Arrivés et repartis par une porte dérobée après deux heures d’audience, les deux hommes ont d’ailleurs réussi à éviter la centaine de journalistes présents, une affluence inhabituelle pour ce type de réunion parlementaire. Domenech a même ostensiblement détourné les yeux face aux cameramen et photographes durant la première minute de la séance ouverte aux professionnels de l’image.
L'expulsion était visiblement injustifiée. Rien de ce qui a été dit hier matin ne remet en cause les vérités partielles auxquelles la France avait eu accès ces derniers jours. « Les parlementaires avaient beaucoup de questions à poser, mais, personnellement je n'ai rien appris », a lâché le patron du groupe UMP Jean-François Copé. « Tout le monde pose des questions et est intéressé, mais on n'a pas appris grand-chose, on n'a rien appris de nouveau, a déclaré sur I-Télé le député Renaud Muselier à la sortie de l'audience. La vérité, c'est qu'on n'arrive pas à savoir ce qui s'est passé. » Les messages postés par Lionel Tardy le confirment. Raymond Domenech a fait du Domenech : flou et antimédias, pour expliquer le fiasco de la Coupe du monde. « Par quoi commencer ? Ça marche ou pas : on est sur de l'humain... » Mais aussi : « La une de L'Équipe (sur les insultes d'Anelka à son encontre) a tout déclenché ... » Bernard Debré n'est pas dupe : « Je n'ai pas compris l'agressivité de certains, de Raymond Domenech, envers la presse. »
La FFF a encore autorité sur quelque chose
« Il nous a expliqué, a poursuivi Renaud Muselier, qu'il y avait eu une remarque technique d'un entraîneur, le joueur a répondu quelque chose qui avait justifié qu'il soit remplacé à la mi-temps. Quelqu'un a balancé à la presse. Les joueurs ont alors eu une prise de conscience collective, ont été solidaires entre eux. (Escalettes et Domenech) ne les soutiennent en aucun cas, ils n'ont pas réussi à les raisonner. Quelque part, ils nous ont dit que c'étaient des enfants gâtés. Une fois que les joueurs ont réalisé la bêtise qu'ils avaient faite, ils se sont remis à l'entraînement. » Pour le reste, quelques phrases assez fortes sur ce qu'il a vécu et sur l'étendue de la crise sont attribuées à Jean-Pierre Escalettes : « Dans le bus (où les joueurs faisaient grève), j'ai été confronté à un mur, jamais vu au cours de mes 50 ans dans le foot. » Le chantier de la réforme de la gouvernance est légitimé à ses yeux par les événements : « En foot, comme ailleurs, les choses évoluent plus vite que les institutions. » Ou encore : « Le modèle associatif pur et dur dépassé en termes de gestion. » Escalettes aurait aussi assuré ne pas avoir « été aidé par le club France » car seulement « deux amateurs » s'y trouvaient...
L'audition d'Escalettes et Domenech devait, au départ, être publique, comme l'avait été celle de la ministre de la Santé Roselyne Bachelot lundi. Elle avait dit avoir vu des « joueurs insupportables et un sélectionneur aux abonnés absents ». Elle avait ajouté : « Les responsables sont clairement, en un : les joueurs ; en deux : le sélectionneur ; en trois : les instances. » La direction de la FFF, présentée comme dépassée et impuissante, a quand même encore autorité sur quelque chose qui compte : une commission parlementaire... C'est à sa demande que les médias ont été écartés de cette audition, contre tous les usages.

