Jerôme Kerviel arrivant hier à son procès. Jacques Demarthon/AFP
À la question de savoir s'il était « possible qu'un Kerviel solitaire » passe des ordres pour des milliards d'euros sans que personne ne sache rien, l'ancien trader a répondu : « Impossible, pas pendant plus d'une journée en tout cas. »
Interrogé au préalable par le président du tribunal, Dominique Pauthe, Jérôme Kerviel avait considéré que « les encouragements » de ses chefs l'avaient incité à continuer « (sa) stratégie ».
Selon l'accusation, Jérôme Kerviel a pris des positions spéculatives exorbitantes sur les marchés financiers à l'insu de sa hiérarchie en déjouant les contrôles à l'aide d'opérations fictives et fausses déclarations. Le 24 janvier 2008, la banque avait annoncé une « fraude » ayant résulté en une perte de 4,9 milliards, sans précédent à l'époque.
Une enquête a démontré les carences des contrôles, mais l'instruction n'a pas établi de complicités, et Jérôme Kerviel est seul poursuivi pour abus de confiance, faux et usage de faux, et introduction frauduleuse de données.
Le jeune homme a admis avoir commis des erreurs et perdu le sens des réalités. Il reconnaît aussi avoir enregistré des opérations fictives pour camoufler des engagements réels, mais assure que c'était monnaie courante et affirme surtout que ses supérieurs savaient.
Au début de l'audience, Jérôme Kerviel, costume gris sombre sur chemise blanche et cravate rose, s'était présenté sobrement devant le tribunal, déclinant son état civil. « Célibataire, consultant informatique », avec un revenu mensuel de « 2 300 euros », a-t-il déclaré au micro. Juste avant, il s'était difficilement frayé un chemin pour parvenir à la salle d'audience, freiné par des dizaines de journalistes accrédités pour ce procès au retentissement international.
Lorsque M. Pauthe a lu les faits qui lui étaient reprochés, Jérôme Kerviel écoutait attentivement, prenant des notes, acquiesçant ou contestant d'un signe de tête.
Une première passe d'armes a eu lieu entre avocats à l'appel des quelque 40 témoins, qui seront entendus au fil des trois semaines d'audiences.
Un représentant de petits actionnaires a cité comme témoin l'ancien PDG de la banque, Daniel Bouton. Celui-ci a écrit au tribunal qu'il doutait de l'intérêt pour la justice de l'entendre, mais se disait prêt à venir si on le lui demande.
Me Jean Veil, pour la Société générale, se lève. « Sauf à organiser le cirque barnum », l'avocat estime « ridicule » de le faire venir, mais souligne qu'il n'entend pas « (se) retrancher derrière quoi que ce soit ». Le président Pauthe, se comparant à un Monsieur Loyal, en conclut qu'il en décidera au vu des débats.
Les premiers témoins seront entendus aujourd'hui après-midi. Parmi eux : un ancien patron de Jérôme Kerviel, Jean-Pierre Mustier, et un ancien président de l'Autorité des marchés financiers (AMF), Jean-François Lepetit

