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Mode - Événement

Shanghai ensorcelé par Christian Dior

Shanghai, deux syllabes qui signifient « sur la mer ». C'est cette ville du troisième millénaire, la plus cosmopolite de la Chine, avec ses 5 000 tours auxquelles viennent s'ajouter chaque année 120 nouveaux gratte-ciel, avec ses 20 000 chantiers permanents, avec ses lumières reflétées à l'infini par le fleuve Huang Pu, que Dior a choisie pour lancer son sac Lady Blue et sa collection croisière 2011.

Ouverture à plusieurs mains de la boutique Dior au Plaza 66 de Shanghai. De gauche à droite : Delphine Arnault entourée de hauts responsables chinois, Christian Estrosi, ministre français de l’Industrie, Hélène Arnault, John Galliano, Bernard Arnault, Maggie Cheung, Sydney et Katia Toledano.

14 mai 2010. La presse mondiale se bouscule à l'entrée de la boutique Dior récemment réaménagée au centre Plaza 66, le plus luxueux de la ville. Une jeune hôtesse porte le fameux coussin rouge garni d'une multitude de ciseaux dorés. Sous le crépitement des flashes et les interjections des photographes, il ne faudra pas moins d'une dizaine de mains pour couper le fameux ruban, et quelles mains ! Bernard Arnault, président de LVMH, son épouse Hélène, sa fille Delphine, M. Christian Estrosi, ministre français de l'Industrie, de hauts responsables chinois, la star chinoise Maggie Cheung, Sidney Toledano, l'énergique PDG de Dior, et son épouse Katia, et John Galliano, dont le coup de ciseau est à lui seul un spectacle.

La boutique
À l'entrée du Plaza 66, le temple du luxe shanghaien, la couleur est annoncée par l'œuvre de l'artiste chinois Li Songsong : un Lady Dior géant, structure vide composée de néons blancs. L'artiste dit s'être inspiré de la force graphique du motif cannage pour créer cette sculpture-événement. Il affirme qu'elle correspond à sa définition du luxe : « Grandeur, gaspillage, luminosité (homonyme de vide en chinois). »
La boutique est décorée par Peter Marino, l'architecte fétiche de Dior dont la silhouette tendue de cuir noir et de chaînes est reconnaissable entre mille. Un escalier en spirale relie les deux étages le long d'un mur tapissé d'écrans où défilent des images de la ville. Matériaux précieux, clins d'œil discrets à la tradition chinoise, camaïeux de beiges et jeu de cubes où s'allument les couleurs du sac Lady Dior, évoluent autour d'un espace central occupé par un banc de métal argenté en forme de feuilles de gingko biloba.
Visiblement satisfait du luxe déployé dans ce lieu dont parle toute la Chine, Sydney Toledano recevait les invités aux côtés de Bernard Arnault, tandis que Delphine, la fille de ce dernier, bavardait avec Camille Miceli, la jeune créatrice de la ligne de bijoux fantaisie de la marque. John Galliano et Peter Marino entouraient la star chinoise Maggie Cheung dont notre guide nous a affirmé qu'elle était une quasi- déesse dans son pays. De fait, qui au monde peut-il se targuer au pied levé d'avoir... un milliard de fans ?

La « Box »
Non loin de la boutique, un cube blanc se visite comme une caverne secrète. Il contient une installation d'objets fétiches de la marque : une réplique géante de la chaise de Christian Dior, un flacon démesuré de « J'adore », un poudrier gargantuesque orné du motif cannage, des boîtes d'emballage, un grand livre ouvert, un miroir second Empire. Chacune de ces icônes projette un film qui raconte sa propre histoire. Ici, des défilés de Dior sous Christian, sous Saint Laurent, sous Galliano. Là, des citations de ces grands maîtres sur des pages que l'on peut tourner d'un grand geste du bras, sans y toucher, comme on commanderait aux éléments. Après l'inauguration de la boutique, la « Box » ira se joindre aux merveilles du pavillon français de l'exposition universelle.

L'after
Le soir, dîner chez Jean-Georges, le restaurant français le plus huppé du Bund, immeuble Art déco, hauteur de plafonds démesurée, vue sur le fleuve bordé de gratte-ciel dont chaque façade est un écran géant. Notre voisin de table n'est autre que le journaliste télé Guillaume Durand. Dans le lobby fumeur, Fabien, jeune traducteur français-mandarin, raconte « sa » Chine, pays modeste et généreux où chaque famille le reçoit comme l'un des siens. Mais l'heure est au bling bling dans la ville où tout clignote, et la soirée s'achève au Mint, boîte de nuit sur les toits de Shanghaï, cernée d'un aquarium géant où se baguenaudent des bébés requins. Les rideaux sont de lourdes chaînes métalliques, les lasers cinglent l'obscurité en cadence, la ville à nos pieds est une mer de lumière.
Le défilé
15 mai 2010. Un bâtiment géant est dressé sur le Bund, au bord du Huang Pu. Au fronton, les quatre lettres de Dior sont plus glam que jamais. Toute la Chine semble massée sur le trottoir qui mène au lieu de l'événement. Marion Cotillard n'apparaît pas encore. Charlize Theron, égérie de J'adore, l'a précédée en fourreau drapé or, de même que Maggie Cheung et d'autres stars de la Chine. Soudain, la voilà qui arrive au bras de Sydney Toledano. Un ange passe, ébloui. Elle porte une robe boule en mousseline de soie jaune pâle et ses yeux n'en sont que plus bleus. Les lumières s'éteignent. Au fond du catwalk, le rideau se lève. C'est la première projection du film de David Lynch pour la campagne Lady Blue, le 3e d'une série de quatre, tournés dans les quatre capitales les plus emblématiques du monde. Après Paris et New York, le sac rendu célèbre en 1995 par lady D s'offre une romance à Shanghai. Marion Cotillard traverse un lobby d'hôtel. Elle a l'air préoccupée. Dans sa chambre, elle sent une présence. Tout à coup, une fumée blanche, de la lumière, le sac apparaît, posé sur un socle. Deux hommes de la sécurité accourent. « L'avez-vous touché, l'avez-vous ouvert ? » Le sac est prétexte à une réminiscence, une histoire d'amour dans le Shanghai mythique de l'entre-deux guerres. L'amant revient, avec pour toile de fond la Pearl Tower, bâtiment emblématique du Shanghai contemporain. Signe de sa présence, ce sac très graphique, orné du motif cannage cher à Christian Dior qui, en raison de maux de dos récurrents, se servait d'une chaise cannée pour assister aux essayages. Chaise complice qu'il a fini par intégrer à la matière de ses collections.
Fin de la projection, le défilé peut commencer. Il commence dans une obscurité totale, zébrée de lasers. Une musique cosmique est diffusée par un orchestre de cordes. Le rideau se lève, et c'est une succession de modèles d'une fraîcheur presque girly, déclinés sur les thèmes marinière (cruise oblige), cuirs pastel et roses impressionnistes qui envahissent le catwalk. Visiblement, le clin d'œil à la Chine se poursuit avec ces robes taillées pour des femmes petites et menues, éternelles adolescentes, princesses choyées au pays de l'enfant unique. Les matières sont d'un luxe rare. Agneau qui ressemble à de la soie, reflets précieux, couleurs délicates, nuances jamais vues, du rose guimauve au violet fluo, en passant par le vert anis et le vert amande. Huit robes haute couture se sont glissées parmi la quarantaine de modèles présentés. Les mannequins portaient des perruques gonflées, très sixties, et d'énormes roses en résine métallisée autour du cou. Comme toujours, après la présentation générale, John Galliano est venu clôturer le spectacle, poseur, cabotin, trop génial pour se prendre au sérieux.

La party
Non, on ne prend pas la sortie. On se dirige vers l'escalier, à l'autre extrémité de la salle. On se bouscule. On est combien, 2 000 ? 3 000 ? L'escalier donne sur un petit tunnel. Et le tunnel s'ouvre sur une immense boîte de nuit éclairée de bleu. Musique techno. La chanteuse Kelis déchire Shanghai de sa voix chaude. La fête continue jusqu'à l'aube. À 1h du matin, le pan de la structure qui donne sur le fleuve est retiré. Éblouissement d'une ville taillée pour la nuit et qui vous enveloppe irrésistiblement. Dessert ? Des plateaux circulent avec de petits gâteaux bleus. Trop de champagne dans la tête, trop de futurisme autour pour ne pas y voir des Martiens. Mais ce ne sont que des mini-Lady Blue à laisser fondre en bouche. Plaisir jusqu'au bout !

Le lendemain
Dernier soir sur le Bund. Terrasse du M, refuge de la communauté internationale des fumeurs ostracisés. Deux Australiens bavardent en observant le ballet des conteneurs : on démantèle le bâtiment, mais les quatre lettres de Dior brillent encore de tout leur strass au fronton. - « C'était vraiment la peine de construire tout ça pour le détruire le lendemain ? »
- « Faut pas chercher, le luxe mon ami c'est le gaspillage. L'immobilier est mauvais, la Bourse n'est pas fiable, on n'a plus qu'à dépenser son argent. Quand ma mère vient me voir, elle me dit toujours : "allons acheter quelque chose". »
- « Dior est donc la maison de luxe la plus prisée en Chine ? »
Déduction banale, conversation ordinaire... Tant de travail pour y arriver.

14 mai 2010. La presse mondiale se bouscule à l'entrée de la boutique Dior récemment réaménagée au centre Plaza 66, le plus luxueux de la ville. Une jeune hôtesse porte le fameux coussin rouge garni d'une multitude de ciseaux dorés. Sous le crépitement des flashes et les interjections des photographes, il ne faudra pas moins d'une dizaine de mains pour couper le fameux ruban, et quelles mains ! Bernard Arnault, président de LVMH, son épouse Hélène, sa fille Delphine, M. Christian Estrosi, ministre français de l'Industrie, de hauts responsables chinois, la star chinoise Maggie Cheung, Sidney Toledano, l'énergique PDG de Dior, et son épouse Katia, et John Galliano, dont le coup de ciseau est à lui seul un spectacle. La...
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