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Moyen Orient et Monde - Éclairage

La fracture belge rend problématique la survie du pays

Le grand écart politique, identitaire et culturel entre les communautés flamande et wallone est un phénomène ancien.
La Belgique apparaît plus que jamais comme un pays coupé en deux après les élections, entre une Flandre de droite tentée de faire cavalier seul et une Wallonie unioniste de gauche, une césure qui risque de rendre impossible la cohabitation à terme. Ce grand écart politique entre communautés est un phénomène déjà ancien. Le pays a été dominé pendant des décennies par la démocratie-chrétienne au Nord néerlandophone, terre de tradition catholique rurale, et par les socialistes dans le Sud francophone, marqué par une vieille histoire industrielle. Mais la percée des indépendantistes flamands dimanche a encore accru la menace de divorce.
Le scrutin « a accentué la différence en termes de centre de gravité de la vie politique », estime le directeur du Centre de recherche et d'information socio-politiques, Vincent de Coorbyter, dans une interview au quotidien Le Soir. « Avec une Flandre majoritairement à droite et un paysage francophone majoritairement au centre-gauche, il y a accentuation d'un différentiel qui pose problème dans la gestion du niveau fédéral du pouvoir », affirme-t-il.
La droite au sens large cumule 76 % des suffrages dans la région septentrionale du royaume, tandis qu'en Wallonie et à Bruxelles chez les francophones, la gauche et le centre-gauche engrangent 64 %. Au-delà des problèmes institutionnels, ce fossé risque de poser un problème immédiat au moment où la Belgique, comme ses partenaires de la zone euro, doit affronter une crise de la dette, sous la menace des marchés : quelle politique budgétaire adopter ? Entre le parti indépendantiste N-VA vainqueur des élections au Nord, qui prône des coupes dans les dépenses, et les socialistes francophones, arrivés largement en tête au Sud qui les refusent, le compromis ne sera pas aisé. D'autant que le président du Parti socialiste (PS) francophone, Elio Di Rupo, part favori pour diriger le futur gouvernement. Les socialistes « veulent faire 7 milliards d'euros de dépenses alors que nous voulons réaliser des économies de 22 milliards » d'euros, relève le chef de file de la N-VA, Bart de Wever, en estimant mardi dans le quotidien La Libre Belgique que le programme socio-économique du PS pourrait être qualifié de « fantaisiste ».
À ces divergences politiques vient s'ajouter un éloignement identitaire et culturel toujours plus profond, que rien ne semble devoir atténuer dans les années à venir. La pratique du français parmi les Flamands, tout en restant beaucoup plus répandue que l'inverse, recule dans les jeunes générations au moment où, paradoxalement, celle du néerlandais croît un peu, en partant de très bas, parmi les francophones. Au quotidien, les deux communautés vivent déjà dos à dos, à l'exception de Bruxelles. Le pays est scindé depuis les années 1960 par une frontière linguistique qui pourrait être rendue encore plus étanche dans la périphérie de Bruxelles après la victoire de la N-VA. Les deux communautés regardent des programmes de télévision différents, lisent des journaux parlant rarement de la même chose. Seuls l'équipe nationale de football et le roi font encore un peu illusion de ciment national.
« Le fédéralisme instauré dans le pays à partir des années 1970 produit ses effets, avec une vie politique et une bonne part de la vie culturelle, sociale et médiatique articulées autour des seules régions, sans pont entre elles », estime le politologue belge Pascal Dewitt. La Belgique, État pour certains artificiel, créé en 1831 pour faire tampon entre les grands empires, peut-elle survivre dans ces conditions ? Bart de Wever, qui table sur son « évaporation » lente, se disait surpris au soir de sa victoire : « Les francophones s'inquiètent d'une séparation. Mais dans les faits, c'est déjà le cas. »

Yacine LE FORESTIER (AFP)
La Belgique apparaît plus que jamais comme un pays coupé en deux après les élections, entre une Flandre de droite tentée de faire cavalier seul et une Wallonie unioniste de gauche, une césure qui risque de rendre impossible la cohabitation à terme. Ce grand écart politique entre communautés est un phénomène déjà ancien. Le pays a été dominé pendant des décennies par la démocratie-chrétienne au Nord néerlandophone, terre de tradition catholique rurale, et par les socialistes dans le Sud francophone, marqué par une vieille histoire industrielle. Mais la percée des indépendantistes flamands dimanche a encore accru la menace de divorce.Le scrutin « a accentué la...
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