Nous voyons une nature asphyxiée par une ville elle-même envahie par du béton sauvage, et des autoroutes encombrées non seulement par les voitures, mais aussi par des détritus de tout genre. Aujourd'hui et c'est le but de mon message, il faudrait ajouter à tout cela l'invasion monstrueuse des affiches et panneaux publicitaires d'une laideur sans nom, qui pullulent, choquent nos yeux et, telle une gangrène, s'étendent à perte de vue, de Tripoli à Tyr, en passant surtout par Beyrouth. Les routes de la montagne, elles non plus, n'auront pas été épargnées.
Les touristes qui font notre fierté (tellement, que nous comptons leur nombre à chaque saison d'été), qui choisissent le Liban dans l'espoir de voir nos merveilles, doivent être bien déçus, car au lieu des cèdres majestueux, de Baalbeck l'antique ou de Sidon l'éternelle que voient-ils ?
Ils voient des forêts d'affiches, des poteaux grotesques montrant une femme au regard arrogant qui dit « mon bijou, mon droit », soit une multiplication de fesses, cuisses, seins, etc., toute une armada de femmes à moitié nues dans des attitudes provocantes, sans oublier bien sûr la mortadelle à répétition ou le vernis à ongle dans tous ses états qui s'offrent sans vergogne à notre regard.
Est-ce cela l'image que nous voulons donner du Liban ? Un pays qui sollicite et aguiche « le chaland » ? Le touriste qui s'aventure dans notre pays doit se dire que le Libanais ne porte pas énormément de respect à la femme, réduite à un objet de consommation comme tout le reste.
Il y a plusieurs années, une loi avait été promulguée interdisant les panneaux d'affichage à moins de vingt mètres des autoroutes. Inutile de préciser que cette loi non seulement ne sera pas restée en vigueur très longtemps, mais qu'aujourd'hui on a droit à des panneaux sur la chaussée, carrément.
Faites preuve d'imagination un instant et visualisez une autoroute allant de Beyrouth à Tripoli sans cet apport de laideur monstrueuse, la bataille serait à moitié gagnée.
De grâce, messieurs les responsables, mettez enfin de l'ordre dans votre maison qui, en définitive, est notre maison à tous. Interdisez-les purement et simplement, ni à vingt mètres ni même à deux cents mètres.
Le béton a malheureusement déjà gagné beaucoup de terrain, mais vous pouvez encore interdire formellement tous ces poteaux qui nuisent non seulement à notre environnement visuel, mais aussi et surtout à notre image d'un peuple censé être responsable et digne. Les commerçants, quant à eux, ont d'autres moyens, comme toujours d'ailleurs, pour vendre leurs marchandises. Au Liban, la télé, les journaux, les revues, les médias ne chôment pas. À moins que l'appât du gain ne soit plus fort que l'amour de ce pays, ce pauvre pays que nous continuons de saigner à blanc. Réveillez-vous, messieurs, car bientôt ce ne sera pas Israël ou l'Iran qui détruiront le Liban, mais bien notre avidité à vouloir faire de l'argent à tout prix, même au détriment de nous-mêmes.


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