Trente et unième semaine de 2010.
On peut reprocher une quantité de choses à l'État d'Israël. Mais pas, définitivement pas ses médias en général et sa presse en particulier, leur somptueuse liberté d'expression et cette apnée dans la praxis démocratique que même un Hassan Nasrallah a condescendu un jour à applaudir - c'était à l'occasion du rapport Winograd sur l'après-guerre de juillet 2006.
Et, au cœur de ces médias, il est un journaliste siégeant au sein du directoire du Haaretz, où il signe une chronique hebdomadaire au vitriol des violations et autres barbaries commises contre les Palestiniens. La chronique s'intitule Twilight Zone.
L'homme s'appelle Gideon Levy.
Une icône du gauchisme israélien propalestinien un peu illuminée, certes. Un extrémiste dans son genre, un inquisiteur sans pitié, certes. Un anti-impérialiste mi-babcool mi-Réseau Voltaire, resté glué dans les 70's, certes. Un entomologiste scientifique et cruel, sorte de Docteur Mabuse capable de rapporter, presque dans son intégralité, la transformation de chaque soldat israélien en animal en la démontrant, horrifié et fasciné à la fois, en la racontant pour l'histoire, mais comme s'il livrait la recette d'un poulet au citron confit - c'était dans Checkpoint syndrom : Nous avons mis l'Arabe à côté du garde. Il n'arrêtait pas de pleurer et quelqu'un qui comprenait sa langue dit qu'il avait les mains qui lui faisaient mal à cause des menottes. L'un des soldats est allé vers lui et l'a frappé dans l'estomac. L'Arabe s'est plié en deux et a grogné ; nous avons tous ri. C'était marrant... Je lui ai donné un gros coup de pied dans les fesses et il s'est étalé juste comme je l'avais prévu. Ils ont crié que j'étais totalement fou et ils ont ri. Et je me suis senti heureux. Notre Arabe n'était qu'un garçon mentalement retardé de 16 ans. Certes.
Mais, coincé entre l'imbécilité criminelle de ses dirigeants, Benjamin Netanyahu en tête et l'aveuglement souvent insupportable d'une grande partie de ses compatriotes, Gideon Levy est à lui seul tous les cris de Münch face à la sauvagerie et l'iniquité et la bêtise presque jamais égalées de par le monde du neuf-dixième des gouvernements israéliens. Gideon Levy est la conscience d'un pays qui se noie. L'âme d'un Israël que ces gouvernements-là n'en finissent pas de damner. Un résistant - un vrai, comme on trouve quelques-uns en Iran, à Cuba, en Syrie, en Biélorussie. Il a juste la chance inouïe de vivre, summum de l'ironie, dans... une démocratie.
Avant-hier jeudi, Gideon Levy signait dans Haaretz une gifle inouïe, un édito magistral et indiscutable, de l'arsenic pur distillé en pleine gueule de l'armée et du gouvernement israéliens, au lendemain de l'incident de Adaïssé, au lendemain de l'arbre. Ces Libanais ont désormais un commandant de brigade déterminé à défendre la souveraineté de son pays, c'est un scandale. Ou bien : Pendant des années, Israël exigeait que l'armée libanaise prenne ses responsabilités au Sud. À présent qu'elle le fait, nous avons changé de ton. Pourquoi ? Parce qu'elle a cessé de se comporter comme un sous-traitant d'Israël, qu'elle a commencé à agir comme l'armée d'un État souverain, et cela, bien sûr, est interdit ; seuls, nous, avons le droit. Ou encore : Le Liban a besoin d'une leçon et nous allons la lui inculquer. Quant à nous, nous n'avons pas de leçons à recevoir. Nous allons continuer à ignorer la Finul, l'armée libanaise et son nouveau commandant de brigade qui a le culot de croire que son boulot est de défendre la souveraineté de son pays.
C'est simple, c'est clair, c'est direct, c'est sans concessions, c'est un uppercut, c'est de l'anti-Elie Wiesel, c'est Gideon Levy.
Un uppercut asséné aux siens mais aussi, et surtout, à tous ceux qui ont tout fait pour confiner pendant des années, jusqu'à l'hécatombe de 2006 et l'intervention radicale de la communauté internationale, l'armée libanaise dans un insupportable carcan : agents de la circulation, sauveurs de chatons coincés au haut d'un arbre, au mieux une vague police des mœurs, une gardienne des vertus made in Damascus juste bonne, sur un ordre d'Émile Lahoud donné il y a neuf ans, jour pour jour, de tabasser dans une ratonnade des enfers des jeunes devant le Palais de justice - entre autres faits de gloire. Une gifle assénée donc à ceux, Syriens, Iraniens et Hezbollah en tête, qui se sont coupés en quatre pour interdire, des décennies durant, le Sud à la troupe.
La leçon de Gideon Levy à certains Israéliens et à une partie des Libanais est un modèle du genre, le plaidoyer cynique mais idéal en faveur des boys d'un Jean Kahwagi qui vient de recevoir, avec cette histoire d'arbre coupé au sang, un cadeau béni/empoisonné : celui de montrer au monde que si le monde l'aide, l'armée libanaise sera la seule à même de faire oublier la présence au Liban d'une milice-vampire d'État : le Hezbollah. De dynamiter pacifiquement, œuvre au blanc, cette hérésie délétère, létale pour le pays, chère aux ayatollahs, toutes communautés confondues, d'ici et d'ailleurs qui l'ânonnent infatigablement : l'équation Résistance islamique-armée-peuple.
Il y a un peuple. Et il y a, surtout, une armée nationale. Que ce soit Gideon Levy qui le rappelle avec autant d'acuité est un comble.
Comment pourrions-nous ne pas être une démocratie ? Nous laissons écrire Gideon Levy.Shaul MoffazTrente et unième semaine de 2010.On peut reprocher une quantité de choses à l'État d'Israël. Mais pas, définitivement pas ses médias en général et sa presse en particulier, leur somptueuse liberté d'expression et cette apnée dans la praxis démocratique que même un Hassan Nasrallah a condescendu un jour à applaudir - c'était à l'occasion du rapport Winograd sur l'après-guerre de juillet 2006.Et, au cœur de ces médias, il est un journaliste siégeant au sein du directoire du Haaretz, où il signe une chronique hebdomadaire au vitriol des violations et autres barbaries commises contre...
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