Amine Gemayel : Pourquoi faut-il toujours attendre que les conflits éclatent ? Photo Dalati et Nohra
« Notre ligne est claire. Elle repose sur le dialogue noble et ouvert et qui vise à trouver des solutions », a-t-il ajouté.
« La neutralité à laquelle nous appelons n'est dirigée contre personne et ne se fonde sur aucune considération politicienne, confessionnelle ou sectaire, mais plutôt sur des données objectives », a souligné M. Gemayel. « Depuis sa formation, le Liban s'est édifié sur la neutralité positive. L'alignement l'a au contraire toujours mené aux guerres et aux crises. Pourquoi nous faut-il en permanence attendre que viennent les batailles et les conflits coûteux pour retourner ensuite à la formule de ni vainqueur ni vaincu ? » s'est-il interrogé.
« Ce que nous avons proposé au sujet de la neutralité est une question naturelle et objective. Il ne s'agit pas d'une solution à la va-vite à appliquer demain. Réfléchissons-y de façon calme et sans intimidation ni propos blessants, car il s'agit de l'intérêt du pays », a-t-il dit.
Pour le chef des Kataëb, la neutralité ne signifie nullement « un reniement de la question palestinienne et des causes arabes ». « Au contraire, a-t-il expliqué, ces causes sont les nôtres et nous disons en même temps que le non-alignement n'est pas antinomique avec les engagements du Liban envers la question palestinienne. »
Selon lui, il s'agit simplement de « permettre au Liban de respirer et de rassembler ses forces pour consolider l'État, l'armée et l'unité nationale ». « C'est alors que pourra s'édifier une résistance globale pour faire face à tous les défis régionaux et internationaux », a-t-il dit.
« La neutralité n'est pas synonyme de faiblesse, comme l'affirment certains. C'est l'alignement et le maintien du Liban comme otage des conflits régionaux qui sont par excellence les facteurs de faiblesse du Liban. Ce qui nous importe le plus, c'est de nous concentrer sur notre situation intérieure, afin de pouvoir renforcer notre solidarité nationale pour être en mesure d'affronter les périls, et en particulier l'arrogance israélienne dont nous sommes conscients des dangers sur le Liban et les États arabes », a-t-il encore souligné.
S'agissant des relations libano-syriennes, M. Gemayel a jugé « très positif le regroupement du peuple libanais autour du président de la République, du Premier ministre et du gouvernement pour ce qui est des tentatives visant à établir les meilleures relations avec la Syrie ». « Nous les soutenons dans leurs efforts dans ce sens et nous souhaitons parvenir à des rapports solides entre les deux États et les deux peuples », a-t-il dit.
« Cependant, a-t-il ajouté, nous sommes conscients qu'il existe des failles qu'il faut rectifier au niveau des accords entre les deux pays, de façon à ce qu'ils soient conformes à la Constitution et au système libanais. Le conseilleur du chef de l'État, le professeur Fayez Hajj Chahine, a confirmé l'existence de ces défauts. Nous proposons qu'il soit chargé d'un rapport sur cette question pour mettre un terme à toutes les polémiques à ce sujet. »
M. Gemayel a d'autre part réitéré ses critiques à l'égard des propositions de loi sur les droits civils des réfugiés palestiniens. « Ces propositions sont tombées sur la Chambre sans concertations et de manière arrogante, ce qui est inacceptable », a-t-il assuré.
« C'est une question qui touche au Pacte national et à la Constitution dans son article consacré à l'interdiction de l'implantation des Palestiniens. Et ce qui se passe est une forme d'implantation déguisée », a-t-il estimé, avant de prévenir : « Tout comme nous avions fait obstacle dans les années soixante-dix au projet de patrie alternative (pour les Palestiniens), notre position est claire aujourd'hui : nous ferons face à toute loi menant à l'implantation. »
Se refusant à critiquer le promoteur des propositions de loi (Walid Joumblatt), M. Gemayel a dit : « Inconsciemment, il suscite un problème qui n'a pas lieu d'être, au lieu de se concentrer sur la tragédie en Palestine et sur la judaïsation de Jérusalem. »
« De toutes les façons, a poursuivi l'ancien chef d'État, ces propositions sont comme un chèque sans provisions, dans la mesure où les déficits empêcheraient l'État d'honorer ses engagements. »
Évoquant l'explosion de Zahlé et les tracts antichrétiens à l'est de Saïda, M. Gemayel a salué la position des leaderships musulmans à ce propos, citant le président de la Chambre Nabih Berry, les députés Fouad Siniora et Bahia Hariri et l'ancien député Oussama Saad. « Il reste toutefois à l'État d'assumer sa responsabilité en faisant la lumière sur les dessous de ces incidents », a-t-il souligné.

