Malgré l’ultimatum de Moody’s, le Trésor espagnol est parvenu hier à lever 3,5 milliards d’euros d’obligations.
Cette émission, à un taux en légère hausse, était d'autant plus scrutée à la loupe qu'elle survenait au lendemain de la menace de l'agence de notation financière Moody's d'abaisser la note souveraine de l'Espagne. Moody's a maintenu hier la pression sur l'Espagne en abaissant la note de cinq régions - Castille-Leon (centre), Estrémadure (Est), Murcie (Sud-Est), Madrid et Castille-la-Manche (centre) - anticipant une baisse de leurs recettes fiscales en 2010 et 2011 qui pèsera sur leurs déficits ces prochaines années.
L'agence avait averti la veille qu'elle pourrait abaisser la note souveraine de l'Espagne, « AAA », la meilleure possible, de « un ou deux crans » à la fin d'une période d'examen de trois mois. Les autres agences, Fitch et Standard and Poor's, ont dégradé l'Espagne ces derniers mois, l'obligeant à se financer à des taux d'intérêt en hausse sensible.
Moody's a motivé sa décision par « la détérioration (à court et long terme) des perspectives de croissance économique » de l'Espagne, qui sort timidement de la récession avec des déficits publics élevés (11,2 % du PIB fin 2009) et un taux de chômage culminant à plus de 20 %. L'agence a aussi souligné les défis auxquels le gouvernement est confronté pour atteindre ses objectifs de réduction des déficits à 3 % en 2013, au prix d'une sévère cure d'austérité qui pourrait menacer la reprise, et « les préoccupations quant à la hausse des coûts de financement à long terme ». « Nous ne croyons pas que cet abaissement (de la note) aura lieu car le gouvernement prend toutes les mesures nécessaires » pour l'éviter, a assuré à l'AFP un porte-parole du ministère espagnol de l'Économie.
Outre la réduction des déficits, il a mentionné les réformes structurelles en chantier : législation du travail, restructuration en voie d'achèvement des caisses d'épargne frappées par l'éclatement de la bulle immobilière, allongement de l'âge légal de la retraite.
Malgré l'ultimatum de Moody's, le Trésor espagnol est parvenu hier à lever 3,5 milliards d'euros d'obligations à 5 ans à un taux moyen de 3,657 %, un peu plus élevé que lors de la dernière adjudication (3,532 % le 6 mai). Moody's « n'a pas eu la capacité de faire bouger le marché qui n'a pas cillé, et la demande a été très forte », s'est félicité le porte-parole du ministère de l'Économie. La demande a été de 5,8 milliards d'euros et le montant final de l'opération a rempli les attentes de l'Espagne, qui espérait lever entre 2,5 et 3 milliards d'euros. « L'émission obligataire s'est plutôt bien passée dans un contexte difficile. Moody's tire encore sur le pianiste la veille d'une adjudication, même si elle a raison de s'intéresser au triple A de l'Espagne », a analysé pour l'AFP Jean-François Robin, stratégiste chez Natixis.
Avec cette émission, l'Espagne a couvert 52 % de ses besoins en financement en 2010. Il lui reste 46 milliards à émettre d'ici à la fin de l'année. La prochaine émission portera le 15 juillet sur des obligations à 15 ans. Hier, les CDS espagnols (assurances contre le risque de défaut d'un pays) étaient sous tension, à 273,6 points de base, proches de leur maximum historique de 274 points atteint début juin. En revanche, sur le marché obligataire, le différentiel entre l'emprunt espagnol et l'emprunt de référence allemand était de 199 points de base, alors qu'il avait grimpé à plus de 220 points début juin. La Bourse de Madrid a limité ses pertes, fermant à -0,92 %, après avoir plongé de plus de 3 % en début de séance.


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