Pour sa quatrième visite à Damas, le président Michel Sleiman est apparu détendu. C'est en effet auréolé de ses dernières prises de position claires en faveur de la résistance et du Hezbollah qu'il a pris le chemin de Damas, accompagné d'une délégation ministérielle, sécuritaire et médiatique. C'est d'ailleurs la première fois, depuis l'élection de Michel Sleiman à la présidence de la République le 25 mai 2008, que le sommet libano-syrien se tient dans une atmosphère aussi sereine des deux côtés, en dépit de la situation régionale de plus en plus complexe. Sleiman avait, cette fois, bien préparé le terrain à sa visite en Syrie, en exprimant des opinions tranchées au sujet de la résistance, affirmant notamment qu'il faut défendre celle-ci par tous les moyens, coupant ainsi court à tous les pêcheurs en eaux troubles qui cherchaient à semer le doute sur ses prises de position. Ce n'est pas non plus un hasard si quatre des ministres considérés comme proches de lui (le cinquième était absent) avaient voté, la semaine dernière, contre une position abstentionniste du Liban au Conseil de sécurité au sujet des sanctions contre l'Iran. D'ailleurs, à en croire la petite histoire, rapportée par certains ministres ayant participé à cette réunion, une première tentative de vote a eu lieu au Conseil des ministres, au cours de laquelle les partisans du vote contre les sanctions étaient douze. Le président se serait alors tourné vers les ministres proches de lui pour leur demander de « laisser parler leur conscience ». Résultat : à la seconde tentative, quatorze ministres ont voté contre les sanctions et quatorze autres ont voté pour l'abstention. Selon l'avis de nombreux observateurs, il s'agissait d'un scénario convenu à l'avance avec le Premier ministre Saad Hariri et le leader druze Walid Joumblatt. Le président Nabih Berry ainsi que le secrétaire général du Hezbollah sayyed Hassan Nasrallah en avaient été aussi informés, notamment au cours de la rencontre nocturne entre Hariri et Nasrallah. Ce dernier n'était certes pas favorable à cette formule égalitaire qui évite au Liban de prendre une décision claire, mais, toujours selon les observateurs, il ne pouvait que s'incliner devant la délicate situation libanaise, et surtout, il pouvait comprendre que la marge de manœuvre officielle était réduite face à l'importance des pressions diplomatiques et politiques exercées sur le Liban. C'est d'ailleurs pour cette raison que le Premier ministre avait effectué une tournée arabe et régionale avant le vote de la résolution 1929 au Conseil de sécurité, dans une tentative de sonder les intentions des dirigeants rencontrés. La formule adoptée (à savoir le vote égal entre les deux camps au Conseil des ministres) était la seule possible face aux positions totalement opposées des deux camps libanais, arabes et régionaux. D'ailleurs, le ministre turc des AE Ahmet Davutoglu a déclaré récemment avoir eu « des conversations téléphoniques qui ont duré des heures pour éviter l'éclatement du gouvernement libanais d'union nationale »... C'est ainsi que les ministres proches de Joumblatt ont voté en faveur de l'abstention pour montrer que dans les questions régionales, ils respectent la position saoudienne, alors que les ministres proches du président Sleiman ont voté contre les sanctions pour rétablir l'équilibre. Le Liban officiel a pu ainsi éviter d'adopter une position claire, empêchant le pays d'aller dans un sens ou dans l'autre, ce qui aurait forcément mécontenté une partie des Libanais et des factions régionales. Le scénario avait donc été soigneusement mis au point et, toujours selon certaines parties dites neutres, les critiques qui ont suivi cette réunion du Conseil des ministres seraient essentiellement destinées à la consommation locale... Des parties politiques proches de Baabda estiment à ce sujet que le quatrième sommet libano-syrien devrait d'ailleurs contribuer à clore le dossier du débat sur « le vote équilibré au sein du Conseil des ministres et la décision du représentant permanent du Liban aux Nations unies ».
Par contre, la résolution 1929 devait forcément être présente au cours des entretiens entre les deux présidents et il devait être forcément question de l'attitude qu'il faudra adopter par rapport aux mesures prévues dans cette résolution, qui sont d'ailleurs de trois types, maritimes, aériennes et bancaires. Autre sujet des entretiens : comment protéger les navires qui iront du Liban ou de la Syrie pour tenter de briser le blocus imposé à Gaza. Enfin, il sera question, selon les mêmes sources, des négociations israélo-palestiniennes indirectes, d'autant que le délai accordé par la Ligue arabe à ces négociations expire en septembre prochain. Un sommet extraordinaire arabe devrait se tenir à cette période pour évaluer la situation et le président libanais souhaite évoquer cette question avec son homologue syrien, tout comme il compte parler de la proposition française de tenir un sommet consacré à la situation au Moyen-Orient en octobre. Mais le thème le plus important évoqué entre les deux dirigeants portera nécessairement sur l'amélioration des relations bilatérales qui se concrétise par l'amendement de quinze accords sur vingt conclus entre les deux pays. Dès que ce processus sera achevé et officialisé par une rencontre élargie entre des délégations libanaises et syriennes présidées par les Premiers ministres des deux pays, le président Sleiman souhaite inviter son homologue syrien à Baabda pour montrer que la page de la discorde entre les deux pays est définitivement tournée. Ce quatrième sommet entre Sleiman et Assad est donc très important, non seulement dans son timing régional et international, mais aussi dans l'agenda bilatéral des deux pays.

