Depuis quelques semaines, les révélations sur le train de vie des ministres ou la mise en question de leur probité se multiplient. « Il n'y a pas un jour sans qu'il y ait des affaires (...) ce gouvernement en place abîme la France », a lancé le député socialiste Jean-Christophe Cambadélis. « Les voyous, ce n'est pas dans les cités qu'ils se trouvent, c'est au sommet de l'État et dans les élites », a dénoncé son collègue écologiste Noël Mamère. Location par le secrétaire d'État à la Coopération Alain Joyandet d'un jet privé pour plus de 100 000 euros pour se rendre à une conférence en Martinique. Achat de 12 000 euros de cigares cubains sur fonds publics par le secrétaire d'État chargé du Développement de la Région de Paris Christian Blanc. Logements de fonction occupés par la famille, frais d'hôtel hors de prix, double rémunération. Et surtout, mise en cause de l'austère ministre du Travail Éric Woerth accusé de « conflit d'intérêts » pour avoir été ministre du Budget (2007 à mars 2010) à une époque où son épouse gérait une partie de la fortune de l'héritière du géant des cosmétiques L'Oréal, Liliane Bettencourt. L'opposition lui reproche également sa double casquette de ministre et trésorier du parti présidentiel UMP. Face à ce pillonage, le président Sarkozy est monté au créneau pour défendre ce ministre-clé en charge de la délicate réforme des retraites, mesure phare de la deuxième partie de son mandat. Tandis que ses barons ont dénoncé une « chasse à l'homme » et une manœuvre de « déstabilisation ». Mais le chef de l'État a également cherché à reprendre la main, en annonçant un guide des bonnes pratiques ministérielles. Dans une lettre à son Premier ministre François Fillon, Nicolas Sarkozy éprouve la nécessité d'écrire que les ministres doivent payer leurs frais privés « sur leurs deniers personnels et non des budgets publics » et les menace de sanctions en cas d'abus. Évoquant un « impératif moral » et la nécessité pour l'État de « faire preuve d'exemplarité », il annonce notamment la suppression de milliers de véhicules et logements de fonction, encourage ses ministres en déplacement à prendre le train, demande la réduction « au strict minimum » du nombre de cérémonies. « Comme si l'Élysée voulait passer à autre chose, en finir au plus vite avec le feuilleton des abus plus ou moins importants de quelques ministres », analyse Le Figaro (proche du pouvoir).
Ces scandales à répétition empoisonnent le président au plus bas dans les sondages à deux ans de la présidentielle. Ils interviennent alors que le gouvernement vient d'adopter des mesures de rigueur budgétaire et affronte l'impopularité d'une réforme repoussant l'âge de départ à la retraite à 62 ans (contre 60 ans actuellement).

