Pour autant la voie était-elle ouverte devant cet éclatement que certains appellent de leurs vœux sans trop réaliser, il y a tout lieu de le craindre, l'énormité des enjeux ? Vingt-quatre heures après le séisme, les leaders du pays s'accordent à donner la priorité à la formation d'un gouvernement, tâche ardue au vu de la complexité du nouveau paysage politique. Il faudrait, pensent certains, un attelage d'au moins huit partis et des mois de négociations avant de mettre sur pied un cabinet qui devra s'attaquer en priorité à deux problèmes en apparence insolubles : une autonomie maximale pour les régions nord, des réformes économiques dont la nécessité se fait sentir un peu plus chaque jour, ce qui, pour les francophones, se traduirait par la fin de la région de Bruxelles et l'abolition de la sécurité sociale unifiée, des forteresses dont les Wallons ne veulent à aucun prix le démantèlement.
Encore grisé par l'ampleur de sa victoire, De Wever n'en a pas moins prouvé qu'il savait, à l'occasion, se montrer pragmatique, sinon conciliant. Il est trop tôt pour parler d'indépendance, a-t-il lancé à ses partisans au soir de la victoire. Ce qui ne l'a pas empêché d'affirmer sa foi en une « évolution graduelle » et de réclamer des changements radicaux au niveau de l'État. Au siècle dernier, l'histoire de la Belgique, vieille de 180 ans, aura été marquée par une domination wallonne génératrice d'une sensible amertume chez les Flamands - 6,5 millions d'habitants contre quatre millions de francophones - qui avaient l'impression d'être traités en citoyens de seconde zone. À cela s'est ajouté le fait qu'avec le déclin progressif d'une certaine éoconomie (charbon-acier), l'industrie a changé de bord sans pour autant susciter un rapprochement que l'on aurait été en droit d'espérer. De plus, la dette publique a pris, ces trois dernières années, des proportions telles que la Belgique se place dans le peloton de queue de la zone euro, suivie de la Grèce et de l'Italie.
Politiquement, le parallélisme du système donne l'impression d'un bateau ballotté par les vagues. À chacune des deux grandes entités ses partis, avait-on décidé. Fort bien, mais les divisions s'en sont trouvées accrues et avec elles une dérive qui ne présageait rien de bon. Les résultats officiels créditent la NVA de 27 sièges sur un total de 150, juste devant le Parti socialiste (26 sièges). Au total, le groupe pro-indépendance recueille près de 46 pour cent des voix de l'électorat flamand alors que l'ensemble du camp francophone rafle 36 pour cent des votes, ce qui lui permet de former avec le PS flamand le plus grand bloc parlementaire dans la nouvelle Assemblée. Les principaux perdants de la confrontation semblent être les chrétiens-démocrates du Premier ministre en exercice Yves Leterme et leurs alliés libéraux.
Les particularités belges devraient permettre au leader du PS, Elio di Rupo, de former le prochain gouvernement, après les concertations entreprises par le roi Albert II et l'inévitable période - que l'on espère, sans trop y croire, la plus courte possible - de consultations avec les diverses formations en présence. L'usage veut que la formation présente de part et d'autre de la « barrière » linguistique reçoive la charge de diriger la prochaine équipe ministérielle, soit le PS des deux « rives », avec des effectifs additionnés de 39 députés, ce qui ne signifie nullement la fin des problèmes, simplement leur report, en attendant le moment propice, « avec infiniment de brumes à venir », comme le chantait si bien Jacques Brel.
Entre vif désir de changement et volonté affichée d'unité, la vaillante Belgique paraît écartelée à la veille de son accession, en juillet, à la présidence d'une Union européenne en pleine crise de croissance. Économique, celle-là.


Israël Katz assure que l’armée israélienne « conservera sa liberté d’action militaire » au Liban malgré la nouvelle trêve