C'est notamment le dossier nucléaire qui sera au centre des entretiens qu'auront le chef de l'État Michel Sleiman et le Premier ministre Saad Hariri avec les deux ministres français et allemand des Affaires étrangères, Bernard Kouchner et Guido Westerwelle, dont la visite au Liban est prévue en fin de semaine. On s'attend d'ailleurs à ce que le point de divergence entre les interlocuteurs libanais et européens soit la question de l'approbation par Beyrouth de l'accord conclu entre l'Iran, le Brésil et la Turquie sur l'échange d'uranium sur le territoire turc, conclu le 17 mai, dans la mesure où le Liban considère que cet accord constitue le début d'une solution diplomatique susceptible de faire baisser la tension dans la région. Tel n'est pas l'avis de la France et de l'Allemagne qui ont rejeté cette solution et qui maintiennent leur position favorable au projet de sanctions à imposer à l'Iran.
Des sources diplomatiques ont indiqué que la présidence libanaise du Conseil de sécurité de l'ONU, qui s'achève dans huit jours, ne sera pas mise dans l'embarras en ce qui concerne ces sanctions, sachant que M. Kouchner prévoie que les discussions au sein du Conseil de sécurité sur ce dossier auront lieu à partir de la mi-juin.
Lors des entretiens, les responsables ne feront d'ailleurs que répéter devant leurs interlocuteurs français et allemand la position que prendra le Liban à ce sujet, à savoir qu'il s'abstiendra de voter.
Les sources diplomatiques soulignent par ailleurs « l'échec » de la campagne de dissuasion menée par le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, qui a effectué des contacts avec les responsables des cinq pays membres permanents du Conseil de sécurité et demandé à des leaders arabe, tels que Bachar el-Assad et l'émir du Qatar, cheikh Mohammad ben Khalifa al-Thani, de soutenir son action en vue de pousser les États en faveur des sanctions d'accepter « l'accord d'échange » qui a eu lieu avec l'Iran dernièrement. D'autant que le protocole signé par la République islamique prévoit l'acceptation par cette dernière des conditions posées par l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) pour ce qui est notamment du droit naturel pour tout État de posséder de l'énergie nucléaire utilisée à des fins pacifiques.
Ces sources, qui conseillent d'attendre la publication de la position de l'AIEA sur le protocole, estiment que la situation se complique encore plus sur le plan diplomatique du fait de l'irritation des États-Unis, qui estiment que la Turquie vient de se dérober du partenariat stratégique qui la lie à l'administration US. Pour la Turquie et le Brésil, le protocole d'échange est un prélude à un Proche-Orient dénucléarisé.
Les sources diplomatiques s'attendent d'ailleurs à ce que le protocole tienne bon, du moins durant un certain moment, dans les deux cas suivants : tout d'abord s'il passe le test de l'AIEA en termes de conformité aux normes requises et si l'Iran répond à toutes les questions qui lui sont adressées, une condition sine qua non posée par l'Union européenne et par les États-Unis. Ensuite si l'Iran cesse effectivement l'enrichissement dans une proportion de 20 % sur son sol de l'uranium en envoyant près de 1 200 kg de combustible en Turquie. Mais ce protocole restera quand même insuffisant, aux yeux de Washington notamment, puisqu'il ne traite pas de tous les problèmes qui inquiètent le Conseil de sécurité. Les sources diplomatiques prévoient que les États-Unis votent quand même en faveur des sanctions, même si le projet n'a pas réussi à faire l'unanimité. On sait déjà que le Liban, le Brésil et la Turquie s'abstiendront de voter.

