Il y a diplomatie et diplomatie.
Il y a la diplomatie flamboyante, toutes proportions gardées, d'un Talleyrand, d'un Fouad Boutros, d'un Tarek Mitri, d'un Hubert Védrine. Il y a celle, honteuse, in the closet, d'un Colin Powell. Il y a celle, stérile jusqu'à nouvel ordre, que défend le trio Mahmoud Hammoud-Faouzi Salloukh (qui vient d'éditer ses... mémoires)-Ali Chami. Il y a celle, rocambolesque et avec toute la nostalgie désuète et camphrée des non-alignés, de Brasilia et d'Ankara avec Téhéran. Il y a celle, un peu grand-guignolesque, d'un Sarkozy qui agite en parlant d'Athènes l'index face à Angela Merkel - Adenauer, Bech, Beyen, De Gasperi, Monnet, Schuman et Spaak, les papas de l'Union européenne, font des triples axels dans leurs tombes.
Il y a effectivement mille et une diplomaties.
L'histoire pullule d'infinis exemples, d'interminables modes d'emploi qui expliquent tant que faire se peut comment servir au mieux les intérêts d'une caste, d'une ethnie, d'une famille, d'un gang, d'un pays, d'une nation, d'un État, d'États unis par quelque lien que ce soit, d'une planète. L'histoire de la diplomatie est un bestiaire insensé où cohabitent, plus ou moins harmonieusement, les formes les plus hybrides de relations internationales : la meilleure façon de marcher, la meilleure façon de (sur)vivre, la meilleure façon de draguer, la meilleure façon d'évoluer.
Il y a la diplomatie du/au Liban.
Centripète ou centrifuge, cette diplomatie-là est terriblement laborieuse. Du dehors vers le dedans, de Doha, Genève, Taëf, Paris, Le Caire, Madrid, Stockholm ou Washington, on s'est toujours précipité, on se précipite toujours à Beyrouth au chevet de ce grand corps perpétuellement malade qu'est le Liban, parfois pour ses beaux yeux dans une chanson de geste chiraquienne indélébile (trop) souvent pour répondre aux diktats d'une douzaine de realpolitiks, les unes plus retorses, plus perverses que les autres. C'est un lac des cygnes ennuyant et ennuyeux comme toujours qui se joue depuis une semaine dans ce pays ouvert à tous les vents mauvais, entre un émir koweïtien, un secrétaire général de la Ligue arabe, des ministres français et allemand des Affaires étrangères venus ressasser les mêmes antiennes : Hezbollah, Finul, ligne bleue, Syrie, avec quelques inédits, intimement liés à l'actuelle présidence du Conseil de sécurité, assurée en cette veille d'été par le Liban. Un Liban dont la diplomatie, que dirige tant bien que mal la doïka Sleiman-Hariri, n'est rien d'autre que maladivement, pathologiquement schizophrène. Parce que, du dedans vers le dehors, il est vital pour Beyrouth de se livrer aux contorsions les plus folles, aussi abracadabrantes soient-elles, pour marier carpe et lapin, pour amarrer le wagon-Liban au train d'une mondialisation qui galope et qui n'attend personne, pour se battre au-dehors : faire comprendre au monde en général et aux Occidentaux en particulier que le Hezbollah, aussi sinistre et régional que soit son agenda, est une composante à part entière du tissu libanais, et se battre au-dedans, contre le Hezbollah, pour le Hezbollah.
Et il y a cette diplomatie douce, incongrue, insoupçonnée et, finalement, terriblement efficace.
Il y a Rima Fakih. À l'heure où l'image d'un Liban devenu depuis plus d'un an l'une des destinations touristiques les plus prisées au monde, à la veille d'une saison estivale qu'on annonce retentissante et que même les frénétiques bruits de bottes des deux côtés de la ligne bleue n'arrivent pas à assombrir, et dans la foulée, encore une fois toutes proportions gardées, de l'arrivée de Barack Obama à la Maison-Blanche, l'adoubement de cette Libanaise originaire de Srifa en Miss USA-où-tout-est-encore-possible est un coup de tonnerre marketing et publicitaire pour ce Liban de toutes les couleurs, de toutes les odeurs et de tous les métissages. Aucun discours, aucune thèse, aucune visite d'État ou aucune offensive diplomatique n'auraient pu mieux que les images chastes ou friponnes de Rima Fakih faire comprendre à l'Amérique, à toutes les Amériques, que les Libanais(es) peuvent être exactement comme eux et aimer la vie dans ce qu'elle a de plus futile ou de plus bling bling ; que tous les Libanais(es) ne sont pas obsédés par la guerre, qu'ils ne naissent pas et ne meurent pas pour rayer Israël de la carte du monde ou changer le régime en Syrie, et qu'il est nécessaire, voire urgent, de (re)faire de ce pays le creuset de toutes les tolérances.
Et puis quelqu'un qui s'est mis à dos les talibans, le Hezbollah et tous les crypto-Klux Klux Klan de ce troisième millénaire ne peut être que foncièrement, fondamentalement sympathique - qu'elle parle en robe de soirée de l'éradication de la faim dans le monde ou qu'elle danse, aux trois quarts nue, sur quelque table que ce soit.


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef