Pendant les jours qui ont suivi le dévissage aussi brusque qu'inattendu de Wall Street, le 6 mai, le monde en mal d'explication a pâli à l'idée que ce krach éclair puisse être le fait d'un emballement de machines. Note à l'attention des rêveurs, Wall Street n'est pas que le royaume du trader, il est aussi l'antre d'ordinateurs surpuissants effectuant des transactions à une vitesse plus proche de celle de la lumière que de celle des neurones, à l'aide de programmes dont la complexité ferait frémir l'hypothalamus d'un matheux. Désormais, à Wall Street, le cours des fins limiers de la finance est rattrapé par celui des programmeurs en informatique pondus par les plus grands centres de recherche. Désormais à Wall Street, derrière le paravent des traders turbulents, dans la froideur de salles sombres et continuellement climatisées, des ordinateurs affrontent d'autres ordinateurs. L'une de leurs armes est un programme connu des initiés sous l'acronyme HFT (High Frequency Trading) pour les autres. Parangon de la spéculation, le HFT consiste à passer des ordres de vente et d'achat dans un laps de temps tenant de la microseconde. La microseconde étant un millionième de seconde. En gros, rien. Est-il encore utile de préciser que cette colique néphrétique spéculative rendue possible par une presque intelligence artificielle a un unique objectif : les millions ! Les millions !
Cerise sur ce gâteau à base de bits, ces ordinateurs sont surveillés par... des ordinateurs.
Un temps, l'on a donc pensé qu'en ce funeste 6 mai, non seulement les ordinateurs avaient pété un câble, qu'un algorithme avait patiné dans la semoule après une brusque poussée du yen face à l'euro, mais que les systèmes de contrôles automatisés avaient également buggé. Wall Street se serait donc retrouvé sous l'emprise d'un « HAL 9000 » de la finance en surchauffe.
Aux dernières nouvelles, l'erreur serait toutefois humaine. Profondément humaine. Obscure pour le non-initié - une vente massive de contrats à terme de la part d'une société de gestion -, mais humaine. Face au spectre d'un scénario à la Kubrick, les visages pâles, avides et tourmentés de la finance ont tout de même un petit côté rassurant.


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