En effet, depuis les années 90, le système monétaire international a connu trois bouleversements majeurs :
1. Un essor des mouvements de capitaux plus rapide que celui du commerce international. Ceci est à l'origine du gonflement du secteur financier par rapport à l'économie réelle. Le rôle déstabilisateur de ces grands flux financiers à court terme demeure réel. Il ne s'agit pas de les arrêter évidemment, mais d'imposer une taxe à la « Tobin » pour limiter leur impact négatif sur l'économie mondiale et surtout sur les pays en voie de développement.
2. Les crises financières régionales dans les pays émergents, surtout en Asie de l'Est, au Mexique et en Russie, qui n'ont pas été réglées d'une manière ferme et satisfaisante. Un grand groupe des pays touchés par ces crises avaient abandonné les régimes de taux de change fixes par rapport au dollar en faveur d'un régime de change flexible. Bien que ce dernier possède beaucoup d'avantages, il risque d'avoir des répercussions négatives quand les dettes publiques sont en monnaies étrangères alors que les recettes sont en monnaies nationales. Ceci crée en effet un déséquilibre financier dangereux pouvant provoquer à tout instant une crise grave.
3. La création de l'euro, effectivement en 1999 et réellement en tant que monnaie de circulation en 2002, avait insufflé un peu d'espoir quant à la création d'une monnaie de réserve qui peut faire concurrence au dollar. Bien que le démarrage de l'euro eût été impressionnant, les faiblesses structurelles de l'Union monétaire et de certaines économies membres de cette Union, en plus du développement limité du marché monétaire européen, ont contribué à freiner cet élan exceptionnel. La récente baisse de l'euro face au dollar, bien qu'elle soit bénéfique pour les économies européennes notamment en termes d'exportations, reste insuffisante pour la relance de ces économies qui comptent beaucoup plus sur le marché interne qu'externe. L'Europe a donc besoin de renforcer ses institutions et de créer une politique fiscale commune visant à transformer l'UME en zone optimale à la « Mundell ».
4. Face à une situation économique internationale caractérisée par un niveau de dette élevé combiné à une volatilité croissante des cours de monnaie, la demande pour l'or n'a cessé d'augmenter, les investisseurs s'inquiétant davantage d'une nouvelle récession, en partie en raison des solutions partielles adoptées. L'or ne paie pas de dividende ni des intérêts, mais les investisseurs le demandent en espérant une hausse de son cours. Cette tendance a été favorisée par la politique des taux d'intérêt bas et par la faible rentabilité des investissements alternatifs.
Le cours de l'or a d'ailleurs augmenté de plus de 20 % en euros et de 9 % en dollars durant les six premiers mois de 2010. Historiquement, le prix de l'or augmente quand le dollar baisse, mais actuellement, il s'apprécie contre toutes les monnaies. L'or apparaît de plus en plus comme un actif sécurisant. Est-ce une vraie valeur refuge ? Deux grands facteurs, en sens opposé, détermineront son prix dans les mois à venir :
1. La demande croissante des investisseurs qui ne sont plus obligés d'acheter le métal en lingots, mais des instruments financiers dérivés. Les investisseurs adoptent de plus en plus une vision à long terme pour se protéger contre les pertes potentielles et surtout contre l'inflation qui risque de décoller une fois la reprise économique générale réalisée. À cela s'ajoute la demande ordinaire qui n'est pas moins importante, surtout celle des Asiatiques qui trouvent en l'or une vraie valeur refuge. Les revenus par tête de ces pays augmentent rapidement et ainsi leurs achats d'or. Les principaux consommateurs d'or au premier trimestre de 2010 étaient d'ailleurs l'Inde (193,5 tonnes) et la Chine (139,7 tonnes), suivies des États-Unis (40,7 tonnes). Ces derniers détiennent actuellement de l'or équivalant à 1,85 % de leur PIB, comparé à 20 % en 1940 et 7 % en 1980. Le potentiel de la demande est donc énorme.
2. Au niveau de l'offre, la tendance est plutôt à la stagnation, malgré le fait que certains détenteurs d'or sont en train de vendre pour profiter des prix élevés. Les banques centrales occidentales avaient beaucoup vendu, mais ont arrêté récemment. Seul le FMI vend actuellement au moment où les banques centrales asiatiques achètent. L'équilibre entre offre et demande s'oriente donc plutôt vers une hausse des cours.
*Professeur d'économie et de finance à la Notre Dame University (NDU).

