En parallèle, la tendance et la nature humaine reflètent une volonté croissante de rester en maitrise de sa vie. Il s'avère clairement que les parties en conflit accepteront de moins en moins qu'une autorité extérieure (juge, arbitre, etc.) tranche à leur place leur conflit. Cette même autorité les contraint à une solution, abstraction faite de leur situation d'antagonistes, des aspects cachés qui ont déclenché le litige et de l'identification de leur besoins essentiels.
Ainsi que dans la plupart des cas, la solution imposée par l'autorité extérieure multiplie et élargit le cadre des différends. La partie perdante tend souvent à s'opposer à la solution par le biais des recours en annulation ou le refus d'exécution. Cette même solution, dictée par une autorité extérieure, suscite un autre cas de figure qui est celui du gagnant non satisfait. D'où l'on peut manifestement en déduire que l'équation gagnant-perdant est une équation déséquilibrée, décevante et ne répond relativement pas aux attentes des parties.
La tendance à trouver une alternative à cette autorité se manifeste par un recours à une résolution à l'amiable. Cette possibilité est la seule et unique voie qui respecte la volonté des parties. Elle tend à s'aligner sur leurs besoins et s'interprète par le choix de maîtriser le mode de créativité d'une solution adéquate à leur différend.
Afin d'aboutir à une solution satisfaisante, les parties doivent avoir recours à l'assistance d'un tiers indépendant, impartial, neutre et discret qui intervient en vue de :
« Coordonner les échanges conflictuels entre les parties, d'aider à ce qu'elles s'écoutent, vérifier qu'elles se comprennent mutuellement, déceler et hiérarchiser avec elles leurs besoins respectifs, leur faire imaginer le plus grand nombre de solutions possible et les inviter enfin à déterminer la solution la plus acceptable qui permettra à chacun de sortir satisfait... »(1)
Ce panorama de la mission du tiers, stimulant la création d'une solution, est comparable à celui d'un catalyseur stimulant la réaction chimique des produits afin d'obtenir une solution. Ce tiers, qui a un rôle assimilé à celui du catalyseur dans les réactions chimiques, est nommé médiateur.
Qu'est-ce que la médiation ?
Selon une définition d'Arnaud Stimec, « la médiation est un processus de négociation, facilité par un tiers (le médiateur), n'exerçant pas de pouvoir de décision, ayant pour finalité de permettre aux parties concernées de réaliser un projet, de résoudre une situation conflictuelle ou de rétablir/établir une relation ».(2)
Une telle définition nous permet de constater que l'objectif principal de la médiation est de restaurer les relations sous l'égide d'un médiateur par voie de négociation et de discussion. Par ailleurs, il convient de noter que pour avoir une vue globale de la médiation, suivant sa finalité et sa fonctionnalité, il est utile de combiner cette définition concernant la médiation et celle de la mission du médiateur.
Cependant, la médiation n'est pas un mode rigide qui est défini d'une manière abstraite et absolue. Ce mode amiable de règlement des conflits dépend en grande partie du contexte du litige, de la situation des antagonistes, de leur motivation et de la stratégie prévue par le médiateur afin d'entamer son intervention. Bien que l'intervention du médiateur revête plusieurs formes, qu'elle soit informelle (toute personne qui se propose sans formalisme de jouer le rôle de médiateur), ponctuelle (toute personne qui joue le rôle d'un médiateur en une occasion très spécifique) ou institutionnelle (les médiateurs rattachés à une institution qui leur confère leur mission), ce mode conserve sa souplesse.
À ce niveau, il serait indispensable de mentionner que l'application du recours en médiation prouve que même si la diversité des formes que revêt le médiateur ne porte aucun effet sur sa mission, la diversité des modèles affecte complètement le résultat de sa mission.
(À suivre)
Mona HANNA
Avocate à la Cour
DESS contentieux, arbitrage et modes alternatifs de résolution des conflits
Présidente de l'Association libanaise pour la médiation et la conciliation
1) Définition de Jacques Salzer, maître de conférences à l'Université Paris-Dauphine.
2) Définition Arnaud Stimec, médiateur et universitaire, ouvrage « La médiation en entreprise ».

