Les petites annonces offrant les services de « privés » se multiplient dans la presse indienne. Manan Vatsyayana/AFP
En Inde, où 97 % des mariages sont arrangés, selon le Centre en recherches sociales de New Delhi, un divorce frise le scandale et les détectives se frottent les mains. La demande a explosé depuis cinq ans. Dans l'Inde moderne des grandes villes urbaines, les mariages arrangés par des familles qui se connaissent depuis toujours ont laissé peu à peu la place à des alliances négociées via les petites annonces, les agences matrimoniales et les sites Internet spécialisés. Or « il y a un risque accru à faire affaire avec des étrangers affirmant qu'il s'agit d'une union parfaite », résume Kunwar Vikram Singh, directeur de l'agence Lancers qui emploie à New Delhi une soixantaine de fins limiers. Car tous les coups sont permis pour dénicher un beau parti. Situation financière, santé, amours cachés, diplômes, orientation sexuelle ou addictions : la tentation est grande d'édulcorer ou d'enjoliver son statut pour présenter le profil idéal à l'autre famille et essayer de sortir de sa modeste condition.
Les enquêteurs sont des étudiants recrutés pour des filatures sur les campus ou lors de fêtes, des couples de personnes âgées, d'anciens policiers spécialisés dans le renseignement ou encore d'ex-employés du secteur hospitalier pour leur accès privilégié aux dossiers médicaux. Passer de l'autre côté du miroir est alléchant. En répondant à une petite annonce, le débutant se voit offrir trois mois de formation puis un prêt bancaire d'un million de roupies (213 000 dollars) pour l'ouverture de sa propre agence. Chez Lancers, une enquête coûte entre 15 000 et 300 000 roupies (entre 320 et 6 400 dollars), selon son degré de difficulté. Si le fiancé vit à Londres ou Dubaï, il faudra activer les réseaux étrangers. Lancers dispose par exemple de pigistes dans 60 pays.
Pour M. Puri, les enquêtes prénuptiales n'ont rien de choquant. « C'est comme lorsque vous faites un check-up médical : vous voulez simplement être sûr que tout va bien », estime-t-il. « Et puis mieux vaut venir avant le mariage qu'après ! En Inde, il faut attendre un an avant de demander le divorce, puis six mois de procédure, et les enquêtes postmariage coûtent plus cher », raisonne ce détective de 45 ans.
L'annulation d'un mariage, déjà traumatisante, peut entraîner d'autres désagréments. M. Singh se souvient de cette femme employée de l'armée venue le voir pour enquêter sur un homme d'affaires divorcé. « Après s'être comporté en parfait gentleman pendant des mois et alors que les invitations avaient été envoyées, il s'est mis à annuler leurs rendez-vous », raconte-t-il. L'homme était en fait marié à une « superbe femme » à Calcutta et n'avait jamais eu l'intention d'en divorcer. La fiancée porta plainte contre l'homme, qui fut arrêté, mais aussi contre le quotidien Hindustan Times, qu'elle jugeait coupable de ne pas avoir vérifié le contenu de la petite annonce.
Pour Ranjana Kumari, directrice du Centre en recherches sociales, ces enquêtes sont devenues « le seul moyen de savoir qui se cache derrière les apparences ». « Il vaudrait mieux laisser le temps aux jeunes de se découvrir, mais pour cela il faudrait des endroits où ils puissent se rencontrer librement », regrette-t-elle.

