C'est que l'avertissement est aussi clair que sévère. Après avoir décroché six des huit sièges du conseil de l'ordre des médecins en jeu, le 14 Mars a perdu lors de l'élection du président. Dont le rôle statutaire est si proéminent qu'il contrôle, en pratique, l'organisme. La défaite des loyalistes est simple à expliquer : on ne sait pas pourquoi, on ne sait pas comment, ils ont présenté deux candidats, les Drs Ghassan Skaff et Nagib Geahchan, contre le Dr Charaf Abou Charaf, soutenu par le CPL et le 8 Mars, qui l'a emporté haut la main. Cerise sur le gâteau, pour lui, et coupe amère pour ses adversaires, il a également recueilli les suffrages de membres, ou de sympathisants, de certaines composantes du 14 Mars.
Un camp qui souffre manifestement d'un fort déficit de cohésion et donc, à la source, de communication interne et de coordination. L'impardonnable, dans l'affaire, est que, pour toute élection, le 14 Mars a prévu la mise en place de comités qualifiés, chargés de préparer techniquement le scrutin, sur base de mécanismes de sélection circonstanciés. C'est-à-dire que, dans un secteur déterminé, s'il est clair qu'une des composantes du mouvement a plus d'influence, et plus de chances, que les autres, le choix se porte d'abord sur ses postulants propres. Mais, bien au-dessus de ces considérations, la reine des règles retenues est de présenter toujours un front uni. Là où elle est respectée, dans les facultés par exemple, la victoire sur le 8 Mars est assurée neuf fois sur dix.
Parallèlement, on note que les réunions de coordination que tenaient régulièrement 12 cadres représentant les formations composant le 14 Mars ont cessé depuis le début de l'année, sans que personne ne dise pourquoi. Ce comité s'est donc déclaré aux abonnés absents même lors de la campagne pour les municipales, où ses efforts auraient pourtant été aussi utiles que nécessaires. Lorsqu'on leur pose la question, les loyalistes répondent que la coordination reste assurée par des rencontres à deux, ou à trois, entre les chefs. Il est cependant évident que ce palliatif est non seulement insuffisant mais également, parfois, préjudiciable. Parce que ces deux ou trois pôles qui se retrouvent, ou se rejoignent, peuvent être en divergence avec leurs autres pairs au sein du mouvement.
Fortement ébranlé, comme on sait, par la défection de Walid Joumblatt. Et, un peu moins par les bisbilles internes tournant autour de la composition, du statut et du fonctionnement du secrétariat général. Il ne faut pas oublier, non plus, le rabibochage avec la Syrie du Premier ministre, Saad Hariri, qui se trouve à la tête du Courant du futur et dispose du plus important bloc parlementaire. Le 14 Mars a donc besoin de repenser autant sa ligne politique générale que ses structures. Il devrait, à cette fin, organiser un véritable séminaire, avec commissions et sous-comités spécialisés. Un avantage préliminaire certain : l'existence d'un secrétariat général formé de compétences certaines. Mais qu'il faut réactiver, redynamiser, ce qui ne peut se faire que par un gentleman's agreement de ne pas lui mettre des bâtons dans les roues. Quitte à ce que l'on règle à l'amiable certains points de friction, en levant les objections qu'ils suscitent.
Mais, à un moment où l'actualité électorale prouve que le 14 Mars a besoin d'un nouveau projet, certains observent une tendance volontaire au recul de la part de quelques-unes de ses composantes. On entend en effet des voix soutenir que le mouvement doit se faire plus discret, s'effacer même, pour ne pas gêner la progression du gouvernement, et surtout de son chef, Saad Hariri. Dont le régime syrien attend, sans le lui avoir nécessairement dit en face, qu'il mette au pas ses propres partisans, ou ses alliés, qui lui restent hostiles, ou qui, à tout le moins, ne se départissent pas de leur méfiance à l'encontre de Damas.
Une consolation pour le 14 Mars : en interne, le tableau du 8 Mars, et, plus largement, de l'opposition, n'est pas plus brillant. Les municipales ont mis en pleine lumière les divisions, sinon la désintégration, de ce camp. Dont les pôles ne se réunissent plus, et qui n'organise plus d'assemblée générale. Le Tachnag, le Hezbollah et le mouvement Amal qui lâchent Aoun, tandis qu'il évince Berry de Jezzine, et que Skaff lui tourne le dos à Zahlé, Karamé qui rejoint Hariri et Mikati à Tripoli, on se demande ce que cela va donner aux législatives de 2013, au Metn, à Jbeil, au Nord ou ailleurs.

