« Le général Wafic Choucair est réuni avec le ministre de l'Intérieur Ziyad Baroud pour demander qu'il soit démis de ses fonctions de chef de la sécurité de l'aéroport », a indiqué cette source à l'AFP sous le couvert de l'anonymat.
La source n'a pas confirmé si cette démission était directement liée à l'incident de l'avion saoudien. L'ANI a toutefois indiqué que le chef de la sécurité de l'AIB avait remis son rapport sur cet incident au ministre de l'Intérieur, auquel il a joint sa lettre de démission. Le ministre Baroud ne s'est pas encore prononcé sur cette démission.
Rappelons qu'il y a deux ans, le général Wafic Choucair avait été au centre d'une tourmente politique qui a failli plonger le pays dans une nouvelle guerre civile.
En mai 2008, le gouvernement avait annoncé sa décision de limoger le général après la découverte de caméras privées surveillant une piste de l'aéroport. Le gouvernement avait parallèlement décidé d'enquêter sur le réseau de télécommunications propre au Hezbollah.Les deux décisions avaient été rejetées par le secrétaire général du Hezbollah Hassan Nasrallah qui avait exigé que le général Choucair soit maintenu à son poste. Des affrontements avaient alors éclaté entre partisans du gouvernement, notamment de l'actuel Premier ministre Saad Hariri, et ceux du parti chiite, faisant près de 100 morts en une semaine.
Identification du corps
Notons par ailleurs que le ministre de la Justice, Ibrahim Najjar, a indiqué hier à l'AFP que le corps retrouvé le week-end dernier à Riyad dans le train d'atterrissage de l'avion de la compagnie saoudienne Nas Air provenant de Beyrouth a été en principe identifié, grâce à une photo fournie par les autorités saoudiennes. Il s'agirait du dénommé Firas Haidar, 20 ans, originaire de Markaba (caza de Marjeyoun) et résidant à Bourj Brajneh. Selon l'Agence nationale d'information, qui a contacté son frère, Ali, ce dernier se serait rendu auprès des autorités chargées de la sécurité de l'AIB qui lui ont soumis les deux photos du cadavre envoyées par les autorités saoudiennes. Le frère a indiqué aux autorités compétentes que « Firas avait quitté son domicile depuis trois jours et qu'il souffrait d'un problème psychologique », faisant remarquer que « son comportement avait radicalement changé durant les six derniers mois ». Ces informations ont été remises au procureur général près la cour d'appel du Mont-Liban, le juge Claude Karam, qui supervise l'enquête en cours. Ali a été relâché sitôt après avoir donné son témoignage.
Les autorités libanaises ont procédé au test d'ADN auquel ont été soumis des membres de la famille de Firas pour s'assurer de son identité.
L'homme avait réussi à s'accrocher à une roue de l'avion vendredi soir sans que la tour de contrôle puisse le constater avant le décollage de l'appareil, avait indiqué dimanche un responsable de l'aéroport de Beyrouth.
Le corps avait été découvert tôt samedi par un employé qui inspectait le train d'atterrissage lors d'une opération de maintenance de l'Airbus A320 après son arrivée à l'aéroport international du roi Khaled à Riyad, selon l'Autorité générale saoudienne de l'Aviation civile.
Rappelons que des passagers du vol XY720 ont vu un homme coiffé d'une casquette de base-ball se précipiter vers l'avion, trébucher puis continuer sa course vers l'appareil, qui s'apprêtait à décoller.
D'après l'Agence nationale d'information libanaise, « les passagers et les hôtesses de l'air l'ont dit au pilote, mais il n'a rien fait et a poursuivi le décollage sans informer la tour de contrôle de Beyrouth » de l'incident.
L'accident a suscité les critiques des milieux politiques et la presse locale.
« Cela met en jeu la réputation du Liban au niveau de la sécurité. C'est très dangereux », a estimé Ahmad Fatfat, député du Courant du futur. Il a indiqué que « dans n'importe quel pays du monde, des mesures immédiates auraient été prises à l'encontre des responsables pour leur laxisme dans une telle affaire ».
Le député du Bloc du changement et de la réforme, Nabil Nicolas, a relevé pour sa part « l'existence d'un problème au niveau des opérations à l'AIB et des lacunes au plan sécuritaire ».
Cette affaire a poussé certains députés à s'interroger sur la sécurité de l'aéroport et de l'aviation civile, une question d'autant plus importante que des dizaines de milliers de visiteurs ont commencé à déferler pour la saison de l'été. Par conséquent, ont souligné les députés, cela suppose que des mesures exceptionnelles devraient être prises, d'autant que certaines failles sont apparues au lendemain de cet incident, notamment l'absence de barbelés ou de barrières qui empêchent les éventuelles tentatives d'infiltration vers le tarmac, notamment.
De son côté, l'agence al-Markaziya a cité des sources sécuritaires indiquant que malgré les premières informations qui ont laissé entendre que Firas Haïdar était « mentalement déséquilibré », l'enquête se concentre sur deux points essentiels, à savoir : les cisailles qui auraient glissé du sac porté par Firas et qui ont été retrouvées sur le tarmac ; et la question des filtres de cigarette que le passager clandestin aurait utilisés pour se boucher les oreilles afin de se protéger des vrombissements de l'avion, « ce qui démontre clairement que Firas n'est pas mentalement déséquilibré, mais qu'il était tout à fait conscient de ce qu'il faisait », précise les sources citées par al-Markaziya qui ajoutent par ailleurs qu' « à bord de l'avion se trouvaient des personnalités saoudiennes importantes et des officiers ».

