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Économie - Analyse

Finance alternative (4) : le « credito » argentin

Dr Jan Schaaper *

Posons une question simple : « À quoi sert la monnaie ? » La réponse nécessite un petit développement économique. Au départ, l'homme a produit des biens pour satisfaire aux besoins liés à sa survie. Il a très rapidement compris que la coopération augmentait la production totale d'un groupe et chacun s'est spécialisé dans ce qu'il savait faire de mieux : culture de blé, fabrication de pain, confection de vêtements, etc. Comme chacun produisait plus que ce dont il avait besoin pour sa propre consommation, la nécessité d'échanger les biens est apparue : du blé contre du pain, du pain contre des vêtements. C'est ainsi que l'augmentation de production s'est soldée par un accroissement de la consommation... Seulement, l'aspect ponctuel du troc a très rapidement imposé ses limites à ce type d'échange. Un intermédiaire neutre a alors été créé pour faciliter les échanges : la monnaie.
La première fonction de la monnaie est donc de permettre l'échange de biens. Elle permet aussi de décaler la consommation dans le temps en favorisant l'accumulation de richesse. Par exemple, le cultivateur de cerises qui vend obligatoirement sa récolte au printemps peut accumuler la monnaie qu'il a retirée de sa vente et répartir sa consommation de pain tout au long de l'année.
Reste que tout ne peut pas servir de monnaie. Une « bonne » monnaie ne doit pas être falsifiable ou périssable et exister en quantité raisonnable. Le choix s'est porté assez naturellement sur des pierres et métaux précieux dont notamment l'or. En le fondant, on en fait des pièces de poids variables qui permettent l'échange : 10 kilos de cerises contre une pièce d'or qui permet ensuite d'acheter son pain quotidien.
En dépit de leurs qualités intrinsèques, les pièces d'or ont été remplacées progressivement par des billets en papier. Pendant longtemps, le contrepoids en or de ces billets a été déposé dans des banques. C'est la période de l'étalon-or. Celle-ci a pris fin en 1971 lorsque les États-Unis ont suspendu la convertibilité de leur dollar en or. D'autres monnaies ont suivi. À partir de ce moment, les banques et leaders politiques ont pu créer de la monnaie sans être limités par leurs réserves accumulées en or. La monnaie étant désormais gratuite, certains leaders politiques n'ont pas hésité à utiliser massivement la planche à billets, ce qui a parfois mené à l'effondrement total de leur devise nationale. C'est le cas de l'Argentine en 2001. Les banques ont fait faillite et, du jour au lendemain, les Argentins qui n'avaient plus accès à leurs comptes bancaires se sont retrouvés sans monnaie.
On retrouve alors la question initiale : « Qu'est-ce qu'on fait quand il n'y a plus de monnaie ? » Réponse : on réintroduit le troc. De nombreux clubs de troc ont vu le jour en Argentine. Chacun y amenait un bien qu'il avait produit et qu'il échangeait : quelques salades contre une poule, etc. Comme prévisible, le troc direct a retrouvé très vite les limites qui lui sont propres. Il a fallu trouver un intermédiaire qui permettait la division de biens (comment échanger un meuble contre quelques salades) et le décalage de la consommation dans le temps. Ainsi, chaque club de troc a émis des simples tickets, appelés « creditos », qui servaient de monnaie. Les creditos s'étant substitués à la monnaie nationale, l'économie est repartie et les Argentins ont survécu.
Ces « creditos » ne possédaient pas cependant l'une des caractéristiques essentielles d'une bonne monnaie : ils étaient facilement falsifiables. Selon les endroits, ils ont fonctionné pendant 2 à 3 ans, mais très rapidement les quantités mises en circulation ont explosé, ce qui a mené les « creditos » à leur propre faillite. Entre-temps, à coups de milliards du FMI, la monnaie argentine s'était rétablie et avait repris sa fonction.
L'exemple des « creditos » permet de répondre à la question initiale : « À quoi sert une monnaie ? » Dans l'idéal, elle est au service de l'homme en facilitant la production, l'échange et la consommation. Hors de tout contrôle et/ou d'éthique collective, elle devient rapidement un objet sujet de toutes les convoitises qui permet de consommer facilement sans avoir à contribuer concrètement au développement de la production.

(*) Professeur à Bordeaux, école de management.

En coopération avec : l'ESA

Dr Jan Schaaper *Posons une question simple : « À quoi sert la monnaie ? » La réponse nécessite un petit développement économique. Au départ, l'homme a produit des biens pour satisfaire aux besoins liés à sa survie. Il a très rapidement compris que la coopération augmentait la production totale d'un groupe et chacun s'est spécialisé dans ce qu'il savait faire de mieux : culture de blé, fabrication de pain, confection de vêtements, etc. Comme chacun produisait plus que ce dont il avait besoin pour sa propre consommation, la nécessité d'échanger les biens est apparue : du blé contre du pain, du pain contre des vêtements. C'est ainsi que l'augmentation de production s'est...
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