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Liban - En Dents De Scie

Ce grand n’importe quoi

Si les dirigeants de ce pays avaient écouté
ce que Kamel el-Assaad disait,
nous n'aurions pas eu besoin de sommets pareils...

Nabil de FREIGE
Trentième semaine de 2010.
Bachar el-Assad arrivant dans l'avion de son ex-ennemi intime, le très américanophile Abdallah ben Abdel-Aziz, et presque agrippé à la abaya royale en descendant l'escalator électrique pour oublier que lui, le fils de son père, est obligé de se plier fût-ce aux simulacres d'une visite officielle dans ce Liban qu'il considère dans le meilleur des cas comme un impertinent appendice à la région de Damas ? Cela en jette. Se dire que si le roi saoudien a réussi à embarquer avec lui le président syrien, cela implique que ce dernier a cédé ;
qu'il est beaucoup plus près désormais de Riyad que de Téhéran ? Cela en jette aussi. Regarder plus du neuf-dixième de la République libanaise s'agglutiner et gigoter comme s'ils assistaient à l'événement du siècle dans les corridors et les alcôves d'un palais de Baabda que l'on a connu, même dans les années de guerre, bien plus sourcilleux sur le protocole ?
Cela en jette - à la limite. Lire, quelques jours après la logorrhée télévisuelle d'un Hassan Nasrallah que même le ridicule n'effraie plus, un communiqué férocement langue de bois où les deux pourvoyeurs en chef (l'Arabie saoudite pour les sunnites libanais et la Syrie pour leurs compatriotes chiites) exhortent d'une même voix les Libanais à éviter l'utilisation de la violence ? Cela pourrait en jeter.
Sauf que pas du tout. Ce 30 juillet 2010, et contrairement à tout ce qui se répète depuis des jours, n'a absolument rien d'historique, rien d'important non plus, à l'aune de ce sommet tripartite expédié plus rapidement qu'une bonne action à laquelle l'on s'oblige une fois tous les deux ans auprès du cousin pauvre... Ce 30 juillet est tout juste mignon : ce pauvre Liban peut toujours compter sur une synergie arabe toute dévouée à sa métastase, aussi boudeur que soit Hosni Moubarak (ses conditions pour un rabibochage ont été refusées net par le maître de Damas), aussi hyperactif que soit Recep Tayyip Erdogan ou aussi intrusif que soit Mahmoud Ahmadinejad. Le déplacement de Abdallah ben Abdel-Aziz, de Bachar el-Assad et de Hamad ben Khalifa al-Thani n'a rien de la visite des trois mages, même si les intentions des uns et des autres avaient été empreintes de bonté : c'était une piqûre de vitamine (ou de stéroïdes) aussi urgente que ponctuelle, destinée à ressusciter même pour trois mois l'accord de Doha et à doper et rassurer le Libanais moyen et le touriste effarouché - et encore : on n'est jamais à l'abri de rien... Une visite dont a profité Michel Sleiman pour demander aux deux pourvoyeurs d'assumer leurs responsabilités, l'un avec le 14 Mars, l'autre avec le 8 Mars - nouvelle preuve s'il en est, aussi réaliste que soit le chef de l'État, de l'incapacité des Libanais à s'autogérer.
Une drôlerie, pourtant, une bouffonnerie, et de taille : l'absence absolue de la moindre allusion au Tribunal spécial pour le Liban dans le communiqué final alors que les trois hommes n'ont parlé... que de cela, alors que tout ne tourne qu'autour de cela, et que cela risque de changer plus ou moins profondément la face du Proche-Orient. En ce 30 juillet, une fois les deux leaders arabes repartis, deux questions se posaient naturellement : qu'est-ce qui empêche Abdallah ben Abdel-Aziz, avec tout l'amour qu'il porte aux Hariri, de faire primer un pragmatisme qu'il estime indispensable et de tout essayer, pour noyer le bébé de Daniel Bellemare dans l'eau de la mer du Nord ? Qu'est-ce qui empêche Bachar el-Assad de comprendre qu'un retour de flamme avec les Américains peut être bien plus productif et intéressant sur le plan matériel que sa relation stratégique qui le lie aux Iraniens et donc au Hezbollah ? Rien. Absolument rien.
Mais il est désormais une certitude que personne ne peut occulter : la vérité sur l'assassinat de Rafic Hariri n'est définitivement plus une affaire d'État ou une affaire de l'État, quel que soit cet État et quelles que soient les répercussions de cette affaire. Cette vérité qui fait fantasmer tout le monde (l'unisson entre Israéliens et Hezbollah est assourdissant) est au cœur d'un bunker inexpugnable : la communauté internationale.
Aussi reporté soit-il, l'acte d'accusation du TSL sera publié tôt ou tard. Et ce texte doit être rendu public, cela ne peut être autrement, même s'il devait (re)mettre ces 10 452 km² à feu et à sang. Rares, très rares sont ceux qui souhaiteraient une irakisation du Liban : tous les acteurs, régionaux et internationaux, ont besoin de ce pays tel qu'il est en ce moment, et tous savent qu'à ce niveau-là la pandémie est un risque majeur. Mais tous savent aussi, à commencer par les cadres du Hezbollah qui vocifèrent jour après jour, qu'une seule chose pourrait être plus dangereuse que l'énoncé de cet acte d'accusation : sa non-publication.
Le sommet tripartite de Beyrouth aurait eu bien plus de gueule, s'il avait assumé cette réalité. Ou même s'il avait adressé une lettre ouverte au seul homme au monde qui, aujourd'hui, se moque royalement de savoir ce que veulent les Américains, les Iraniens, les Israéliens, les Français, les Syriens, le 14 Mars, le Hezbollah, les Russes ou les Chinois. Cet homme qui s'appelle Daniel Bellemare détient le pouvoir suprême : la vérité. L'assassinerait-on à son tour qu'elle n'en éclaterait que plus vite.
Trentième semaine de 2010.Bachar el-Assad arrivant dans l'avion de son ex-ennemi intime, le très américanophile Abdallah ben Abdel-Aziz, et presque agrippé à la abaya royale en descendant l'escalator électrique pour oublier que lui, le fils de son père, est obligé de se plier fût-ce aux simulacres d'une visite officielle dans ce Liban qu'il considère dans le meilleur des cas comme un impertinent appendice à la région de Damas ? Cela en jette. Se dire que si le roi saoudien a réussi à embarquer avec lui le président syrien, cela implique que ce dernier a cédé ;qu'il est beaucoup plus près désormais de Riyad que de Téhéran ? Cela en jette aussi. Regarder plus du neuf-dixième de la...
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