Je m'appelle Leïla et j'ai 30 ans. Je suis libanaise et je vis dans l'un des pays les plus modernes de la région. Mon mari, qui travaille beaucoup pour me garder, m'a offert une esclave afin que je puisse me consacrer à plein temps au shopping. Elle mange peu, elle ne sort pas, elle ne porte qu'une tenue, elle s'occupe de mes enfants, porte les courses et parfois je laisse mon mari avoir quelques écarts, surtout lorsque j'ai la migraine. Mes enfants l'embêtent un peu, la frappent, l'insultent, mais que voulez-vous, ils sont petits et innocents. Elle se lève plus tôt que nous, se couche plus tard tout naturellement, elle ne s'épuise pas. Vraiment, je peux affirmer que pour la somme déboursée, nous l'avons bien amortie. Nous gardons ses papiers pour lui éviter de fuir, il paraît qu'au Liban, elles n'ont toutes qu'un désir, à savoir, se prostituer pour gagner plus. Ce serait dommage de faire de la concurrence à mes concitoyennes.
Voilà. C'était une histoire ordinaire dans la République libanaise. Je vous laisse, j'ai une french manucure à me faire faire.
« Futbol ! »
De toutes les images de ce Mondial 2010, on se souviendra surtout de la cacophonie des vuvuzelas qui nous ont assommés jusque dans nos fauteuils à la maison. Même les Africains en ont perdu leur anglais :
Vuvuzanalé déjà ? ont-ils demandé aux Français.
Autre chose quasi insupportable : les commentateurs français.
Appliqués à lire une tonne de fiches, ils se croient obligés de parler chaque seconde pendant toute la durée du match. Qui s'en fiche du Mondial de 1956 ou de 1948 ? Et de la performance d'un joueur aujourd'hui décédé ? Mais le coq gaulois en rajoute : il tient à nous rappeler que tel joueur, qui évolue sur la pelouse sous nos yeux et que nous suivons avec une concentration et une ferveur religieuses, a eu la chance et le privilège extraordinaires de jouer à Montpellier ou Valenciennes ou à l'OM, il y a six ou huit ans. Ils n'en ratent pas une ! Je les ai comparés aux autres. Les Anglais sont plus respectueux du téléspectateur. Les Arabes, eux, n'ont probablement pas les fiches informatiques qui leur fourniraient cette avalanche de détails inutiles.
La nation des drapeaux
Heureux qui comme Ulysse visita tous les pays du monde pour arriver au Liban...
Car ici, en voyant tous ces drapeaux internationaux flotter au vent, on se croirait être partout... sauf au Liban.
Il y a d'abord les ambassades avec, sur leurs frontons, le drapeau du pays qu'elles représentent, et ça c'est normal.
Il y a aussi les hôtels, où il est de rigueur de mettre quelques drapeaux représentant les visiteurs actuels, ou les pays les plus en vogue (du moment) et ça, c'est toujours normal.
Il y a aussi les pubs, restaurants et autres gargotes, lorsque l'occasion se présente et pour attirer le chaland, qui se croient obligés d'orner leurs devantures de tous les drapeaux des pays participants (sans même savoir à quel pays ce drapeau appartient).
Mais ce qui est moins normal et carrément exagéré, ce sont ces Libanais qui ornent leurs voitures de drapeaux, pour bien montrer qui de Messi ou de Kaka leur fait monter l'adrénaline.
Assis à mes côtés en voiture, mon fils de douze ans me demande de quelle ambassade relevait la voiture qui roulait devant nous, car elle portait à chaque fenêtre le drapeau d'un pays différent.
Et je passe sur les manifestations (pacifiques) colorées à souhait de drapeaux, sauf de celui frappé d'un beau cèdre au milieu.
Et le drapeau libanais, bordel ?

