Début juillet, des militants ont attaqué le mausolée de Data Darbar, l'un des plus importants sanctuaires soufis du Pakistan, faisant 42 morts. Mi-juillet, un kamikaze a fait exploser une bombe dans une mosquée chiite, à Sargodha, blessant 15 personnes.
Aux yeux des analystes, ces attaques répondent à la même logique : en provoquant les mouvements religieux, des groupes radicaux sunnites espèrent une riposte susceptible de susciter des troubles civils.
La province du Pendjab est le centre traditionnel du pouvoir pakistanais. Les États-Unis, qui considèrent le Pakistan comme un allié crucial dans la lutte contre les talibans et la stabilisation de l'Afghanistan voisin, voient d'un œil inquiet toute forme d'instabilité dans la province. Des troubles pourraient également menacer les opérations militaires menées contre les activistes dans les provinces du Nord-Ouest frontalières avec l'Afghanistan.
« Les groupes d'activistes religieux sont de plus en plus actifs dans la province du Pendjab, relève Hasan Askari Rizvi, expert en politique et en sécurité. Ces groupes souhaitent désormais susciter des troubles sociaux en attisant la violence religieuse dans le pays. Il semblerait que ce soit une tentative des activistes pour détourner l'attention des opérations menées dans le Nord-Ouest en ouvrant un nouveau front de lutte pour le gouvernement. »
La violence religieuse n'est pas une nouveauté au Pakistan, notamment dans le Pendjab, théâtre de conflits entre activistes sunnites et chiites pendant des décennies, qui ont fait des centaines de morts dans les années 1990. Après l'offensive américaine en Afghanistan, le nombre d'incidents a eu tendance à diminuer, les groupes d'activistes concentrant leurs efforts sur la lutte contre les forces occidentales le long de la frontière et contre l'armée pakistanaise dans le nord-ouest du pays. Des groupes de militants punjabi, qui ont combattu les troupes indiennes dans la région du Cachemire, se sont scindés et ont noué des liens avec el-Qaëda au fil des années, selon les autorités.
Mais aux yeux d'un grand nombre de Pakistanais, ces groupes continuent d'être perçus comme des « combattants de la liberté » qui se sont battus pour le Cachemire. Certains opposants accusent le gouvernement du Pendjab, dirigé par le parti de l'ancien Premier ministre Nawaz Sharif, de ne pas vouloir sévir contre les groupes d'activistes pour ne pas perdre le soutien politique de sa base conservatrice. L'attaque de Data Darbar a toutefois ébranlé les Barelvis, les disciples du soufisme.
Les Pakistanais sont en majorité des musulmans sunnites, la plupart d'entre eux appartenant au soufisme, une branche de l'islam. S'ils sont également sunnites, les talibans rejettent le soufisme et appartiennent majoritairement à l'école Deobandi. Au Pakistan, les musulmans chiites comptent pour 20 % des 170 millions d'habitants.
Depuis l'attaque de Data Darbar, les Barelvis ont organisé des rassemblements antitalibans à travers le pays et envisagent un grand rassemblement à Lahore le 8 août pour appeler le gouvernement à intensifier les opérations de répression à l'encontre des activistes religieux.

