Rima Hanna, 19 ans, passera encore deux mois au Liban avec sa famille venue des États-Unis.
C'est un programme chargé que ces jeunes avaient à accomplir durant trois semaines, ils se sont rendus auprès de divers responsables et dirigeants locaux, dont le chef de l'État, Michel Sleiman, le Premier ministre, Rafic Hariri, et le chef des FL, Samir Geagea. Ils ont effectué des visites à divers sites archéologiques et religieux, notamment Jezzine, Deir el-Ahmar, Kannoubine et Békaa Kafra. Ils ont également assisté tout au long de ces trois semaines à des conférences sur divers thèmes.
Tous ont préservé des liens affectifs avec le Liban et se sentent encore libanais malgré les milliers de kilomètres qui les séparent de leur pays natal.
Maya Jbeilé, 18 ans, est née en Caroline du Nord, son père est originaire d'Achrafieh et sa mère de Kosba. Elle habite actuellement le Maryland. C'est à l'université, où elle suit des cours d'affaires internationales, qu'elle a été mise au courant de ce camp d'été. « Normalement, quand je viens au Liban, je reste chez ma grand-mère. Grâce à ce camp, j'ai pu visiter plusieurs endroits et apprendre beaucoup de choses sur le pays. C'est aussi très bien pour moi de rester avec des personnes de mon âge », dit-elle.
Pour elle, le plus important pour préserver l'appartenance libanaise est le fait de parler arabe et d'aller à l'église.
Un père ancien combattant
Roy Issa habite la Louisiane. Il a 23 ans et il est originaire de Jdidé, dans le caza du Akkar. Roy est né en Arabie saoudite. Ses parents ont quitté le Liban en 1991. « J'avais cinq ans quand nous sommes partis. Je me souviens des anniversaires et des fêtes qu'on organisait au village », dit-il. Le jeune homme est venu l'année dernière. Mais avant cela, il avait passé huit ans sans rentrer au pays.
« Je m'intéresse à l'histoire du Liban. J'avais commencé à faire des recherches tout seul à ce sujet. Mon père, qui avait combattu dans les rangs des Forces libanaises, me raconte aussi des choses », affirme Roy, qui suit des études de médecine. « Le fait de préserver la langue est très important pour garder les liens avec le Liban. Mes parents m'obligeaient à parler arabe à la maison. Mais aussi cet attachement est très naturel. Ce qui rend le Liban tellement spécial pour moi, ce sont surtout ses habitants », dit-il, notant que ce sont les conférences qu'il a préféré lors du camp.
Roy passera deux semaines dans son village, dans le Akkar, avant de rentrer aux États-Unis où il travaillera, avec l'Association des étudiants des Forces libanaises, à promouvoir le programme Retour aux racines.
Jean-Pierre Obeid a 18 ans. Son père est originaire de Byblos et sa mère de Ajaltoun. La famille a quitté le Liban pour Miami quand il avait cinq ans. Il suit un cursus lui permettant d'effectuer plus tard des études de médecine. Jean-Pierre, dont la famille possède un appartement à Fanar, passe pour la cinquième fois ses vacances au Liban. « Ce programme m'a permis de mieux connaître les régions libanaises », dit-il, mettant l'accent sur l'hospitalité des gens. « Si tu tiens à ton origine, il faut que tu connaisses les Libanais, tes compatriotes, comment ils sont, comment ils pensent, ce qui les intéresse », explique-t-il, avant d'ajouter : « Pour moi, le Liban c'est le plus bel endroit au monde. Ici, les gens sont accueillants et gentils. Ils te prennent en charge. C'est un pays plein de spiritualité. Nous avons six saints maronites. C'est un nombre très important pour un pays aussi petit. »
Rentrer pour les mariages et les baptêmes
Rima Hanna a 19 ans. Elle est née au Qatar où son père travaillait. Sa famille est originaire de Choueifat, mais elle passait les étés à Bhamdoun. Elle a quitté le Liban quand elle avait 8 ans. Aujourd'hui, elle habite le Wisconsin. « Au Liban, les gens sont différents. Ils sont entrepreneurs et pleins d'espoir », dit-elle.
C'est la cousine de Rima qui l'a informée du programme Retour aux racines. Elle affirme qu'elle est contente d'avoir participé à ce programme, tout spécialement parce qu'elle a eu l'occasion de visiter Békaa Kafra, le village de saint Charbel, et qu'elle a aussi mieux compris, grâce aux conférences, la situation politique au Liban.
Rima et sa famille avaient l'habitude de revenir au pays tous les deux ans, jusqu'en 2006, quand elle a été bloquée à Bhamdoun à cause de la guerre entre Israël et le Hezbollah. « L'ambassade des États-Unis ne pouvait pas nous évacuer parce que nous étions dans la montagne. Nous avions pris un taxi jusqu'à Damas et puis un bus jusqu'à Istanbul. J'avais eu horriblement peur », dit-elle. La jeune fille rêvait de rentrer un jour définitivement au Liban, mais avec la guerre de 2006 elle a réalisé que le pays est situé sur un volcan. « J'ai eu énormément peur en 2006. Et durant quatre ans, j'ai associé le Liban au Hezbollah. Grâce à ce camp, je sais qu'il n'y a pas que le Hezbollah ici », raconte-t-elle.
Beaucoup de choses l'ont toutefois surprise au Liban. Elle a été choquée par l'état des routes, la manière avec laquelle les Libanais conduisent et l'attitude des policiers. « Les policiers sont là, dans la rue, les automobilistes conduisent comment des fous et ils ne réagissent pas », souligne Rima qui deviendra éducatrice d'enfants.
Après la fin du camp, elle passera encore deux mois au Liban, parmi les siens, entre Hazmieh, Bhamdoun et Kaslik. « Toute ma famille devrait me rejoindre dans peu de temps. Ma sœur devrait baptiser sa fille à Bhamdoun. Elle a épousé un Américain et, pour le mariage, tout le monde était venu au Liban. Ici, les baptêmes et les mariages sont plus beaux, parce que toute la famille est là. Ma grand-mère, mes tantes et mes oncles par exemple ne peuvent pas partir aux États-Unis », dit-elle, ajoutant que son père rêve toujours de rentrer au Liban.
Catherine Khoury a 19 ans. Elle vit à Buffalo. « Ma mère est née ici, mais a grandi aux États-Unis pour venir se marier ensuite au Liban avec mon père qui est de Mazraat el-Teffah, dans le caza de Zghorta », raconte la jeune fille qui a du mal à s'exprimer en arabe.
Alors qu'elle avait 7 ans, son père a décidé de l'envoyer avec sa sœur et ses deux frères au Liban, à Zghorta, pour y vivre deux ans afin que la petite famille s'imprègne des habitudes libanaises. « Il ne voulait pas que l'on vive comme les Américains. Il tenait à ce qu'on préserve les traditions libanaises », dit-elle. Depuis qu'elle est rentrée aux États-Unis, elle a la nostalgie du pays. D'ailleurs, elle préfère le Liban aux États-Unis et c'est dans le pays natal de son père qu'elle compte vivre. « Les Américains ont des habitudes et des traditions différentes des nôtres. Je préfère rester avec des Libanais aux États-Unis. D'ailleurs, ma meilleure amie est une druze de la montagne », dit-elle.
Catherine, qui suit des cours de médecine légale, avait projeté de faire des études universitaires au Liban, mais cette spécialisation n'existe pas.
Programme d'échange
Le directeur de l'Université politique des Forces libanaises, Antoine Habchi, souligne que l'idée de ce camp avait commencé à germer il y a plusieurs années. « Beaucoup d'universités, aux États-Unis et au Canada, demandent à leurs étudiants d'effectuer un stage à l'étranger, voire un semestre entier. Nous avons estimé que ce camp permettra aux jeunes Libanais de l'étranger d'entrer en contact avec les universités de leur pays afin qu'ils puissent effectuer un semestre au pays natal. D'ailleurs, dans notre programme de trois semaines, nous avons prévu des visites à diverses universités, notamment l'AUB, la LAU et la NDU », explique Habchi.
« Il faut aussi que les émigrés fassent confiance au Liban. À chaque fois qu'ils sont sollicités, c'est pour aider financièrement leur pays d'origine et ils se croient exploités. Ce programme permet de changer la donne. De plus, pour les émigrés, le Liban ne devrait pas être uniquement associé aux spécialités culinaires et à la dabké. Il faut que le Liban devienne pour eux une idée concrète », ajoute-t-il.
Il souligne que les Forces libanaises tentent actuellement de trouver des partenaires, que ce soit des universités, d'autres partis politiques ou des associations, afin de pouvoir ramener au pays un grand nombre de jeunes émigrés, et ce dans le cadre de ce genre de camp.
Il a également noté que le même travail est actuellement effectué en Australie et en Amérique latine.
Gustave Cordahi habite Washington, il est président du département des étudiants des Forces libanaises en Amérique du Nord. Gustave, qui avait suivi des études de génie des transports à Berkeley University, travaille actuellement en tant que consultant auprès d'une importante entreprise.
Il souligne que les préparatifs du projet ont commencé dès le mois de septembre. Des invitations ont été adressées via Internet à plusieurs clubs d'amitiés libanais et à des associations estudiantines aux États-Unis et au Canada. Environ 500 invitations ont été envoyées et nous avons ensuite sélectionné un groupe assez restreint. « L'importance de ce projet est que les émigrés qui sont attachés au pays de leurs ancêtres viennent expérimenter le Liban par eux-mêmes. L'important ce n'est pas qu'ils rentrent définitivement au Liban, mais qu'ils puissent plus tard présenter le Liban aux autres », dit-il en conclusion.

