Le message d'el-Qaëda a été rapporté par le centre américain SITE, qui surveille les sites islamistes sur Internet. Mais le message ne précise pas les circonstances de la mort de celui qu'el-Qaëda présente comme son chef en Afghanistan, se contentant de dire qu'il a péri en « martyr ».
« Nous avons de sérieuses raisons de penser que c'est vrai, et qu'il a été tué récemment dans les zones tribales du Pakistan », a assuré un haut responsable américain, sous couvert d'anonymat. « En termes de lutte contre le terrorisme, ce serait une belle victoire », a-t-il ajouté.
Les zones tribales pakistanaises, frontalières avec l'Afghanistan, sont un bastion des talibans pakistanais alliés à el-Qaëda, le principal sanctuaire du réseau d'Oussama Ben Laden, et une base arrière des talibans afghans. Washington a coutume de les qualifier de « région la plus dangereuse du monde » et la CIA y a considérablement intensifié, ces deux dernières années, sa campagne de tirs de missiles par ses drones, ciblant el-Qaëda et les talibans, mais n'épargnant pas les civils selon les militaires pakistanais. Depuis août 2008, 105 attaques de drones américains ont tué près d'un millier de personnes dans les zones tribales, selon les militaires pakistanais. Le message d'el-Qaëda repris par le SITE rapporte aussi que la femme de Yazid, trois de ses filles, sa petite-fille et d'autres hommes, femmes et enfants ont été tués en même temps que lui.
« Al-Masri était le chef opérationnel du groupe (el-Qaëda), avec la haute main sur tous les domaines, des finances à l'organisation des opérations armées », estime le haut responsable américain. « Il était aussi le principal maillon de la chaîne de communication avec Ben Laden et Zawahiri », ajoute-t-il. L'Égyptien Ayman al-Zawahiri, le n° 2 d'el-Qaëda, avait été manqué de peu en 2006 par un missile tiré par un drone de la CIA dans les zones tribales pakistanaises. Selon le FBI, c'est lui qui a transféré des fonds via Dubaï à Mohammad Atta, Marwan al-Shehhi et Waël al-Shehri, trois des hommes qui ont détourné les avions précipités contre les tours jumelles à New York et le Pentagone à Washington le 11 septembre 2001.
Yazid, soupçonné d'être un ancien membre du Jihad égyptien, était apparu sur plusieurs vidéos envoyées par el-Qaëda depuis qu'il était devenu son chef en Afghanistan en mai 2007. Selon le SITE, il avait été vu pour la dernière fois dans une vidéo diffusée le 4 mai dernier lorsqu'il avait fait l'éloge funèbre d'Abou Omar al-Bagdadi et Abou Ayoub al-Masri, les chefs politiques d'el-Qaëda en Irak tués en avril. Selon Yasser al-Sirri, directeur de l'Observatoire islamique, basé à Londres, il était né en Égypte en décembre 1955 dans la région de al-Sharqiya, dans le delta du Nil.
« Sa mort constituera une terrible malédiction sur les infidèles », promet el-Qaëda dans son message, menaçant d'une « riposte toute proche ». « Même si ces terroristes restent extrêmement dangereux et déterminés à frapper aux États-Unis, l'élimination de commandants comme al-Masri est une démonstration de plus que les zones tribales ne sont pas le sanctuaire sûr qu'el-Qaëda et ses alliés pensent qu'elles le sont », a encore commenté le responsable américain. « Il s'agit du revers le plus significatif infligé à el-Qaëda ces dernières années et son impact va être ressenti par le réseau », analyse Ben Venzke, du groupe de réflexion sur le renseignement IntelCenter.

