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Nos lecteurs ont la parole

II - Le nouveau rôle qui attend la communauté chiite

Par Ali Hussein ABBAS
Les dernières sanctions prises par les Conseil de sécurité ainsi que celles qui ont été adoptées par la suite par les USA et l'Europe vont priver le gouvernement iranien des effets de levier qu'il avait sur la population.  Il ne sera plus en mesure de subventionner le pétrole et devra l'importer de Turquie ou d'Irak à travers le Kurdistan à un prix beaucoup plus cher. Ni les Turcs ni les Kurdes ne vont laisser cette opportunité filer d'entre leurs mains (voir L'Orient-Le Jour du jeudi 5 août 2010).
Pour cette raison, et pour d'autres, le Hezbollah aura de plus en plus de difficultés de financement et devra recourir à d'autres sources pour pouvoir maintenir sa vitesse de croisière tant au niveau du nombre de ses troupes qu'au niveau de ses activités politico-socialo-caritatives. Mais ce qui est certain, c'est qu'il sera dans l'impossibilité de faire une guerre contre Israël, car il sait que cette fois, l'Iran ne sera pas en mesure de participer à la reconstruction de ce qui pourrait être détruit car les dégâts seront autrement plus sérieux et la capacité financière de l'État iranien a énormément rétréci. Tentera-il alors un autre type de guerre ? La question mérite d'être posée.
En effet, la situation dans le bazar de Téhéran et loin d'être idyllique. En effet, ce sont les bazars des grandes villes iraniennes qui ont accéléré la chute du chah et précipité l'avènement de Khomeiny. C'est dans les bazars que se prennent les grandes décisions populaires et c'est là où on sent le pouls d'un régime. L'ambiance dans les bazars s'est récemment surchauffée jusqu'à la limite de l'explosion. Les commerçants du bazar de Téhéran se sont mis en grève et ont fermé leurs portes pendant 12 jours du 8 jusqu'au 20 juillet. La situation reste tendue dans les divers autres bazars d'Iran et même le bazar de Machad, une des villes saintes d'Iran. La situation économique du pays est très mauvaise et tous les indicateurs sont au rouge. La population, qui avait souffert du tremblement de terre de 2003, n'a pas encore reçu toute l'aide promise et plusieurs dignitaires du régime soulèvent l'utilité de faire passer les subsides pour la subversion extérieure avant l'aide promise à la population démunie.
Le couple syro-iranien bat discrètement de l'aile. L'entrée en force et très rapide de la Turquie, qui a retiré le tapis de sous les pieds des Iraniens à la suite de l'expédition de la flottille de Gaza, et son alliance avec la Syrie ainsi que son ouverture au Liban laisse présager une future alliance politico-économique turco-syro-libanaise qui occupe le flanc est de la Méditerranée. Dans cette alliance, il n'y aurait pas de place pour une guerre régionale mais pour plus de développement et de complémentarité entre ces pays et leurs voisins immédiats. La politique de voisinage européenne est conçue pour soutenir politiquement et financièrement un tel projet. La Turquie néo-ottomane se verrait confier le rôle de leader de ce projet avec, en prime, des discussions plus sérieuses sur le type d'adhésion ou de partenariat avec l'Europe. Cette nouvelle donne risquerait de favoriser le réveil de l'antagonisme atavique turco-iranien, qui remonte au XVIe siècle et qui opposa les Ottomans sunnites aux Safavides chiites (Iraniens). À cette époque, l'Irak était déchiré entre ces deux influences mais ce fut l'Empire ottoman qui triompha des Safavides, qui acceptèrent leur défaite en signant le traité de Zuhab et reconnurent l'Irak comme faisant partie intégrale de l'Empire ottoman, et ce jusqu'à la Première Guerre mondiale. Comme quoi l'histoire se répète sous des formes et variantes différentes.
Une partie de la communauté chiite libanaise ayant adhéré à  la politique iranienne est devenue un de ses instruments les plus actifs et les plus fidèles. Il serait utile de rappeler qu'une des plus anciennes et importantes hawza chiites se trouvait à Jabal Amel, au Liban-Sud. La  hawza de Jabal Amel était un phare de connaissance et de réflexion religieuse. Elle fut fondée par un des compagnons du Prophète, Abou Dhar Ghifari, et ses plus célèbres religieux furent cheikh Muhaqqiq Karaki et cheikh Bahauldin al-Ameli qui, en émigrant en Iran, contribuèrent à l'enrichissement des hawzas d'Iran.
Aujourd'hui, la communauté chiite a peut être une contribution encore plus grande à apporter à l'islam, en particulier, et à l'humanité, en général. Mais cela est sujet à sa libération du joug de la politique des axes et des missions qui lui ont été imposées et qui drainent son potentiel. Je rêve, d'une, voire même de plusieurs, hawzas chiites établies au Liban et qui contribueraient à rayonner sur tout le monde musulman à partir du Liban. En effet le Liban, ce petit pays méditerranéen plurireligieux et multicommunautaire, amène une telle ouverture, une histoire si riche et des leçons utiles qu'il pourrait servir de base idéale pour enrichir la communauté chiite et l'islam. Ce projet devrait être mené de concert avec des religieux iraniens de Qom et irakiens de Najaf. C'est ainsi qu'on pourrait créer un vrai dialogue entre toutes les religions et civilisations où des religieux crédibles et des philosophes laïcs de tous bords pourraient débattre des idées et des défis auquel le monde d'aujourd'hui fait face et pour lesquels il n'a pas de réponse commune. Ces différences, hors d'un cadre propice de réflexion calme et rationnel, mènent aujourd'hui à des luttes et des guerres fratricides qui dévastent le monde depuis des siècles. Le Liban, dont la mission historique est d'être une terre d'accueil, serait le seul pays au monde capable de faire avancer un projet aussi audacieux et utopique mais combien nécessaire. Il serait ainsi un contributeur essentiel à la paix mondiale et à la négation de la théorie de Huntington sur la guerre des civilisations. Le dialogue remplacerait ainsi la guerre comme moyen de résolution des conflits qui ravagent la région.
La nouvelle politique active de l'Arabie saoudite a pleinement confirmé le nouvel axe syro-saoudien allié objectif des deux puissances régionales que sont l'Égypte et la Turquie. La visite du monarque saoudien  à la résidence Hariri a eu pour but et effet de faire bien comprendre à qui veut bien entendre que « les Hariri font partie de notre famille et c'est à ce titre que nous sommes venus dans notre maison. Toute atteinte à cette famille sera considérée comme une atteinte à la maison al-Saoud ».
Cette lutte a laquelle nous assistons aujourd'hui entre un Iran qui se radicalise depuis 30 ans et un monde sunnite qui cherche à rejoindre la modernité tout en gardant sa culture et sa religion est beaucoup plus importante et profonde que ne laissent le voir les signes extérieurs de la lutte politique. Nous assistons à un changement fondamental, quoique lent, du monde arabe dans le but d'un ralliement au monde moderne avec tout ce que cela comporte comme défis et résistance au changement. Le choix serait entre une personne qui vous amène rapidement au plus profond de l'enfer ou entre une autre qui remonte de l'enfer vers le monde de lumière.

Ali Hussein ABBAS
Genève - Suisse
Les dernières sanctions prises par les Conseil de sécurité ainsi que celles qui ont été adoptées par la suite par les USA et l'Europe vont priver le gouvernement iranien des effets de levier qu'il avait sur la population.  Il ne sera plus en mesure de subventionner le pétrole et devra l'importer de Turquie ou d'Irak à travers le Kurdistan à un prix beaucoup plus cher. Ni les Turcs ni les Kurdes ne vont laisser cette opportunité filer d'entre leurs mains (voir L'Orient-Le Jour du jeudi 5 août 2010). Pour cette raison, et pour d'autres, le Hezbollah aura de plus en plus de difficultés de financement et devra recourir à d'autres sources pour pouvoir maintenir sa vitesse de croisière tant au niveau du nombre de ses troupes qu'au niveau...
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