La longue marche du destin de ces populations riches par leur civilisation, aguerries par leurs expériences millénaires et variées par leur très large brassage, leur permet de survoler tous les accidents de l'histoire et de la géographie en donnant aux événements leurs véritables dimensions. Mais cette appréciation, qui est vraie dans l'absolu, ne se réalise pas toujours sans des accès de panique et d'angoisse et sans aussi des perturbations, voire même des dysfonctionnements nationaux graves, du fait des différents paramètres qui interviennent avec chaque crise.
Le Liban, qui subit depuis la nuit des temps cette « déferlante » continue de vagues, a amené ses citoyens et leurs dirigeants à se moduler pour mieux coller à la réalité du moment. Ils ont appris à surfer pour continuer leur diable de chemin au travers des traquenards que la géostratégie leur impose à chaque étape de leur dur parcours. Aujourd'hui, ce pays vit à nouveau une situation grave et délicate et se trouve probablement à un tournant où il ne peut pas faire de mauvais choix, car il risque pour le moins un statu quo suicidaire et au pire l'effondrement ou même la dilution. Il faut donc arrêter de jouer aux apprentis sorciers et aux diseurs de bonne aventure ; il faut que cette diarrhée verbale à laquelle se livrent un nombre impressionnant de politiques au travers des médias chaque fois qu'une crise se profile, et avec eux certains journalistes, qui, au lieu d'assumer leur véritable rôle d'informer leurs lecteurs ou leurs spectateurs, vont les attirer dans le guet-apens de talk-shows aussi interminables que pernicieux. À la clé leur objectif ressemble davantage à celui des « vendeurs de sensations fortes » cherchant à augmenter leur audimat et à dispenser plus de rumeurs que d'informations vraies et objectives. Cette critique n'a certainement rien de personnel mais elle est strictement structurelle et éthique.
Pour revenir à l'étape que traverse actuellement le pays, elle est certainement inquiétante, voire même annonciatrice de guerre, mais la réalité n'est peut-être pas aussi dramatique qu'elle en a l'air. La cause de tout ce brouhaha provient du fait que de nombreuses échéances nationales et régionales doivent intervenir dans un proche avenir et devront toutes y trouver leur règlement et leur issue. Il en découlera nécessairement des conséquences qui pourront affecter la stabilité intérieure et la paix civile. Mais face à cette situation les grands moyens se sont déployés pour la première fois avec autant de dynamisme et de célérité. Les Libanais, presque médusés, assistent à ce branle-bas exceptionnel et inattendu. La venue au Liban des principaux chefs d'orchestre et artisans de l'action et de la communication régionale, largement commentée, avait pour son objectif d'endiguer, d'anticiper et éventuellement d'apporter la logistique indispensable pour dépasser ce cap difficile. Comment alors saisir le sens d'une telle démarche sinon par un consensus régional et international pour négocier et à la limite imposer, une paix intérieure qui devra éviter tout risque de dérapage pouvant entraîner une quelconque guerre régionale.
À partir de là il faut peut-être dire stop aux scénarii catastrophes et se demander si le Liban, malgré tout ce qui s'y passe et s'y trame, ne s'achemine pas vers l'acceptation des futures conclusions du TSL et si nous n'allons pas assister prochainement à un contingentement du parti de Dieu comme ce fut le cas il y a quelques années pour les Forces libanaises, au retour de cette communauté chiite si chère au cœur de tous les Libanais, toutes factions confondues, au sein des institutions et si enfin nous n'allons pas vivre l'épilogue de la guerre de 1975 et la mise en application d'une des dernières recommandations de l'accord de Taëf, restée non exécutée, à savoir la fin de l'ère des milices et le retour à l'État de droit. Quelle que soit en tout cas la tournure que prendront les événements, l'avenir très proche apportera bientôt la lumière nécessaire pour les décrypter, mais il est en tout cas évident qu'une page importante de l'histoire du Liban est en voie d'être tournée après trente-cinq ans de guerre et d'instabilité quasi permanente.
Plaise à Dieu que ce pays reste une terre de cohabitation multiconfessionnelle et multiculturelle, et une terre message de paix et de tolérance.

