« Béchir ne devrait pas être fier », a réagi hier le procureur de la CPI Luis Moreno-Ocampo. Gonzalo Fuentes/Reuters
M. Béchir est arrivé mercredi après-midi dans la capitale tchadienne pour participer au sommet de la Communauté des États sahélo-sahariens (Cen-Sad), qui s'est ouvert hier après-midi, selon le protocole d'État tchadien. Il a évoqué la « volonté de tourner la page après les différends » Tchad-Soudan, alors que son homologue et voisin tchadien Idriss Deby Itno a parlé de « page sombre » de leur histoire. Les deux pays ont entrepris depuis janvier de « normaliser » leurs relations par un accord signé en janvier, après cinq ans de guerres par rébellions interposées. En gage de bonne foi, chacun a récemment refoulé ou expulsé des chefs rebelles au voisin.
Depuis lors, N'Djamena suit la position de l'Union africaine (UA), qui a décidé de ne pas coopérer avec la CPI après l'émission en mars 2009 d'un premier mandat d'arrêt contre M. Béchir pour crimes de guerre et contre l'humanité au Darfour, région de l'ouest du Soudan en guerre civile depuis sept ans (300 000 morts selon l'ONU, 10 000 d'après Khartoum). L'UA a maintenu cette position après le second mandat de la CPI, lancé ce mois-ci, pour génocide au Darfour.
Mercredi, le ministre tchadien de l'Intérieur, Ahmat Mahamat Bachir, avait assuré que M. Béchir n'aurait « rien à craindre » durant son séjour à N'Djamena. « Ce n'est pas au Tchad qu'el-Béchir sera arrêté », avait-il soutenu, rejetant des « injonctions » d'organisations internationales. « Le président Béchir ne devrait pas être fier. Il reste un suspect en fuite. (...) C'est juste une question de temps, il devra tôt ou tard se rendre à La Haye et faire face à la justice », a réagi hier le procureur de la CPI Luis Moreno-Ocampo. Le Tchad a ratifié le statut de Rome - fondateur de la CPI - qui « l'oblige à coopérer avec la Cour », avait souligné la veille CPI, de même que le gouvernement américain.
La chef de la diplomatie de l'UE Catherine Ashton a de son côté exhorté hier le Tchad à respecter ses obligations légales et à arrêter le président soudanais, rappelant « l'importance pour tous les États
membres des Nations unies d'appliquer les résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU ». Plus tôt, les ONG Human Rights Watch (HRW) et Amnesty International avaient également demandé à N'Djamena de livrer M. Béchir à la Cour.
Au Tchad, des voix se sont aussi élevées hier en faveur de l'arrestation du président soudanais, mais l'homme de la rue estimait généralement que sa visite était une chance de vraie paix entre les deux voisins.
Dans un communiqué, le Collectif des associations de défense des droits de l'homme (CADH), s'en est dit indigné et a réclamé l'arrestation de Béchir « pour le mettre à la disposition de la CPI ». L'opposant Toko Manassé, président de la Convention nationale pour la paix et le développement du Tchad (CNPDT), a jugé « anormal » que le Tchad ne respecte pas les conventions internationales qu'il ratifie. « En acceptant qu'el-Béchir participe à ce sommet (de la Cen-Sad), le Tchad fait comprendre à l'opinion qu'il est complice de ce qui s'est passé au Darfour et dans l'est du Tchad », théâtre d'attaques armées dont certaines ont été attribuées à des milices soudanaises, a dit M. Manassé à l'AFP.

