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Liban - En Toute Liberté

Se poser en s’opposant

La campagne du Hezbollah est la bienvenue. Indépendamment de la véracité des informations publiées dans la presse au sujet de l'acte d'accusation du tribunal international, elle ravive le désir de connaître la vérité et ressuscite ce repoussoir dont les contours s'étaient effacés, avec le gouvernement « d'entente », un repoussoir sans lequel aucune affirmation de soi, du soi propre comme du soi collectif, n'est possible, selon la formule sartrienne qui veut que l'homme se pose en s'opposant. Grâce au Hezbollah, le 14 Mars, qui n'est rien d'autre que le Liban, retrouve un nouveau souffle par-delà toutes ses erreurs et tous ses dévoiements.
Qu'on ne s'y trompe pas. Au-delà des contingences, nous sommes là en parfaite continuité avec les données de la guerre. Car qu'était donc cette guerre sinon une tentative de mainmise sur le Liban, d'abord par les Palestiniens et une certaine gauche libanaise, ensuite par la Syrie ? Une Syrie s'efforçant de revenir à sa dimension historique et à défaire le découpage du Moyen-Orient entrepris par les puissances mandataires après l'effondrement de l'Empire ottoman.
Or nous savons aujourd'hui que le succès de l'un de ces deux projets aurait signifié la défaite de cette nation libanaise dont l'aspiration à l'indépendance de l'Église maronite a été le moteur inclusif et non exclusif. Certes, il y eut le repli identitaire de certaines milices chrétiennes. Mais ce fut là une des pathologies de l'aspiration nationale de base qui avait conduit à la création du Liban indépendant et qui cherchait à survivre ; ce fut comme un réflexe de désespoir devant l'immense difficulté à emporter l'adhésion des musulmans à une nation libanaise incarnée par les aspirations partagées qui s'étaient exprimées dans le pacte de 1943, mais qui s'étaient étiolées pour diverses raisons historiques : faute d'une pratique égalitaire du pouvoir politique, d'une part, et d'autre part en raison de la création d'Israël suivie de la montée du nationalisme arabe qui, pensait-on, allait faire échec à l'État hébreu. Et auquel ce dernier fait toujours échec.
Du reste, il serait intéressant d'étudier un jour comment ces milices, en cédant à leurs tentations séparatistes ou isolationnistes, en faisant une fin de ce qui pouvait se justifier comme moyen, travaillaient contre leur propre intérêt, qui était l'existence du Liban ; et comment la Syrie, en préservant l'unité du Liban, en en empêchant le démembrement, finit par servir les milices qui le défendaient aveuglément et contre lesquelles elle se battait.
La Syrie, certes, mais aussi l'Égypte, la Libye, l'Arabie saoudite : tous les États ayant des ambitions panarabes tentèrent d'utiliser le Liban comme levier ou point d'appui à leurs ambitions. De l'utiliser et de l'étouffer.
Parallèlement, le Liban a été l'arène où les deux superpuissances, les États-Unis et l'URSS, se livrèrent une lutte d'influence sans merci, Washington tentant d'imposer sa politique de grands ensembles, qui la conduisit, au mépris de sa spécificité, à adjuger le Liban à la Syrie en sous-traitance et à imposer la paix et la sécurité au Moyen-Orient, au profit de son allié Israël, et l'URSS s'essoufflant à suivre le rythme, dans son désir aveugle de s'installer en Méditerranée.
Aujourd'hui, les règles du jeu ont changé, l'URSS a disparu, l'Iran est désormais au nord d'Israël, le géant turc se réveille, les États du Golfe jouent la carte de l'ouverture et de la modernité, y compris diplomatique, mais certaines données sont restées les mêmes : la superpuissance américaine est toujours là, sa myopie politique aussi, Israël est toujours là, la Syrie est toujours là ; et l'irréductible aspiration à la vie de la nation libanaise, ballottée comme peu de nations l'ont été, mais aspirant obstinément, et contre toute espérance, à vivre, est toujours là.
Il doit y avoir une raison à cette résilience. Elle peut surprendre. Elle s'énonce ainsi : si le Liban est toujours là, c'est parce qu'il est nécessaire. C'est parce qu'il offre l'unique médiation susceptible de ramener le calme dans un Moyen-Orient tourmenté depuis la fin de la Première Guerre mondiale. Le Liban, que le Hezbollah le sache, détient la clé de la paix. Il est, au-delà et bien mieux que toutes les laïcités, la seule synthèse de civilisation possible entre l'islam et le judaïsme, la seule société à pouvoir offrir la médiation de l'esprit à un monde paralysé par la lettre.
La campagne du Hezbollah est la bienvenue. Indépendamment de la véracité des informations publiées dans la presse au sujet de l'acte d'accusation du tribunal international, elle ravive le désir de connaître la vérité et ressuscite ce repoussoir dont les contours s'étaient effacés, avec le gouvernement « d'entente », un repoussoir sans lequel aucune affirmation de soi, du soi propre comme du soi collectif, n'est possible, selon la formule sartrienne qui veut que l'homme se pose en s'opposant. Grâce au Hezbollah, le 14 Mars, qui n'est rien d'autre que le Liban, retrouve un nouveau souffle par-delà toutes ses erreurs et tous ses dévoiements.Qu'on ne s'y trompe pas. Au-delà des contingences, nous sommes là en parfaite...
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