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Liban - Analyse

Droit dans le mur

Au-delà du débat par anticipation sur l'implication ou non de membres du Hezbollah dans les attentats politiques au Liban, la question que l'on doit se poser aujourd'hui, non sans anxiété, est de savoir quels peuvent être les effets sur le pays de l'entrée manifeste du Hezb, depuis quelque temps, dans une zone de fortes turbulences.
Bien entendu, c'est l'état actuel du rapport de forces sur le terrain qui donne à cette interrogation son caractère existentiel ; d'où l'enjeu toujours aussi fondamental de l'arsenal du Hezbollah, que les armes soient en dernier ressort utilisées ou pas, qu'elles soient pointées vers l'extérieur ou vers l'intérieur.
Des attaques visant la Finul aux jérémiades de Hassan Nasrallah au sujet du Tribunal spécial pour le Liban, en passant par la radicalisation contre la France et les critiques à l'adresse du seul service de sécurité libanais échappant totalement au contrôle du parti de Dieu, tout indique qu'à l'heure actuelle le Hezbollah « perd les pédales », pour ainsi dire.
Et que penser du tapage fait autour de l'affaire des agents présumés d'Israël, sachant que l'espionnage est à peu près la chose la plus banale au monde, même entre alliés et en temps de paix ?
Quels que soient les motifs qui poussent le Hezbollah à faire ainsi feu de tout bois, il est clair que les Libanais doivent s'en inquiéter, car une fois de plus, leur pays risque d'être entraîné tout entier dans le sillage du parti de Dieu si ce dernier se livre à un acte inconsidéré. Or tout le monde sait qu'il en a les moyens, sans que cela ne signifie qu'au final, il serait nécessairement gagnant.
Cependant, le Hezb se doit aujourd'hui de constater que ses alliés, et plus particulièrement au sein de la communauté chiite, paraissent très hésitants à le suivre au pas dans sa course folle. Ainsi, depuis vendredi dernier, aucun des hommes de Nabih Berry n'a commenté, positivement ou négativement, les attaques contre le TSL, alors même qu'elles étaient la cible des foudres du 14 Mars. Le camp berryste s'est aussi abstenu de se solidariser avec son partenaire dans ses critiques à l'encontre du service de renseignements des FSI et, auparavant, il avait cherché à minimiser le problème qui s'était posé avec la Finul et la France.
Certes, on sait que la marge de manœuvre du président de la Chambre est étroite et qu'elle dépend principalement de l'attitude de Damas, mais pour ce qui est de l'intention au moins, il est clair qu'en politique, certains silences sont parfois plus éloquents que les choses qu'on dit.
Le constat vaut un peu moins, toutefois, en ce qui concerne le camp aouniste. Il y a bien eu quelques voix au sein de ce camp pour critiquer, du bout des lèvres, l'attitude de la Finul, et puis, après le discours de Hassan Nasrallah, pour émettre des doutes quant à la régularité de l'action du TSL.
Mais c'est sans conteste la prestation du général Michel Aoun lui-même qui a volé la vedette à toutes les autres, sans que l'on sache jusqu'à présent sur quel registre, sérieux ou anecdotique, il faudrait la considérer. Vue sous n'importe quel angle, cette prestation fera date, cela est sûr. Car il est rare, vraiment rare, de voir un homme politique user de tant de légèreté pour parler de choses aussi graves.
L'affaire commence avec les propos attribués au général par le journal as-Safir. En clair, le chef du CPL aurait affirmé à Bachar el-Assad et à Hassan Nasrallah qu'une partie des Libanais, notamment chrétiens, planifiait, de connivence avec Israël, une action d'envergure contre le Hezbollah ; il aurait demandé au secrétaire général de ce parti d'en tirer les conséquences et de « changer les règles du jeu ».
Face au tollé que ces propos suscitent, le général croit se reprendre, mardi soir, en déclarant que le compte rendu du Safir n'est pas tout à fait rigoureux. Il avalise néanmoins la teneur du texte dans son ensemble et ajoute - là est le plus grave - qu'il s'agit d'une « lecture analytique » faite à partir du produit de son « imagination ».
Ainsi donc, voilà un homme qui accuse la moitié de ses compatriotes de félonie en se fondant sur quoi ? Sur... son « imagination d'expert dans les guerres révolutionnaires » (qu'il avait toutes perdues, soit dit en passant). Et la cerise sur le gâteau, c'est l'invitation faite au Hezbollah de « changer les règles du jeu ». Autrement dit, de recourir à un nouveau 7 mai, mais en prenant soin cette fois-ci de ne pas oublier les régions chrétiennes...
Voilà bien une des options dont disposerait le Hezbollah, à en croire de nombreux observateurs, pour tenter de changer la donne avant ou après l'acte d'accusation du TSL. Sauf que quels que soient les moyens dont il dispose, le parti de Dieu sait pertinemment qu'Achrafieh ou Aïn el-Remmaneh ne sont ni Hamra ni Verdun, et que le résultat d'une éventuelle action milicienne dans ces secteurs est loin d'être garanti, même à court terme.
Une autre option consisterait à provoquer une guerre avec Israël. Mais outre le fait que cette alternative est trop coûteuse, il faut encore, pour s'y lancer, avoir obtenu l'aval des deux tuteurs régionaux concernés, et pas seulement d'un seul.
Enfin, il existe une troisième option, moins violente dans l'immédiat, mais tout aussi dangereuse, c'est la démission collective des ministres de l'ex-opposition auxquels devraient se joindre, pour que le gouvernement soit considéré comme démissionnaire, les ministres du président de la République et/ou ceux de Walid Joumblatt. Or, rien ne permet de dire que ces derniers sont disposés à s'associer à une initiative qui provoquerait cette fois-ci une crise gouvernementale sans fin et réinstallerait à terme le pays dans la guerre civile.
De quelque manière que l'on envisage la question, le Hezbollah se dirige visiblement vers l'impasse. Le devoir élémentaire des plus hautes autorités est de tout faire pour que le pays ne le suive pas dans cette direction.
Au-delà du débat par anticipation sur l'implication ou non de membres du Hezbollah dans les attentats politiques au Liban, la question que l'on doit se poser aujourd'hui, non sans anxiété, est de savoir quels peuvent être les effets sur le pays de l'entrée manifeste du Hezb, depuis quelque temps, dans une zone de fortes turbulences.Bien entendu, c'est l'état actuel du rapport de forces sur le terrain qui donne à cette interrogation son caractère existentiel ; d'où l'enjeu toujours aussi fondamental de l'arsenal du Hezbollah, que les armes soient en dernier ressort utilisées ou pas, qu'elles soient pointées vers l'extérieur ou vers l'intérieur.Des attaques visant la Finul aux jérémiades de Hassan Nasrallah au sujet du Tribunal...
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